‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 142 sur 167 · Les quatre sciences analytiques · texte numérisé non relu

Les quatre sciences analytiques

S. K APPHIN A (88)

Lo bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jetavaua, dans le jardin d’Auàthapindada.

Or en ce temps-là, dans les régions du Midi, un roi nommé Kalpa exerçait la royauté ( 10). . . lioi puissant et riche. . .

Plus tard, il joue avec la reine (6)...

11 lui naquit un fils beau, admirable, charmant, doué de tous ses membres (t de tous ses organes. A l’occasion de la naissance de cet entant, on fit une fête et on lui donna le nom de KapphinaP

L’enfant Kapphina fut confié à huit nourrices... (7) Education brillante et prospère. . .

Le même jour où naquit le prince Kapphina, dix-huit mille ministres eurent chacun un fils : tous avaient de grands signes sur le corps ^ et reçurent des noms appropriés.

Enfin le roi Kalpa subit la loi de la mort. Quand il eut trépassé, le prince Kapphina fut établi dans la royauté, et les dix-huit mille fils de ministres furent tous investis des fonctions de ministres.

Par la suite, le roi Kapphina-lc-Grand^, suivi des dix-huit mille ministres, sortit pour aller à la chasse. 11 contemplait en avant et en arrière toute son armée qui se pressait comme les fiols, et s’adressant à scs ministres : « Messieurs^, leur dit-il, y a-t-il quelqu'un qui ait une armée semblable, à

1 Contrairement à l'usage, on n'indique pas le motif qui a fait adopter ce nom ; le tibétain, dérogeant aussi à ses habitudes, ne le traduit pas et le transcrit Ko-pi-na; ce qui indique que la signification en est inconnue, ou très incertaine. 11 mesemlle inutile de la rechercher.

2 Mahànagnd, terme bref et obscur qu'on « traduit athlète », rendu en tibétain par une expression compliquée mtsan-po (« d'un signe?»); chei (« grand »); stobs (« la force») ; daû Idan-pa (« possédant»); ça-stag (« uniquement »). Ce qui répond k mahânagnabala qui se trouvera plus

oin et me paraît désigner à la fois une grande force musculaire et les signes particuliers révélateurs de cette force.

* Mahâ-Kapphina.

■* Le Manuscrit a /?/iadanfa « vénérable », qui doit être une fau'e pour Wiavanta'i : ce mot n'est ]ias rendu dans le tibétain qui a seulement kva-e v. oh! hé! »

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Ilots * pressés, comme celle que j’ai actuellement?)) — « Nul autre)), répondirent les ministres flatteurs.

Ensuite des marchands vinrent du pays du milieu dans la région du Sud ; ils olTrirent des présents au roi Kappliina le Grand. Le roi leur dit : « Marchands, qui est le roi là-bas ? )) — • Les marchands répondirent : « Certains pays sont soumis au gouvernement de plusieurs, certains autres au gouvernement d’un roi^. )) Alors le roi Kapphina envoya un messager dans les six grandes villes de Çrâvastî, etc. (pour dire aux rois :) « Levez-vous, point do retard, venez promptement : sinon je vous frapperai d’un châtiment terrible. ))

A l’ouïe de cette parole, les rois qui résidaient dans les six grandes villes, épouvantés, tremblants, bouleversés, en proie à l’horripilation, se réunirent, se rassemblèrent et se rendirent en corps à Çrâvastî. Puis ils allèrent en présence de Bhagavat, et expliquèrent l’affaire dans tous ses détails à Bhagavat, Bhagavat les consola et leur dit : « Amenez ce messager en ma présence. )) Ils en informèrent le messager en lui disant : « Nous avons un roi qui est au-dessus des rois, viens le voir. ))

Alors Bhagavat, s’attendant à la venue du messager, transforma Jetavana en ville des dieux faite de quatre espèces de pierres précieuses et admirable à voir^. Ils y installa les quatre grands rois comme portiers, (y fît apparaître) des éléphants semblables à Airavata, des chevaux semblables à Bâlâhaka, des chars semblables à Nandîghosa, des hommes semblables au Yaxa Vyâda; enfin Bhagavat luî-même se transforma en roi Cakravartin ; et un trône^ d’or s’éleva à la hauteur de sept arbres tâla, sur lequel siégea Bhagavat.

