DIXIÈME DÉCADE
PRÉAMBULE
Les liéros de cette décade, comme ceux des décades VII et IX, deviennent tous Arliats. Mais ils présentent cette particularité que neuf d’entre eux (le dixième fait exception) se distinguent, comme deux des héroïnes de la VHP décade, par quelque défectuosité physique ou morale plus ou moins grave.
Ainsi l'un d’eux est extrait du corps de sa mère décédée, apres une gestation do 00 ans (2), un autre naît couvert d’ulcères (6), un troisième aussi laid que l’héro'ine du dixième récit de la VHP décade (7). Ln quatrième, laid et difforme, a surtout le désagi’ément de n’avoir de son premier à son dernier jour qu'une alimentation insuffisante (4). Deux naissent dans de bonnes conditions, mais ils parlent eu naissant pour déplorer le malheur de leurs existences passées ; l’un, était né sans mains (3), l’autre, cadavre puant (5), pendant cinq cents existences.
Les trois restants sont moins disgraciés : run est atteint à un certain moment de la monomanie du suicide (8), un autre a un penchant à la colère qu’il ne domine qu’avec les plus grands efforts (1); le dernier n’a d’autre malheur que do s’obstiner longtemps dans des erreurs que le Bouddha condamne (9).
Quelles fautes avaient attiré à ces neuf personnages les maux qui affligèrent leur dernière existence? Cne parole outrageante adressée à un précepteur ou guide spirituel avait valu à l’un la naissance après 00 ans de gestation (2), à un autre la privation de ses mains (3), à un troisième la naissance à l’état de cadavre (5). Celui qui ne pouvait arriver <à se nourrir avait laissé sa mère mourir de faim, et avait renversé méchamment et foulé
ANNALES DU MUSEE GUIMET
aux pieds le vase plein d’un Prafjékabuddha (4). Une tentative de meurtre contre un rival, une horrible grimace faite à des Bodhisattvas avaient valu à l’un ses ulcères (6), à l’autre sa laideur (7). Celui qui cherchait à se suicider avait été voleur dans un cimetière ; mais, comme il avait une fois remis un objet volé à un Pratvékabuddha, sur lequel s’acharnèrent en vain ceux qui le poursuivaient, ses tentatives de suicide ne réussissaient pas (8). Un langage venimeux, puni d’une renaissance parmi les Nâgas, était la cause de la mau vaise disposition d’esprit de celui qui était colère (1). Quant à celui qui semblait voué à l’erreur, il avait été chef de voleurs et avait, comme tel, ordonné la mort d’un Pratyêkabuddha. Heureusement pour lui la sentence ne fut pas exécutée, car il l’aurait pavée cher (9).
Quels mérites, en dépit de ces méfaits, avaient valu à ces mêmes personnages, la délivrance finale, la qualité d’Arhat?
Ce sont : 1“ De profondes études pour celui qui était né après 60 ans de gestation (2) et pour celui qui avait été privé de mains (3); 2° l’initiation et l’observation fidèle de la règle monastique sous Kâeyapa pour l’homme colère (1), le meurt-de-faim (4), l’enfant cadavre (5), l’homme aux ulcères (6), le monomane du suicide (8), le chef de voleurs (9); 3° le regret immédiat de la faute pour le laid (7), mais ce regret, ce repentir de la mau vaise action commise se retrouve aussi chez d’autres et a concouru à leur relèvement, savoir ; l’homme sans mains (3), l’enfant cadavre (5), l’homme aux ulcères (6), le voleur dans les cimetières (8), le chef de voleurs (9); 4“ le Pranidhâna pour l’homme colère (1), l’homme aux ulcères (G), le monomane du suicide (8), le général en chef des voleurs (9). Ce vœu (ou Pranidhâna) se confond d’ordinaire avec l’expression du regret ou la suit de si près qu’on ne peut guère les séparer; 5° dons et largesses mentionnés une seule fois et concourant avec l’initiation (1).
Il nous reste à parler du héros du dixième récit, qui se distingue de tous ceux de la dixième décade par l’absence de toute tache, et de tous les héros masculins et féminins des récits de la compilation tout entière par cette circonstance que son arrivée à l’état d’Arhat s'accomplit dans une existence postérieure de deux siècles à l’apparition du Buddha Çâkjamuni; seulement le fait qui lui a valu ce précieux avantage appartient à une existence contemporaine de celle du Çâkjamuni, quoique l’acte lui-méme soit postérieur au Nirvâna. En eftèt, peu après la disparition du Buddha, il avait offert à la confrérie en marche et exténuée de fatigue un bain rafraîchissant et réparateur, et cette bonne action fut récompensée par le don d’un jardin avec un étang qui ne le quittait pas et le suivait partout, lorsqu’il renaquit sous le régne d’Açoka pour clore la série de ses existences en obtenant l’état d’Arhat pour lequel il avait d’ailleurs fait un vœu.