RAPPROCHEMENTS ET REMARQUES
Parmi les omissions, volontaires ou non, que l’on pourra noter clans les Rapprocheraents et remarques de ce volume, il en est trois que je regrette particulièrement et que je désire réparer, la première involontaire ainsi que le troisième, la deuxième volontaire.
SUBHADRA IV, 10 (40)
Il existe dans le recueil pâli un Subhadda-apadâna ; il me semble qu’on ne peut le passer sous silence. J’en donne donc la traduction pure et simple, sans observations ni explications.
Subhadda-apadâna
(1) Padumuttara, qui connaissait le monde et recevait des hommages, après avoir élevé la foule (par son enseignement), entra dans le Nirvana, plein de gloire. (2) Au moment où le parfait Buddha entrait dans le Nirvana, des dix milliers survinrent et formèrent une vaste agglomération. Les dieux se rassemblèrent. (3) Entassant le Sandal, le Taggara, le Alallikâ, joyeux, d’un esprit joyeux, je soulevai le meilleur des hommes, (i) Comprenant ma pensée, le maître qui n’a pas de supérieur dans le monde, libre de passion, (mais) lié (dans ses membres), prononça ces stances :
(5) a Celui qui m’a couvert de fleurs à mes derniers moments, je dirai sa gloire Ecoutez-moi bien! (6) Transmigrant d’ici, cet homme ira dans le Tusita; après y avoir exercé la royauté, il ira dans le Nirvana fsicj, — (7) Après avoir fait par ce moyen un
ANNALES DU MUSEE GLIMET
don excellent, en récompense de son acte, il goûtera la félicité humaine. (8) Puis cet homme renaîtra dans le Tusita. et, transmigrant encore, viendra dans l’humanité. (9) Le fils de Scàkya, grand éléphant, le premier dans le monde avec ses dieux, après avoir réjoui beaucoup d’étres, entrera dans le Nirvana, lui, le voyant. — (10) Alors, cet homme, poussé par la racine blanche (de ses actes), ira trouver le parfait Buddha pour lui faire une question. (11) Il rira le parfait Buddha omniscient, guide du monde et connaissant ses actions d’autrefois, lui dévoilera les vérités. (12) Faisant effort, cet homme intelligent, joyeux, l'esprit fixé sur un seul point, saluera le maître et demandera l’initiation. (13) Voyant les bonnes dispositions de son esprit et la joie qu’il ressentait de ses actes, le Buddha l’initiera, lui qui connaît la loi suprême. (14) Après s’être évertué dans l’observation des commandements du parfait et accompli Buddha, ayant connu à fond toutes les souillures, il obtiendra le Nirvana, étant exempt de souillures. »
(15) En connexion avec mon acte d'autrefois bien ferme, l’esprit fixé sur un seul point, fils légitime du Buddha, je suis maintenant né de la loi. (16) Je vins trouver le roi de la loi et lui fis une question capitale ; en répondant à ma question, il me donna l’oreille de la loi. (17) Par cette connaissance de la loi je demeurai joyeux dans l’observation des commandements. Ayant connu <à fond toutes les souillures, je réside exempt de souillures. (18) C’est dans le cent millième kalpa passé que celui qui « s’appelait le meilleur des Lotus » entra dans le Nirvana pour ne plus renaître comme une lampe dont l’huile est consommée. — (19-21) (22-23) Sur son dernier lit, dans le bois de Sala, le Muni m’ini-
tia, le grand homme bon, compatissant, victorieux. (J’ai reçu) aujourd’hui, à l’heure même, l'initiation, aujourd’hui l’initiation, aujourd’hui le Nirvana complet, en présence du meilleur des flambeaux. (24) Les quatre sciences analytiques...
Varada, II, 8 (18).
A la suite du Varada, j’ai donné l’analyse d’un court récit du Divya-avadàna. Je regrette de n’en avoir pas donné la traduction. Il fst intéressant, ce me semble, de montrer les rapports qui unissent entre eux les différents recueils d’Avadâna. Le Divyaavadàna est un des plus importants. Bien que Burnouf l’ait un peu fait connaître par les emprunts assez nombreux qu’il lui a faits, je pense qu’un extrait de ce recueil sera ici le bienvenu :
Stuti-hrâhmana-avadâna *.
Ensuite Bhagavat atteignit Ilastinapura. Un Brahmane aperçut de loin Bhagavat orné
dts trente-deux signes (Description physique du Buddha). Après l’avoir examiné,
il s’avança vers Bhagavat et se mit à le louer par des gâthâs :
Toi qui as la couleur de l’or, qui es le plaisir des yeux, dont le visage est affectueux, qui es doué de toutes les qualités, dieu suprême des dieux, cocher des hommes indomptés, tu as traversé l’Océan de l’existence, tu as atteint l’autre bord.