Quand le messager vit une telle splendeur, il fut dans un suprême étonnement. Bhagavat écrivit une lettre et adressa au messager ces paroles : « Voici ce que tu dois dire de ma part à Kapphina : A la lecture de cette lettre lève-

‘ Le mot « flot », n'est pas rendu en tibétain; ici, il est plutôt destiné à exprimer la multitude qu’à faire image ; mais il est à propos de conserver l'image. '

2 Ganâdhita... « gouverné par une troupe »(ètat républicain)... rûjüdh'Ua... « gouverné par un roi ».

2 Sudarçanam, mot qui pourrait être un nom propre et qu’on donne même comme synonyme de Amarâvatî, nom de la ville d’Indra; ce qui s’adapterait très bien: mais aucune des indications servant à faire reconnaître un nom propre ne se trouve ni dans le sanskrit ni dans le tibétain.

■* Simhüsanam, « siège de lion »,

â Lehhavàvana... que je lis... vâcana... Le tibétain le rend par mthon (voir) « sur le vu de cette lettre... »

Ann. g. — XIX

ANNALES DU MUSEE GU IM ET

toi aussitôt, et, point de retard, viens pro.nptement ; si tu ne viens pas, c’est moi qui viendrai avec les flots do mon armée. »

Le messager partit, fit à Kapphina le Grand les communications tant écrites que verbales dont il était chargé, et l’informa de tout. Alors le roi Kapphina, entouré de la troupe de ses dix-huit mille ministres, allant de pays en pays, finit par atteindre Grâvastî. Les rois voisins (prâlisomà) vinrent au-devant de lui et l'introduisirent avec de grands honneurs dans la ville de Grâvastî.

Quand il fut remis des fatigues du voyage, on informa Bhagavat de son arrivée. Alors Bhagavat, comprenant qu’il allait venir, fit les mêmes transformations que ci-devant h Ensuite le roi Kapphina le Grand entra dans Jetavana ; à ce spectacle, immédiatement, l’orgueil que lui donnait sa beauté, l’orgueil que lui donnait sa puissance disparurent ; mais il conservait encore l’orgueil de la force. Alors Bhagavat produisit une pensée mondaine : « Eh ! eh ! que Gakra le roi des dieux vi'îmne ici avec l’arc d’Indra ! » — ■ A l’instant même où cette pensée fut })roduite par Bhagavat, Gakra le roi des dieux, en tenue de cocher, apporta l’arc d'Indra. Bhagavat le remit à Kapphina le Grand, qui ne put pas même le soulever, à })lus forte raison, le tendre. Alors Bhagavat fit apparaître par transformation sept tambours de fer, puis tendant lui-même l’arc en forme de demi-lune, y plaça une flèche, la lança et perfora les sept tambours.

Alors ces paroles retentirent :

Allons, dehors! Appliquez-vous à l’enseignement du Buddha.

Détruisez l’armée de la mort, eomme l’éléphant fait une hutte de roseaux.

Car celui qui ne sera pas négligent à l’endroit de la discipline de la loi, sera débarrassé du Saiîisàra de la naissance et mettra fin à la douleur.

Et ces paroles montèrent jusqu’aux dieux Akanisthâs.

A ce moment, l’orgueil de la force que le roi Kapphina avait encore disparut complètement; et il se dit en lui-même : « Qu’est-ce que cela? »

1 Je traduis ici le t.bétain qui emploie une formule abrégée: thams-cad {<i tout »);s;'(a-ma(« antérieurement ») ; vjin-du (« comme ») ; sprul to (« il transforma »). Le le.^te sanskrit reproduit intégralement le passage où ces apparitions sont décrites et termine par ces mots : sarvaîîi tathaiva nir~ 7nilam dont la phrase tibétaine n'est guère que la traduction.

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Alors Bhagavat, devinant la manière de penser du roi Kapphina le Grand, dépouilla la forme de roi et prononça ce Sùtra : (V)... Sutra su7' le Isidâna, lajyaresse et f énergie...

Pendant que cet exposé de la loi était débité point par point, le roi Kapphina le Grand, entouré de la troupe de ses dix-huit mille ministres (12)... Arrivée à Véiat de S^^ota-âpaiii.

Alors, ayant vu les vérités, il se fit initier à l’enseignement de Bhagavat. A force d’application (83)... Arrivée à V état d'Arhat.

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha qui détruit tous les doutes.

Vénérable, quels actes Kapphina avait il faits pour être beau, admirable, charmant, pour avoir ce cortège d’une troupe de dix-huit mille ministres, cette force d’un grand signe sur sa personne ^ et (enfin) pour que, après son initiation, l’état d’Arhat lui ait été manifesté?

