NEUVIÈME DÉCADE
PRÉAMBULE
La huitième décade nous présentait deux classes d’Arhatîs ; les unes, qui sont comme poussées par un vent favorable, les autres, qui semblent vouées à une infortune irrémédiable.
Ces deux classes sont fort inégales, quant au nombre des héroïnes: la première en contient huit, la seconde, deux seulement. La même distinction existe pour les hommes ; seulement elle donne lieu à un développement beaucoup plus vaste. Il y a toute une décade pour chacune de ces deux classes. La neuvième est consacrée à la première des deux ; elle ne comprend que des héros, auxquels il n’y a rien ou presque rien à redire, et sur lesquels ne pèse aucune fatalité pénible, qui n’ont à recueillir que le fruit de leurs bonnes actions passées.
Sur les dix héros de cette décade, sept naissent avec une particularité physique extraordinaire. Gobhita est la cause d’une splendeur qui éclaire la ville (7), Hiranyapâni a une pièce de monnaie à chaque main (3), Sumanâ a l’odeur de la fleur de ce nom (2), Tripita parle en naissant et il a déjà la tenue d’un bhixu (4), Upapàduka nait en dehors des voies naturelles (6), Yaçomitra met fln par sa naissance à une sécheresse et de deux de ses dents jaillissent des sources d’eau (5). La naissance en mer de Samudra (1) ne peut pas être considérée comme un prodige. Les trois autres héros n’ont d’autres particularités que d’avoir une haute situation : Kapphina est un roi très puissant (8), Bhadrika est élevé à la royauté (9), Rasthrapâla appartient à la famille royale de son pays.
ANNALES DU MUSEE GLIMET
Tous ces personnages avaient jadis accompli des actes en rapport avec leur fortune présente. Des oHrandes à des stupas sont la principale cause des avantages dont ils jouissent, offrande de fleurs de Sumanâ par Sumanâ au stûpa de Vipacvî (2), offrande de fleurs par Çobhita au stûpa de Krakucchanda (7), offrande de deux pièces d’or au stûpa de Kâçyapapar Hiranyapâni (3). La lecture du Tripitaka, tout entier avait valu à'fripita son nom, son costume natal et son parler précoce (4), Yaçomitra, ayant distribué de l’eau pendant 12.000 ans àla confrérie d’un Buddha antérieur (6), et Upapâduka, ayant fait vœu de ne plus jamais entrer dans le sein d’une mère (6), avaient ainsi mérité les avantages qui les distinguaient.
Les actions des autres héros sont presque aussi remarquables. De grands honneurs rendus au Buddha Kâçyapa par le fils du roi d’alors, avaient valu à Bâsthrapâla sa qualité d’Arhat. Bhadrika avait fait moins et moins bien : il avait volé un beignet à une jeune fille ; mais il l’avait donné à un Pratyekabuddha, libéralité bien méritoire dans laquelle se perdait le vol peu grave qui avait été commis (9). Kapphina avait plusieurs titres : tout d’abord, un Yihâra offert à Vipaçyi par un négociant ; puis de bons traitements faits à un Pratyekabuddha ; enfin, une initiation sous Kâçyapa. Quant à Samudra (1), il était voué à la navigation, car déjà, dans un voyage maritime accompli lors d’une de ses existences passées, il avait pu échapper au naufrage par l’invention d’un Rsi rencontré au bord de la mer. Ce Rsi était le futur Gàkyamuni, qui lui rendit le même service dans sa dernière existence avant de lui faire passer la mer de la transmigration. Le rôle joué par Gàkyamuni dans le récit du temps passé fait de ce récit, qui est le premier de la décade, un véritable Jâtaka.