SA SUCCESSION
trimonial, attaché à la famille par un lien juridique {vincle) et ne pouvant sortir de la lignée des Marchs (1).
Cette thèse triomphe en justice, et il y a là une nouvelle preuve incontestable de la parenté des Marchs de Valence avec ceux d’Aramprunyà et de Barcelone.
Joffre de Blanes réplique alors que le patrimoine de Pere March a été considérablement amélioré par son fils et réclame le remboursement de toutes les sommes dépensées par Auzias pour les divers travaux que nous avons énumérés plus haut.
Des arbitres sont nommés de part et d’autre, et, le 27 octobre 1460, une sentence est rendue fixant à 90.209 sous 11 deniers royaux de Valence la somme que les nouveaux propriétaires de Beniarj6 doivent à l'héritier de leur frère. Une partie de cette somme, 40.209 sous 11 deniers, sont payés comptant, et, pour le reste, à savoir 50.000 sous, les Jacme March père et fils lui assurent, le 6 février 1461, une rente perpétuelle de 3.333 sous 4 deniers (2).
En revanche, le procès engagé depuis longtemps contre Pere Ripoll et Auzias March au sujet des revenus d’Alcantera se termine par la condamnation de son successeur Joffre de Blanes à rembourser 42.482 sous 2 deniers à Elvira de Ribelles. Le 5 juin 1462, il lui cède en effet 2.333 sous 4 deniers de la rente précédente en paiement de 35.000 sous (3).
A la mort de Peyrona, en 1472, son compte de tutelle donna lieu à une contestation de la part de ses héritiers. Il fut procédé à un examen sévère de la gestion qu'Auzias March avait faite de ses biens, et il en résulta pour le neveu de son successeur, appelé lui aussi Joffre de Blanes, l'obligation de leur payer 121.143 sous 8 deniers (4).
(1) Mem. de Palma. C£. Rev. crit. de Hist. y Lit., VI, 333-337. D. Gabriel Llabrés ne semble pas avoir aperçu toute la portée des arguments de Gerôni March, petit-fils de Jacme March, frère d’Auzias.
(2) Arch. Hist. Nac., n° 224, Cart. de Portaceli en Serra. Parchemin.
(3) Ibid., n° 224, Cartuja de Portaceli, Parchemin du 5 juin 1462. — Un autre document de la même date figure, au Colegio del Patriarca de Valence, dans les protocoles de Bartolomé Batalla, Leg. n° 655. — Un parchemin du 3 mars 1465 (Arch. Hist. Nac., n° 224, Cart. de Portaceli en Serra), nous apprend qu’à leur tour Johan de Montagut et sa femme Elvira de Ribelles cédèrent une partie de leur rente s’élevant à 500 sous.
(4) Voy. Memorial de Palma et Rev. crit. de Hist. y Lit. L. c.
120 cHAP. VIrI. — VIEILLESSE D A. MARCH. DERNIÈRES POÉSIES
Quelques-unes de ces instances furent rouvertes plus tard à la demande d’un certain Gerôni March, descendant des Jacme d'Aramprunyà et de Barcelone (1). C’est encore la même famille qui intervient constamment dans les innombrables procès dont fut la source la collation du bénéfice de la chapelle des Marchs
dans la Seu de Valence (2).
Telle est la biographie d’Auzias March. Encore imparfaite sans doute et pleine de lacunes que de nouvelles recherches permettront peut-être un jour de combler, cette esquisse nous fait connaître plus sérieusement l’homme à côté de son œuvre.
C’est un gentilhomme chez qui l’orgueil fanuhal soutient l’orgueil personnel — un homme d'action autant et plus qu'un homme de lettres.
Issu de plusieurs générations de hauts fonctionnaires et de seigneurs importants,ilaime le nom qu'il porte. Ses ancêtres lui ont transmis, avec leurs titres, les traditions et les vertus de la famille. Vassal du duc de Gandie, il a été, dans les expéditions guerrières auxquelles il a pris part en Sardaigne et en Afrique, un chevalier actif et valeureux, un «€ strenuu », un « valerés cavaller », comme l'ont dit de confiance ses premiers éditeurs. Grand fauconnier du roi Alphonse V pendant quelques années, il a aimé passionnément la chasse jusqu'à la fin de sa vie. N'’étaitce pas encore, en temps de paix, l'image la plus fidèle de la guerre ? Aux Corts, comme représentant de l’estament militar, ou, dans sa seigneurie, en qualité de haut-justicier, 1l s’est toujours révélé à nous comme jaloux de son autorité et de ses privilèves.
Sa vie privée ne répond pas à l’idée que nous aurions pu nous en faire par la lecture de la plupart de ses poésies. Marié deux fois, il semble avoir demandé au mariage, non seulement plus de puissance et plus de richesse, mais encore et surtout la perpé-
(1) Ibid. £ (2) Valence. Arch. de la Curia Eclesiästica. A. 22-187.