‹ Auzias March et ses prédécesseursChapitre 81 sur 302 · SON TESTAMENT. SA MORT · texte numérisé non relu

SON TESTAMENT. SA MORT

et laisse 70 livres pour qu'il en soit fait de même à l'égard de son ancienne esclave Yolant, actuellement au service de Mossèn Pere de Castellvi. Il ordonne enfin que tous ses serviteurs prennent le deuil après sa mort, les hommes en cottes {gramallas) et pélerines {capirons), les femmes en mantelets {mantells).

Quelques jours après, le 4 novembre, il révoque ce testament et en dépose un autre — mais celui-ci secret, « clos et scellé de son sceau » — entre les mains du même notaire et en présence des mêmes témoins, sauf Daviny6, remplacé par Pere Ferrandez, écrivain. Il n’a pas été retrouvé, mais nous ne croyons pas qu'il y ait sensiblement modifié ses dispositions antérieures.

Enfin, le 3 mars 1459, la maladie dont il souffre s’est aggravée et menace de l'emporter. Il se hâte d'ajouter un codicille à son dernier testament. Mossèn Anthoni Stheve, prêtre, sous-chef des chœurs fsots cabiscol) à la Seu, assiste à cet acte solennel. Dès le début, le moribond déclare annuler le legs qu'il a fait précédemment à son ancienne esclave Marta (olim sclava mia), mère de Felip, son dernier enfant naturel, — et nous apprenons ainsi quil ne l’a plus à son service.

Que s'est-il donc passé pendant ces quatre mois ? Les deux clauses suivantes, par lesquelles il fonde un nombre considérable de messes pour le repos spirituel de ses deux femmes légitimes, permettent de le deviner. Le souci de son salut, à la veille de sa mort, l’a conduit à renoncer aux pratiques du Fol Amour. Victoire bien tardive, et qui a fait — par les mesures testamentaires qui en ont été la conséquence — une et peut-être même, si on lit entre les lignes de son codicille, plusieurs victimes innocentes. Singulière puissance de la crainte de l'Enfer ! « Qui pourra dire, s’écrie notre poète dans une de ses dernières poésies, la douleur qui tourmente le pécheur à l'approche de la mort ? »

Qui porà dir la dolor qui turmenta

lo peccador, quant a la mort s’acosta ?

(CXIT, 251-252).

Auzias March ne tarde pas à dire un adieu bien définitif cette fois aux faiblesses de ce monde, et il s'endort dans la paix du

Seigneur, murmurant peut-être comme naguère : =

Mare de Deu, e advocada mia,

fes ab ton Fill que piadés me sia.

(CXIT, 421-422).

118 cap. virr. — VIEILLESSE D’A: MARCH: DERNIÈRES POÉSIES

Le même jour, son testament et son codicille sont ouverts à la demande de Joffre de Blanes, qui accepte la succession sous bénéfice d'inventaire, Les biens qu'il possède à Valence sont aussitôt inventoriés et confiés à la garde de Na Johana, sa fille, qui en est d’ailleurs la légataire. C’est donc à elle qu’échoit le manuscrit de ses poésies.

Mais l’exécuteur testamentaire se heurte immédiatement à des contestations de toutes sortes. Auzias March laisse deux frères consanguins dont lun Jacme, cavaller, est seigneur d’Aramprunyà, l’autre Francesch, donzell, habite Barcelone (1). Estimant que leur frère n’a pu disposer que des meubles, ils se considèrent pour les immeubles comme ses héritiers ab intestat. C’est principalement sur la seigneurie de Beniarjé que portent leurs prétentions. Leur auteur commun Pere March avait décidé que, si Auzias March n'héritait pas de ses biens, son petit-fils Pere March le jeune lui serait substitué, et, à son défaut, un des représentants de la branche d'Aramprunyà (2). Jacme March en conelut que la seigneurie de Beniar]6 est un bien pa-

(1) Au début d’un parchemin de l’Archivo Histérico Nacional (n° 224, Cartuja de Portaceli en Serra), qui n’est autre que la « procura de Mossen Frances March a son germa Mossen Jaume March per lo carregament dels cinquanta milia sous a Mossen Jofre de Blanes » (7 décembre 1460), nous lisons en effet : Notum sit cunctis euidenter quod Ego Ffrancischus Marchi, domicellus, habilator civilalis Barchinone, succedens ab intestato vna cum honorabili Jacobo Marchi, milite, fratre meo, in omnibus bonis et juribus que fuerunt venerabilis Ausie March quondam domicelli fratris met et illius..…. Actum est hoc in parrochia Sancte Marie Castri Fidelium diocesis Barchinone... — Dans un autre acte sur parchemin, de la même date (Zbid., n° 236, Varios de la prov. de Valencia, leg. 13), par lequel Francesch March et Johana, femme de Jacme March, autorisent ce dernier à hypothéquer les lieux de Beniarjé et Pardines pour un capital de cent mille sous au maximum, précisément afin de restituer à Joffre de Blanes les dépenses faites par Auzias pour sa seigneurie, les titres de Jacme March sont plus nettement indiqués : Noverint universi quod nos Francischus Marchi, domicellus, habitator Barchinone et Johanna, uxor honorabilis Jacobi Marchi, militis, pominr Casrri pE ARAPERUPRONIO, diocesis Barchinone, gratis el ex cerla sciencia facimus, constituimus et ordinamus procuratorem nostrum et utriusque nostrum in solidum vos eumdem honorabilem Jacobum Marchi fratrem meum dicti Ffrancischi et virum meum dicte Johanne... Actum est hoc in parrochia sancte Marie Castri Fidelium.….

(2) C£. À. Paz y Mézra, Rev. de Arch., N, 371.

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