1 Voir le texle j ages "2-'î4 (édilio i E.*B. Cowell et R. -A. Neil).
AV ADÂNA-ÇATAKA , APPENDICE
Alors Bhagavat fit voir le sourire. Or, c'est la règle... (Rire des Buddhas)... Tu as vu, Ananda, ce Brahmane qui a loué le Tathâgata dans des stances? — Je l’ai vu vénérable. — Celui-là, par cette racine de vertu, sera exempt pendant vingt Kalpasde tomber dans la déchéance ; mais après être allé chez les dieux et les hommes, à la suite de ses transmigrations, dans sa dernière demeure, dans son dernier corps, dans sa dernière réception de l’existence individuelle, il sera un Pratyekabuddha nommé Stavârha.
Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui résout tous les doutes : Vois, vénérable ! ce Brahmane a loué Bhagavat en une seule stance, et Bhagavat lui a prédit la Pratyekabodhi.
Bhagavat dit : Bhixus, ce n’est pas seulement maintenant : car, dans la voie du passé, il m’a loué dans une stance et je l’ai établi sur cinq excellents villages. Ecoute et retiens bien (sic), je vais parler.
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, un roi nommé Brahmadatta exerçait la royauté. Son royaume était riche, opulent, favorisé par l’abondance, peuplé d’un grand nombre d’habitants. Il aimait extrêmement les poètes.
Il y avait à Bénarès un Brahmane poète. Sa brahmanî lui dit : Brahmane, voici la saison froide ; va! quelqu’un, en composant pour le roi des paroles propices, obtiendra peut-être quelques moyens de défense contre le froid.
Il se mit en marche. Or, le roi sort monté sur son éléphant. Le Brahmane réfléchit : Louerai-je le roi ou l’éléphant? dit-il. Il se dit en lui-même : Cet éléphant est cher et agréable à tout le monde; que le roi s’arrête un instant, le temps de louer l’éléphant. Et il prononça cette stance :
Ton corps est semblable aux formes d’Airàvana ;
Tu es beau et marqué des signes les meilleurs.
Aussi tu es loué, grand roi des éléphants,
par un éloge approprié selon la mesure de ta beauté.
Le roi répondit par cette stance :
Ce roi des éléphants m’est bien cher ; je l’aime.
Il fait naître l’affection et attire les regards des hommes. Tu as prononcé des padas à sa louange ;
Je te donne pour cela cinq excellents villages.
Que pensez- A'ous, Bhixus? Cet éléphant c’était moi dans ce temps-là, à cette époque là. C’est moi qui, alors, ai été loué par ce (brahmane) en une stance et l’ai établi sur cinq villages.
Et maintenant il m’a loué en une stance, et je lui ai prédit la Pratyekabodhi.
Ainsi parla Bhagavat ; les Bhixus ravis louèrent le discours de Bhagavat.
Fin de l’Avadâna du Brahmane à l’éloge.
Ann. g. — XIX
ANNALES DU MUSEE GUI MET
Kacangalà, YIII, 8 (78).
Le premier récit de la troisième décade du Karma -Çataha est une version du Kacangalà. Gomme je n’ai fait aucun emprunt à ce recueil et que la comparaison des deux récits me parait devoir être intéressante, je donne ici la traduction intégrale et sans commentaire de cette portion du Karma-Gataka.
Ka-can~ka-la. — Bhagavat résidait au pays de 0-ta-la dans la forêt épaisse d’O-tala. Or, Bhagavat a^'ant demandé sa tunique et son manteau, muni de son vase à aumônes, circula dans le pays de 0-ta-la pour mendier. A ce moment, une femme, tenant une cruche, allait puiser de l’eau; elle aperçut de loin Bhagavat, beau, avec l’apparence du premier des êtres, les sens calmes, le cœur parfaitement calme, semblable à une vénéi-able image en or, brillant d’éclat et de gloire.
A cette vue, la notion de fils relativement à Bhagavat naquit dans son esprit; elle déposa sa cruche, et, tendant les bras, elle vint près de Bhagavat, disant : J’ai rencontré mon fils, j'ai l'encontre mon fils! et cherchant à l’embrasser. Ge que voyant les Bhixus s’y opposèrent. Bhagavat leur dit alors : Bhixus, no vous y opposez pas; si cette femme ne peut se jeter au cou du 'rathâgata pour i’embrasser, elle vomira le sang tout chaud et mourra. — En entendant cela, les Bhixus ne firent plus d’opposition.