Bhagavat répondit : Bhixus, Kapphina, dans d’autres existences antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration.

Autrefois Bhixus, dans la voie du passé, dans le quatre-vingt-onzième kalpa, le Buddha nommé Vipaçyi (Id). . . Apparition d'un ancien Buddha.!. parut dans le monde.

Etant entré dans la ville capitale Bandliumatî, il résidait dans le bois de Bandliumatî

Or, un négociant avait rapporté de l’Océan une grande abondance de joyaux ; pendant trois mois, il invita au repas le [larfait et accompli Buddha Vipaçyi avec la confrérie de ses auditeurs, et fit construire un Vihâra qu’il offrit à la Confrérie des Bhixus des quatre régions. [Que pensez- vous, Bhixus ^?] Celui qui, en ce temps-là, à cette époque-là, fut le négociant c’était précisément ce Kapphina. Parce qu’il a invité à ses repas, dans l’intérieur de sa propre demeure, le parfait et accompli Buddha Kâçyapa avec la Confrérie de ses

1 Voir la note 2 de la page 336. On n'avait pas dit qu'il eût ce signe ; on avait parlé seulement de celui que portaient les HIs des ministres.

2 Le tibétain dit seulement : « Etant entré dans la ville capitale B..., il y résidait ».

2 Cette phrase n’est pas dans le sanskiit, sans doute par suite d'oubli.

^ Le tibétain, au lieu de « fut le négociant », met « était devenu bhixu »; rien ne justifie cette leçon: il est questinn d’un négociant bien disposé pour les moines, mais resté négociant.

ANNALES DU MISEE GUIMET

auditeurs, qu’il a fait construire un viliâra et l’a offert à la Confrérie des Bhixus des quatre régions \

Bhixus, Kapphina a encore fait et accumulé d’autres actes.

Autrefois, Bhixus dans la voi$ du passé, daus la grande ville de Bénarès, le roi Brahmadatta exerçait la royauté (10)... Roi puissant et juste.

Par la suite, comme on était dans la saison du printemps, que les arbres étaient en fleurs, que la forêt retentissait des chants de l’oie, du héron, du paon, du perroquet, de la chouette, du coucou, du Jîvanjivaka, (le roi) entouré d’une suite de dix-huit mille ministres, sortit pour aller au parc. Là, dans le parc, il vit un Pratyekabuddha malade de langueur : pendant trois mois, il lui fournit avec respect les aliments propres (à le reconforter) ; après le Nirvana complet (de ce Pratyekabuddha), il fit élever un Stùpa pour ses reliques et, avec la troupe des ministres qui formaient sa société consacra (le monument) par une onction d’huile. C’est pour cela que la suite (de Kapphina) est pourvue de la force du grand signe

Plus tard, il fut initié sous le bienheureux Kâçyapa; et alors, il effectua la maturité complète des sens. C’est à cause de cela que, maintenant, la qualité d’Arhat s’est manifestée pour lui.

C’est que, Bhixus, les actes entièrement noirs (5)... Actes blancs et actes noirs.

Ainsi parla Bhagavat (2).

Rapprochements et remarques

Il y a dans l’Apadâna pâli, un texte relatif à Kapphina, qui est d’une assez grande longueur. Il ne compte pas moins de quarante stances. Je ne puis me dispenser de le donner; mais je supprime certaines stances dont l’importance est moindre ou qui sont obscures.

1-4. Le J ina appelé Padumuttara... instruisait par l’éclat de sa parole... effaçait la flétrissure du kleça... répandait la pluie de la loi.

5. J’étais alors, sous le nom de Assa(?),dans la ville qui a le nom du Haihsa(Haihsavatî); je vins et j’entendis la loi de celui qu’on appelle « le meilleur des lotus » (Padumuttara)...

7. Après l’avoir entendu, satisfait, content, j’invitai le Tathàgata avec ses disciples et les nourris. C’est alors que je fis une demande...

1 Cette phrase est incomplète dans le Manuscrit népalais et manque entièrement dans le Kaniljour. — Le texte de tout ce paragraphe est évidemment mal établi et douteux. »

* D’après le tibétain ; « il possède une suite pourvue de la force du grand signe. » (Voir la note 2 de la page 336 et la note delà page 339.)

AVADÀNA-ÇATAKA IX, 8, (88)

10. « Celui-ci. (dit le Buddha), après avoir goûté la félicité des premiers des dieux et la souveraineté parmi les hommes, obtiendra le Xirvâna.

