XEMÂ
— Heureuse —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Grâvastî, cà Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada.
Or, en ce temps, le roi Prasenajit de Koçala et le roi Brahmadatta eurent entre eux un différend ; si bien que le roi Prasenajit s’avança jusqu’à la frontière du Koçala, y établit son camp et s’y installa, Le roi Brahmadatta de son côté rassembla une armée formée de quatre corps, un corps d’éléphants, un corps de cavalerie, un corps de chars et un corps d’infanterie ; puis il établit son camp sur le bord d’un cours d’eau et s’y installa.
Or, le roi Prasenajit de Koçala fit venir sa première épouse ; il joue avec elle, s’amuse avec elle, s’empresse autour d’elle ; le roi Brahmadatta joue aussi avec sa reine, s’amuse avec elle, s’empresse autour d’elle. 11 en résulta que, précisément le même jour, une fille naquit au roi Prasenajit de Koçala et un fils au roi Brahmadatta. Il y eut alors [de bruyantes réjouissances à la cour des deux rois, on fit des dons aux mendiants. Or, le roi Prasenajit fit à ses gens cette question : « Que se passe-t-il donc à la cour de Brahmadatta^] qu’on fasse une telle fête ?» — Ils répondirent : « C’est qu’il est né un fils au roi Brahmadatta ». Le roi Brahmadatta fit une question pareille. On lui répondit : « C’est qu’il est né une fille au roi Prasenajit ».
Alors le roi Brahmadatta envoya un messager au roi Prasenajit pour lui dire : « J’ai appris que ton bonheur s’est accru par la naissance d’une fille. A nous aussi, il nous est né un fils ; eh bien ! donne (ta) fille à mon fils. En formant ce lien entre nous, nous supprimerons toute (cause d’) inimitié pour
i II y a ici, dans le Manuscrit népâlais, une lacune qui le rend à peu prés inintelligible. Le tibétain est sans lacunes et très clair.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
tout le temps de notre vie ». Le roi Prasenajit accepta en disant : « Qu’aiiisi soit ! »
Apres qu’ils se furent mutuellement réjouis et félicités, le roi Brahmadatta fit une fête à l’occasion de la naissance de son fils et lui donna le nom de Xeniankara ; le roi Prasenajit de Koçala fit aussi une fête à l’occasion de la naissance de sa fille et lui donna le nom de Xemâ. Tous deux furent élevés et devinrent grands avec le temps.
Cependant le jeune homme envoya à la jeune fille des colliers, des demicolliers, des guirlandes, des colliers magnifiques^, lorsque la jeune fille fut devenue grande. Elle questionna ceux (qui les lui apportaient) : » D’où viennent ces présents ?» — Les envoyés lui expliquèrent tout au long de quoi il s’agissait. Après les avoir entendus, elle fit à son père cette déclaration . « Je n’aspire pas à la satisfaction des désirs ; je veux nie faire initier à l’enseignement de Bliagavat. Accorde m’en la permission, cher père ». Le roi lui répondit : a Non, ma fille, je ne le puis; car ta naissance a été une félicité pour moi ».
Alors le roi Prasenajit de Koçala envoya un messager au roi Brahmadatta pour lui dire : « La jeune fille a le désir de se faire initier, viens et prendsla ». — Le roi Brahmadatta prit jour et répondit : « Je viendrai dans sept jours ; fais ce que le devoir et les convenances exigent^ ».
Quand Xemà reçut cotte nouvelle : « Le mariage aura lieu dans huit jours », effrayée, tremblante, bouleversée, en proie à l’horripilation, elle monta sur la terrasse de sa demeure et la face tournée vers Jetavana, elle se mit à prier le bienheureux Biiddln. Elle dit : « O toi qui t’appliques au Dhyana par lequel on demeure dans la pitié et la compassion. Grand Rsi, qui connais les règles par lesquelles on apaise les (passions) et l’on convertit, qui enlèves le mal, qui as un esprit do calme, délivre moi du mal selon la règle ; car je suis allée en refuge auprès de toi, protecteur; tu es le protecteur de ceux qui sont sans protecteur ».
Cependant rien n’échappe (18)... Toute-puissance , toule-science et miséricorde des Buddhas.. .
* Bxndhaii kanOie (junâvrtàn. Les expressions tibétaines correspondantes signifient « des jiendants d'oreilles, des ornements [lour la gorge ».
2 Krti/am vâ,..' karaiiiyaîa và. Le tibétain traduit : « ce qu'il faut faire et ce qu'il faut préparer ».
AYADÀNA-ÇATAKA YIII, 9, (79)
Cependant Bliagavat, ayant reconnu que le tenipA de la conversion de Xcmâ était arrivé, se rendit près d’elle en vertu de sa puissance surnaturelle. Quandily fut arrivé, il lui fît un tel exposé démonstratif de la loi que, après l’avoir entendu, Xema obtint le fruit d’Anaganii et manifesta (la possession des) connaissances supérieures b Alors Xemà dépassa la région des désirs et, ayant trouvé un appui, fut désormais à l’abri de la crainte. Quand le septième jour fut arrivé, l’iieure du mariage étant proche, le fils du roi accompagné de plusieurs centaines d(' jeunes gens nés en môme temps que lui, s’avança vers l’autel ; le brahmane Puroliita offrit les grains de riz rôtis, le beurre clarifié, les grains de sénevé, (toutes) les parties (du sacrifice). Déjà la jonction des mains se faisait entre le jeune homme et la jeune fille, quand Xemâ, à la vue de plusieurs centaines de milliers d’êtres, semblable au roi des cygnes qui étend ses ailes, s’éleva dans les régions de l’atmosphère et commença à faire voir divers prodiges. Alors le roi Praseiiajit de Koçala, le roi Brahmadatta, Xemaiikara le prince royal, et d’autres êtres, remplis de curiosité, furent dans l’étonnement. Ils tombèrent à ses pieds et se mirent à lui faire cette déclaration ; « Pardonne, ô notre sœur, tu nous à manifesté de telles lois ! Il serait déplacé que tu dusses goûter la satisfaction des désirs (charnels) » .