Quand elle eut embrassé Bhagavat, elle s’assit devant lui pour entendre la Loi. Bhagavat, connaissant ses pensées, ses inclinations, ses tendances, sa nature et ses aspirations lui donna un enseignement appr.iprié. Après quoi cette femme, ayant, au lieu même où elle était assise, brisé avec la foudre de la connaissance les vingt-deux sommets de la montagne qui a vue sur l’amas de ruines (le monde), obtint le fruit de Srota-Apatti. Quand elle eut vu les vérités, elle se leva de son tapis, rejeta son manteau sur une épaule et, faisant l’anjali dans la direction de Bhagavat, lui dit : Vénérable, s’il m’est possible d’être initiée à la Discipline et à la Loi bien enseignée, et d’obtenir, par la réception, la qualité de Bhixu, je demande à observer le Brahmacarya en présence de Bhagavat.
Alors Bhagavat la remit à Mahâprajàpatî Gautamî, qui l’initia, la reçut et l’instruisit. A force d’application, de perfectionnement, d’efforts, elle rejeta tous les Kleças et arriva à l’état d’Arhat. Devenue Arhatî, estimant de même l’or et la rouille, égalant dans son esprit la voûte céleste et la paume de la main, devenue froide comme le sandal, ayant bi'isé avec la science la coquille de l’œuf, elle avait acquis la science, les connaissances supérieures, la science individuelle, n’avait plus de passion pour l'existence, n’aspirait plus aux honneurs; Indra premier et second et les dieux ne parlaient d’elle qu’avec respect, vénération, adoration.
Alors le bienheureux Buddha fit cette déclaration : Bhixus, voici la première de mes auditrices bhixunis qui font le partage du Sûtra; c’est la bhixunî Ka-can-ka-la.
Les Bhixus dirent au bienheureux Buddha : Vénérable, bien des milliers de femmes ont vu Bhagavat, et cependant nulle n’a fait une telle manifestation. Bhagavat répondit : Bhixus, cette Iva-can ka-la a été, dans le temps passé le plus rapproché, ma mère pendant cinq cents naissances; c’est à cause de cette source d'affection ancienne que, en me voyant, elle a fait cette manifestation.
Les Bhixus reprirent : Vénérable, si elle a été la mèi’e de Bhagavat durant cinq cents naissances dans le passé le plus rapproché, pourquoi ne l’est-elle pas maintenant? Bliagavat répondit : Bhixus, il y a deux causes, deux motifs pour lesquels elle n’est pas ma mère actuellement. La reine Mahâmâyâ a fait ce souhait : Puissé-je être la mère du Buddha! et moi, dont le cœur était détaché de cette (Ka-can-ka -la), j'ai fait ce souhait : Puisse, dans l’avenir, cette (Mâhâmâyâ) être ma mère !
— Qu’a-t-elle donc fait pour que le cœur de Bhagavat se soit détaché d’elle ?
— Bhixus, les Bodhisattvas se plaisent dans le renoncement et le don ; or, celle-ci, en toute circonstance, faisait obstacle à ma pratique du renoncement et du don, c’est pour cela que mon cœur s’en était détaché.
Les Bhixus demandèrent : Vénérable! quel acte avait-elle fait pour que, par la maturité de cet acte, elle soit pauvre et n’ait été initiée que dans sa vieillesse? Bhagavat répondit : Bhixus, les Bodhisattvas se plaisent dans le renoncement et le don ; or, pondant toutes mes naissances bien comptées, elle a fait obstacle à ma pratique du renoncement et du don ; c’est par la maturité de cet acte qu’elle est pauvre et n’a reçu l’initiation que dans sa vieillesse.
— Vénérable, quel acte avait fait la bhixunî Ka-can-ka-la, pour que, par la maturité de cet acte, elle ait été déclarée par Bhagavat la premièiœ de celles qui font le partage du Sûtra, et que, donnant de la satisfaction à Bhagavat, ne lui causant pas de déplaisir, initiée à l’enseignement de Bhagavat, débarrassée de tous les Kleças, elle soit arrivée à l’état d’Arhat? — Bhagavat répondit : C’est en vertu d’un souhait.
