‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 130 sur 167 · VIRÙPÀ · texte numérisé non relu

VIRÙPÀ

— Laids —

Le bienheureux Buddlia résidait à Grâvastî, dans le jardin d’ Anàthàpindada.

Or, en ce teinps-là, le roi Prasenajit de Koçala exerçait la royauté (10)..., Roi puissant et juste.

Or le roi joua avec une de ses reines (G)..., il lui naquit une fille douée de dix-huit membres diflbrmes h On fit une fête à sa naissance et on lui donna le nom de Viriipâ (laide)-.

Quand, avec le temps, elle fut devenue grande, tous ceux à qui on voulait la donner disaient : « Elle est laide » et refusaient de la prendre. Enfin un

1 Le mot cii'igai : « membre i> employé ici est rendu en tibétain par sna-gra,'is, et non par igan-lag, l’expression habituelle. Ce terme parait désigner non pas [u-écisément les membres, mais certaines part. cularités de conformation. D((in-r«r/i/A-ai : «de mauvaise couleur » que je traduis par «difforme» est rendu en tibétain [)a\' mi-sdug-pa « désagréable ».

2 D'après le tibétain on l'aurait appelée rastha. La suite du récit semble justiller cetle leçon; mais, ainsi qu on le verra, elle pourrait bien n'être qu'une correction maladroite.

Amn. g, — XIX

ANNALES DU MUSEE GUIMET

négociant appelé Ganga vint du Midi ; il était fort riche. Une idée s’offrit à l’esprit du roi Prasenajit ; « Ce Ganga le négociant ne sait rien des défauts (physiques) de la jeune fille ; si je la lui donnais ! » Alors, quand la nuit fut venue, dans le temps où la voie des yeux est obstruée^, le roi manda Ganga par un exprès et donna pour épouse à Ganga la jeune fille parée de tous ses ornements (en soide que depuis cet événement) elle fut appelée Gangarasthâ^. Le lendemain, à l’aube du jour, le négociant Ganga vit la jeune fille ; elle était repoussante au suprême degré ^ ; mais, ne pouvant la renvoyer par respect pour le roi, il la tint renfermée chez lui.

Plus tard, comme on célébrait une fête, le négociant Ganga vint se mêler aux gens de la fête. Or, les gens de la fête firent le commandement suivant : Ouiconque ne se rendra pas en compagnie de sa femme dans tel parc, paiera aux gens de la fête une amende de 500 l’urànas.

Alors Ganga rentré chez lui s’enferma dans son boudoir, et, la joue appuyée sur sa main, resta plongé dans ses rétiexions. Cette pensée lui vint alors à l’esprit : Mieux vaut pour moi payer raniende que delaleur montrer j dès qu’ils l’auront vue, je serai bafoué. Alors il ferma sa porte et muni des 500 purânas qui étaient (le taux de) l’amende, il se rendit au milieu des gens delà fête.

Alors la jeune femme éprouva un grand dégoût: « A quoi bon, se dit-elle, une vie telle que la mienne, qui n’apporte de satisfaction ni à mon mari, ni à moi-même? Le moment de la mort n’est-il pas arrivé? je vais me tuer ». Elle dit et, prenant une corde elle entra dans la cave pour se pendre.

Or, il n’est rien que les Buddhas ne voient (18)... Toute science, toute 'puissance et miséricorde des B uddhas... Alors Bhagavat, qui se trouvait à Jêtavana, fit jaillir (de lui même une clarté de la couleur de l’or qui pénétra dans la maison avec la splendeur de mille soleils j et, survenant au moyen de sa puissance surnaturelle, il détacha le lien qui retenait le cou de la jeune

1 Entre chien et loup. — Le tibétain dit simplement : « à la nuit, dans l'obscui ité du crépuscule ».

* Le tibétain dit ; « Gomme Rastha avait été donnée à Ganga, elle fut appelée Gangarastha ». Or, on peut tenter une explication de Ranhâ. lia a le sens de « célérité, promptitude », et le composé Gangarastha signifierait « celle qui a été lestement unie à Ganga ». Ce nom auiait donc été donné à l’occasion du mariage. Le tibétain le dit jiositivement, et semble par là justifier noire interprétation contraire à son assertion que la fille de Prasen ijit aurait porté dés sa naissance le nom de Rastbà.

3 Le tibétain ajoute qu'il en eut jieur. Un mot aurait-il été oublié dans le Manuscrit népalais?

^ L'expression sanskrite dhârayali n'a peut-être pas cette extension ; mais le contexte l’exige, et le tibétain dit ; « il la tint dans sa maison solitaire ».

AVADÂNA-ÇATAKA VIII, 10, (80)

femme et la fit revenir à elle. Il y a dans le monde six conditions (sthânn) produites par des manifestations de prodiges ; le Tatliâgata ; la discipline et la loi^ révélées par la 'fathagata; l’humanité ; (la position sur) le terrain de l’Aryaqui produit l’immutabilité en dépit des organes des sens dus à la naissance^; le choix libre et volontaire des lois de la vertu. — Vmilà ce qui, dans le monde, est produit par des manifestations de prodiges. Or, Bhagavat fit à cette jeune femme un tel exposé de la loi que, après l’avoir entendu, cette jeune femme (22)... arriva à l’état de Srota-âpatti.

Puis, comme elle avait éprouvé de bonnes dispositions, elle offrit à Bhagavat des aliments pour sa nourriture et des étoffes pour son habillement Alors la laideur de cette jeune femme s’évanouit ; elle parut belle comme une fille des dieux et la cave en fut resplendissante. Quand à Bhagavat, il s’en alla.