Alors Xemâ descendit des régions atmosphériques, se tint devant la foule, et fit un tel exposé de la loi que, après l’avoir entendu, plusieurs centaines de milliers d’êtres obtinrent la vue de la vérité.
Ensuite la jeune Xemâ, avec la permission de son père, se rendit en présence de Bbagavat; Bliagavat la confia à Mahâprajâpati, qui l’initia et la consacra. A force d’application (23)... Arrivée àV état d'Arliat...
Alors Bbagavat dit aux Bliixus : « Bhixus, voilà la première des Bhixunîs mes auditrices, remarquables par leur grande science, leur vaste instruction^,- elle n’est autre que la Bhixunî Xemâ. »
Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui résout tous les doutes : « Vénérable, quels actes Xemâ avait-elle faits pour être la première de celles qui ont une grande science, une vaste instruction? »
* Voir 71, page 26?, note.
2 Mahâprâjnànâm mahâprattbhânâm agrâi
Bhagavat répondit : Bliixus, Xemâ, dans d’autres existences antérieures (12).,. Le fruit des œuvres et la transmigration...
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans ce (même) Bhadrakalpa où nous sommes, quand les créatures vivaient vingt mille ans, le Buddha nommé Kâçyapa (14)... parut dans le monde. Etant entré dans la ville de Bénarès, il résidait à Rsipatana, dans le Mrgadàva. Or une fille de Çresthî se fit initier à renseignement du bienheureux Kàçyapa et fit largement des dons au bienheureux Kàçyapa ; pendant douze mille ans, elle garda soigneusement la persévérance dans la conduite pure. Et néanmoins elle n'atteignit pas toutes les qualités (ou vertus).
Celle qui avait été son guide spirituel, et en présence de qui elle avait été initiée, avait été déclarée savante par le bienheureux Kàçyapa. Alors elle fit un pranidhâna : « De même que une seule, mon guide spirituel, a été déclarée la })remière des savantes, ainsi moi puissé-je, dans la voie de l’avenir, quand le disciple déclaré supérieur ^ auquel le bienheureux Kàçyapa a fait cette prédiction : Toi, disciple, quand la race humaine vivra cent ans, tu seras le Tathàgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Çakj^amuni, — puissé-je, dis-je, initiée à son enseignement, être la première des savantes»,
Bhagavat ajouta : « Que pensez-vous, Bhixus? Celle qui, en ce temps-là, à cette époque, fut la fille du Gresthî, c’était précisément la Bhi.^unî Xemà. C’est parce qu’elle a fait des dons, qu’elle est née dans une famille riche ; c’est pour avoir gardé pendant douze mille ans la persévérance dans une conduite pure (Brahmacarya) que la qualité d’Arhat s’est manifestée pour elle.
C’est que, Bhixus, les actions complètement noires (5).., Actes blancs et actes noirs...
Ainsi parla Bhagavat (2)..,
Rapprochements et remarques
11 y a, dans l’Apadâna pâli, \m Khema-hhikkhuniyâ-apadâna (II, 8). Le pâli 7l Ama est le correspondant exact du sanscrit Xema; mais la correspondance des deux textes se réduit à cette identité de nom. Il s’agit de deux héroïnes diflérentes. En effet Khemâ dit en parlant de Kàçyapa
^■üir ci-dessus Soma, VIII, 4 (p. 278, note ).
AVADÀN A- (:ataka \' ] 1 1 , 10, (80)
Dans ce (présent) Kalpa, le parent do Brahma, le glorieux Kassapa, comme on l’appelle, parut, lui, le meilleur des parleurs.
L’assistant du grand sage était alors un souverain,
Kiki, roi de Kâsi, dans l’excellente ville de Bénarès.
Je fus sa plus jeune fille, célèbre sous le nom de Samani.
Plus loin, parlant de son existence actuelle, elle dit:
Maintenant, dans ma dernière existence, dans l’excellente ville de Sâgalà, je fus la jeune fille du roi Madda, choyée, aimée, chérie.
Au moment de ma naissance, la félicité (Khemam) fut dans la ville ;
Alors Khemà fut le nom favorable qu’on me donna.
Quand j’eus atteint la jeunesse, joyeuse de ma beauté et de ma riehesse (?), il (Madda) me donna alors au roi Bimbisâra...
L’héroïne de l’Avadàna pâli est, on le voit, l’épouse de Bimbisâra, appelée aussi Xcmâ, mais bien distincte de la Xemâ de l’Avadâna-Çataka
L’épouse de Bimbisâra est, dans le Kandjour, sous le nom de Xemavatî, le sujet d’un Vyâkarana ; Çâkyamuni lui prédit la Bodhi. La traduction de ce texte a été donnée dans les Annales du Musée Guimet, tome V, pages 375-381.