— Vénérable, quand a- t-elle fait ce souhait? — Bhixus, c’est au temps passé : dans ce présent Bhadrakalpa, quand la vie des hommes était de vingt mille ans, un parfait et accompli Buddha, doué de science et de conduite, bienvenu, connaissant le monde, frein pour les hommes indomptés, sans supérieur, docteur des dieux et des hommes, le bienheureux Buddha Kàçyapa parut dans le monde. Elle fut initiée à l’enseignement de Kàçyapa. Gomme, après son guide dans l’initiation que le parfait et accompli Buddha Kàçyapa avait déclaré la première de celles qui font le partage du Sûtra, c’était elle qui avait le mieux observé le Brahmacarya pendant toute une vie, elle fit, à l’heure de la mort, ce souhait : Puisque, malgré l’observance soignée du Brahmacarya pendant toute une vie à l’école du parfait et accompli Buddha Kàçyapa, je n’ai pas obtenu toutes les qualités, puissé-je tout faire pour être agréable, ne rien faire pour être désagréable au fils de Brahmane que le parfait Buddha Kàçyapa a déclaré (son disciple) supérieur, et, initiée à l’enseignement de celui-là même, ayant rejeté tous les Kleças, atteindre l’état d’Arhat, et, de même que mon guide spirituel a été déclaré par le parfait et accompli Buddha Kàçyapa la première de celles qui font le partage du Sûtra, ainsi puissé-je être déclarée, par l’excellent roi des Çàkyas Çàkyamuni, la première de celles qui font le partage du Sûtra !
Que pensez- vous, Bhixus? Celle qui fut alors la bhixunî, c’est cc-tte Ka-can-ka-la; c’est elle qui, après avoir observé le Brahmacarya pendant toute une vie, a fait, à l’heure de la mort, ce souhait : Puissé-je être agréable et n’étre pas désagréable au bienheureux Buddha (qui est le) fils de Brahmane, déclaré par le parfait et accompli Buddha Kàçyapa
(son disciple) supérieur! puissé-je, initiée à l’enseignement de celui-là même, rejeter tous les Kleças et atteindre l'état d’Arhat, et, de même que mon guide spirituel a été déclaré parle parfait Buddlia Kâçyapa la première de celles qui font le partage du Sûtra, être déclarée par cet excellent roi des Çâkyas Çâkyamuni la première de celles quifontle partage du Sùtra! — Et moi, Bhixus, j’ai obtenu l’égalité parfaite avec Kâçyapa, égalité de force, égalité d’activité, égalité d’habileté : cette femme a tout fait pour m’être agréable, n’a rien fait pour m’être désagréable ; (aussi), après avoir été initiée à mon enseignement, et avoir rejeté tous les Kleças, elle a obtenu l’état d’Arbat et a été déclarée la première de celles qui font le partage du Sûtra.
Açoka-Avadâna-Mâlâ
Neuf récits de l’Avadâna-Çataka sont reproduits en vers dans l’Açoka-avadâna-mâlâ La description que M. Bendall a donnée du Ms, Add. 1482 de la Bibliothèque de l'Université de Cambridge (p. 112 de son catalogue), nous apprend que ce sont :
IIÂJÂ I 10 (10), représenté par le Çresthîrnahâjanâvadânam (f°s 218-224), « histoire des rois Ajâtaçatru, Prasenajit et d’un Gresthî ». (M. Bendall ne fait pas l’identification, mais elle me paraît hors de doute).
Divyabhojanam II 10 (20), représenté par Divyûnnapradânavadânam (f°® 224- 231).
Valgusvarà III 10 (30), représenté par un texte de même titre (f“® 231-230).
Jâmb.xla V 10 (50), représenté par un texte de même titre qui présente d’assez notables difi’érences selon M. Bendall (f°s 242-6).
IIamsa VI 10 (60), et Mallapatàka VII, 70, représentés par des textes de même titre (fos 242-247, et 247-255).
ViRÛPÀ VIII 10 (80), représenté par Garg arasthâvadânam (f°® 255-263). La différence do titre paraît indiquer une version différente. Gargarasthâ, qui diffère à peine de Gangal’asthà, signifie « celle qui était à la baratte »; c’est un nom qui a dû être donné à l’héroïne son mariage, tandis que d’après l’Avadâna-Çataka le nom de Gangarasthâ lui a été donné après.
RâstrapAla IX 10 (90) (f°® 263- 270). «Les trois épisodes des naissances antérieures sont racontés avec un peu plus de développement que dans l’Avad. Çat. »
Je n’ai pas vu le Ms. add. 1482, et je n’en puis parler que d’après M, Bendall. Je renouvelle ici l’expression du regret déjà formulé dans l’Introduction de n’avoir pu utiliser le Ms. de rAçoka-avadâna-mâlâ qui est à Paris, de la même manière que ceux du Kalpa-druma et du Ratna-avadâna, pour donner des analyses de ces huit textes.