Cependant, cette pensée vint à l’esprit des gens de la fête : « Sa femme ne serait-elle pas d’une beauté supérieure ? il est d’uii naturel jaloux et il aime mieux payer l’amende, parce qu’il ne veut pas nous la montrer. Si nous l’énervions par des breuvages enivrants (et) interdits''* et lui ôtions ainsi l’usage de ses sens pour nous rendre chez lui et voir sa femme ?» — Alors ils lui firent prendre des breuvages enivrants (et) interdits tant et plus, l’énervèrent, lui ôtèrent l’usage de ses sens se rendirentàsa demeure, en ouvrirent les portes et virent la jeune femme. A cette vue, ils furent remplis d’admiration et se dirent : « Il avait bien lieu de ne pas nous la montrer ». — Etant donc revenus, ils réveillèrent Gaiiga du sommeil où l’avait plongé son ivresse, et lui dirent : « Ganga, tu as fait un bien beau gain par l’acquisition d’une femme aussi admirable » — Alors Ganga fut encore bien plus afdigé et mécontent :

« J’ai pourtant payé l’amende, dit-il, ah ! je suis né pour être bafoué ! » Puis

1 Deux conditions (sthâna), d'ap és le sanskrit, une seule d'après le tibétain.

2 Une seule condition (sthâna) d'api’és le sanskrit, deux d’après le tibétain qui distingue : « la naissance sur le terrain de l'Arya; — la pureté ou la purification des sens ».

2 Pat^ena râ (pour câ) châdita : rendu en tibétain vza yanj ;phul-lo « elle offrit aussi des aliments » ; vza n'a pas un sens essentiellement different de vços qui est dans le membre de phrase précédent où il traduit hhaklena « nourriture »; il faut supposer une erreur dans le Kandjour, car le texte sanskrit, sauf une lettre fautive, doit être exact.

Je rends ainsi viruddkai : Mais je ne suis pas sûr que ce mot ne doive pas se prendre au sens actif « qui empêche, qui paralyse » — La traduc ian tibétaine mi-'thun-pa ne m’éclaire nullement.

2 Tâanâ (ou peut-être tâàanâ) suivi de (à) d vja et de (â) pahrtya, rendu chaque fois eu tibétain par li'ia mîg-rnams « les cinq yeux »

ANNAI.es U U ML'SEE GÜIMET

il s’en alla chez lui tout chagrin, ouvrit la porte et vit sa femme ; elle était comme une divinité des bois, resplendissante au milieudes tieurs. 11 lui fit cette question ; «Vertueuse, qu’est-ce que cela ? Gomment s’est produite cette excellence de beauté ? — Alors, elle expliqua à son maître ce qui s’était passé, et celui-ci, après l’avoir entendue, reçut la foi eiiBliagavat.

Enfin, avec le temps, cette jeune femme ayant obtenu la permission de son mari, se fit initier à l’enseig-nement de Bbagavat. A force d’application (23)... Arrivée à V étal d' Arhat.

Cependant les Bbixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui détruit tous les doutes : « Vénérable, quels actes Gangarasthà avait-elle faits pour être laide et que pour l’état d’Arbat lui ait été manifesté ?

Bhag’avat répondit : « Bbixus, Gangarastbà, dans des existences précé dentes (12)... Le fruit des œuvreset la lransmi(j ration.

Autrefois, Bbixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, était une épouse deÇrestbi qui avait le langage brutal et grossier des Gandàlas.

Ouand il n’y a pas de Buddbas dans le monde, il y naît des Pratyekabuddhas, conij[)atissants pour les petits et les misérables, habitués à ne s’asseoir et se coucher qu’à la limite (des lieux habités), uniquement dignes des offrandes du monde.

Or, un Pratyekabuddlia entra dans la maison de cette femme ; il était laid. Après bien des reproches, elle le chassa de sa demeure en disant : « Pourquoi ce laid est-il entré chez moi ? » Alors ce Pratyekabuddlia, pour lui faire du bien, semblable au roi des cygnes qui étend ses ailes, s’éleva dans les régions aériennes et se mit à faire voir divers prodiges. Alors, l’épouse du Çresthî éprouva du repentir, si bien que, lui disant : « Pardonne ! », elle lui offrit dos aumônes, puis fit ce pranidhàna : « 11 est vrai que j’ai injurié ce Pratyekabuddha ; mais puissé-je ne pas subir la maturité de cette action ! puissé-je (au contraire) recevoir de telles lois et me concilier un maître encore plus éminent (que celui-ci) / »

« Que pensez-vous, Bbixus ? — Celle qui fut l’épouse du Gresthi, c’était cette Gangarastbà. C’est i)0ur avoir offert des aumônes au Pratyekabuddlia, que, par la maturité de cet acte, elle est revenue au monde riche, dans une famille royale. C’est pour l’avoir chassé de chez elle, en l’apostrophant par le

A VADÀNA-CATAÏC A VIII, 10, (SO)

mot « laid » qu’elle est née difforme. — Plus tard, elle fut initiée à l'école du bienheureux Kàçyapa ; elle lut, elle parcourut avec soin la doctrine des Skandlias [la doctrine des Dhâtus], la doctrine des Ajatanas, la doctrine de l’enchaînement des effets et des causes, la doctrine du lieu et du non-lieu ; elle garda soigneusement la persévérance dans la conduite pure. C’est pour cela que l’état d’Arhat s’est maintenant manifesté pour elle.

C’est que, Bliixus, les actions entièrement noires (5)... Actes blancs et actes noirs...

Ainsi parla Bhagavat (2).

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