11. « Dans le cent millième kalpa, un membre de la famille de Okkâka, appelé du nom de Gautama, sera le docteur dans le monde.

12. « L’héritier de celui-ci d’après les lois de (l’existence), légitime, façonné par la loi, sera sous le nom de Kappina un auditeur du maître. »

13. Alors moi, après avoir bien accompli mon oeuvre selon l’ordre du Jina, j’abandonnai mon corps humain et je vins dans le Tusita.

14. J’exerçai vertueusement les royautés divine et humaine. Près de Bénarès, étant né dans une famille noble,

15. Avec une suite de cent mille personnes de mon âge, je me fis le serviteur de cinq cents Pratyekabuddhas.

16. Après les avoir nourris pendant trois mois, je leur donnai un triple vêtement. Transmigrant de là, nous fûmes transportés dans le Tridiva.

17. Déchus de là, nous revînmes tous dans l’humanité. Je naquis dans la ville de Kukkuta sur le penchant de l’Himavat.

18-19. Sous le nom de Kappina, j’étais un fils de roi à la grande gloire. Les autres, nés dans des familles de ministres, me faisaient cortège, — adonnés complètement aux grandeurs de la royauté, exclusivement (voués) au bien-être, à la satisfaction de tous les désirs, quand je reçus la nouvelle de l’apparition du Buddha, annoncée par des marchands,

20. « Le Buddha (disaient-ils) est apparu dans le monde, personnalité unique et sans égale; — il fait briller la bonne loi, l’Amita, le bonheur suprême.

21-23, Ses disciples sont bien appliqués et bien délivrés, sans souillures. » — Après avoir entendu cette bonne parole, ayant pourvu au bien des créatures, j’abandonnai la royauté et je partis dévoué au Buddha. Ayant vu un fleuve de belle apparence, plein, coulant à pleins bords, rapide, impétueux, emportant des ours et des lions, je commémorai les qualités du Buddha et je le passai heureusement (disant) :

24. « Si le Buddha a traversé le courant de l’existence, lui qui a atteint l’extrémité du monde, le maître, puisse, par cette parole de vérité, mon passage réussir !

25. « S’il y a une voie, un chemin, une délivrance, un bonheur suprême, puisse, par cette parole de vérité, mon passage réussir !

26. « S’il y a une confrérie, le dernier des trois (joyaux), champ de mérites religieux sans supérieur, puisse, par cette parole de vérité, mon passage réussir o !

27. Quand ces vérités excellentes eurent été prononcées, l’eau s’éloigna du chemin à dix (yojanas). Alors je passai à l’aise sur la rive agréable du fleuve.

28-29. Je vis le Buddha assis, tel que le soleil levant, resplendissant comme un rocher d’or, éclatant comme un arbre divin, comme la lune accompagnée des étoiles, à la tête de ses auditeurs, et comme Vâsava brillant dans la séance des dieux.

30. Avec mes ministres je lesaluai et me plaçai à une petite distance. Connaissant nos dispositions, le Buddha enseigna la loi.

31. Ayant entendu la loi sans tache, nous dîmes au Jina : Initie-nous, grand héi’os ! nous ne voulons pas nous éloigner du Nirvana.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

32. — Bhixus, la loi bien enseignée met fin à la douleur. Pratijuezle brahmacariya...

33. Aussitôt, tous nous devînmes des bhixus calmes, nous fûmes reçus solennellement. Nous étions entrés dans le courant de l’enseignement.

34. Le Jina, établi dans cette qualité, m'éleva àcette hauteur. Puis, étant allé à Jêtavana, il enseigna, lui, le guide.

35. Enseigné par le guide, j’obtins la qualité d’Arhat; puis, des milliers de Bhixus reçurent de moi l’enseignement. En pratiquant mes préceptes, ils devinrent exempts de souillures.

36. Le Jina, établi dans cette qualité, m’éleva à cette hauteur, lui, le premier de ceux qui font la leçon aux Bhixus...

37. L’acte accompli il y a cent mille (ans?), il en a montré le fruit, lui qui est bien délivré... et (qui est) pour moi le destructeur du Kleça.

38 Oui, il est pour moi le destructeur du Kleça, toutes les existences ont été écartées. Gomme un éléphant qui a coupé ses liens, je réside exempt de souillures.

30. J’ai été le bienvenu en présence du Buddha ; j’ai obtenu les trois sciences ; j’ai accompli l’ordre du Buddha.

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