SUBHADRA
Le bienlieiireux Buddha résidait à Kiiciiiagari, sur le territoire des Mallas, dans un bouquet d’arbre Sàla.
Or Bhagavat, sentant approcher l’heure, le moment de son Parinirvàna, interpella Ananda en ces termes : « Prépare, Ananda, pour le Tathâgata, entre les deux arbres Sàla, un lit dont la tête soit tournée vers le nord. Aujourd’hui, au milieu de la nuit, le Tathâgata subira le Parinirvcàna au sein de l’élément du Nirvana qui n’a plus aucun reste d’Upadhi. » — « Oui, vénérable », répondit l’àyusmat Ananda; et, obéissant aux instructions de Bhagavat, il prépara entre les deux arl)res Sàla un lit dont la tète était tournée
ANNALES DU MUSEE GUIMET
vers le nord. Il se rendit ensuite près de Bhagavat : quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat, se plaça à peu de distance de lui, et, se tenant là à peu de distance, l'àyusmat Ananda adressa ces paroles à Bhagavat : « Il est préparé entre les deux arbres Sala, ô vénérable, le lit du Tathâgata, avec la tête tournée vers le nord. » — Alors Bhagavat se dirigea vers le lit; quand il y fut arrivé, il se coucha sur le côté droit, plaçant avec soin ses pieds l’un contre l’autre, ayant la conscience de sa clarté intérieure, sa mémoire (et) sa connaissance profonde (dans toute leur énergie), fixant dans son esprit la conscience du Nirvana.
Or, dans ce temps-là, le pariviâjaka Subhadra demeurait à Kuçinagarî; vieux, cassé, décrépit, âgé de cent vingt ans B Los Mallàs habitant Kuçinagarî le respectaient, le vénéiaient, le considéraient, lui rendaient hommage, le mettaient au rang des Arhats. Le parivrâjaka Subhadra apprit que le Parinirvana du Çramana Gautama dans l’élément du Nirvana sans aucun reste d’Upadhi allait s’accomplir à la veille du milieu de la nuit; il se dit alors en lui-même : J’ai, à l’égard des lois, efes doutes ^ et des espérances (contraires) ; le bienheureux Gautama est capable de faire disparaître ces doutes. » Ayant donc pris de nouvelles informations, il sortit de Kuçinagarî et se dirigea vers les deux arbres Sala.
En ce moment, l’Ayusmat était en dehors du Vihâra, en plein air, sur le promenoir, allant et venant. Le parivrâjaka Subhadra aperçut Tâyusmat .Ananda. Du plus loin qu'il le vit, il tourna ses pas du côté où était l’àyusmat Ananda. iùrrivé près de lui, il échangea avec l’àyusmat .Vnanda des discours variés, éloquents, agréables, attachants, puis se plaça à peu de distance de lui. Une fois placé à peu de distance, le parivrâjaka Subhadra parla ainsi à l’àyusmat Ananda : «J’ai entendu dire, ô Ananda, que le Parinirvâna du Çramana Gautama dans l’élément du Nirvana où il n’y a aucun reste d’Upadhi va avoir lieu cette nuit, dans la veille du milieu. Or j’éprouve, au sujet des lois, un doute (ou un désir) et j’ai une espérance; le bienheureux Gautama est de force à dissiper ces doutes (ou ces désirs). Si cela ne faisait pas grief à son excellence Ananda, nous entrerions, nous demanderions une petite place
1 SaviîTiçatiçaAkobhàti/à... tib. : Lo-brgtja-ni-çu-lon-te...
* Kânxâyitatvam, « désir » ou « doute », rendu en tibétain par som-hi, qui signifie « doute ». 3 Kancid (écrit Karicid) evapradeçain,
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peut-être (Bhagavat) nous accordera t-il un instant de réponse à notre question ^ » Ânanda répondit : « Chut! Suhhadra, n’importune pas Bhagavat! il est bien fatigué, Bhagavat; il est bien las, le Siigata.
Deux fois même, trois fois même, le parivràjaka Suhhadra parla ainsi à l’àyusmat Ananda : « J’ai entendu dire, ô Ananda, que le Çramana Gautama doit entrer cette nuit à la veille du milieu, dans le Parinirvàna, dans l’élément du Nirvâna où il n’y a aucun reste d’üpadhi. Or, j’éprouve à l’égard des lois (certain) doute et j’ai une espérance, et le bienheureux Gautama est (seul) capable de dissiper ce doute. Si donc cela ne faisait pas grief à son excellence Ananda, nous entrerions, nous demanderions une petite place peut-être (Bhagavat) nous accorderait-il un instant pour répondre à notre question. » Deux fois même, trois fois même, Tayiismat Ananda répondit au parivràjaka Suhhadra : « Chut ! Suhhadra, n’importune pas le Tathâgata ! il est bien fatigué, Bhagavat ! il est bien las, le Sugata. »
Le parivràjaka Suhhadra adressa de nouveau la parole à l’àyusmat Ananda, en ces termes : «J’ai entendu dire, Ananda, aux anciens parivràjakas, aux (plus) vieux, aux (plus) âgés, aux grands précepteurs de morale, que, parfois, de temps à autre, les Tathâgatas, Arhats, parfaits et accomplis Buddhas apparaissent dans le monde; il en est comme de la fleur de rUdumhara. Et aujourd’hui, ce bienheureux Gautama va entrer celte nuit, à la veille du milieu, dans le Parinirvàna, au sein de l’élément du Nirvana où il n’y a aucun reste d'Upadhi. Or, j’éprouve à l’égard des lois un doute, j’ai une espérance; le bienheureux Gautama est (seul) capable de faire disparaître ce doute. Si cela ne faisait pas grief à son excellence Ananda, nous entrerions, nous demanderions une petite place; peut-être (Bhagavat) nous accorderait-il un moment pour répondre à notre question par des éclaircissements. » — Et ràyusmat Ananda répondit encore une fois au parivràjaka Suhhadra : « Chut, Suhhadra, n’importune pas le Tathâgata ! 11 est bien fatigué, le Tathâgata, il est bien las, le Sugata. »
* Phrase répétée trois fois et avec variantes, dont voici le texte : saced hhavata; Anandasyâguru prativiçema (praviçema, une fois) prchema (praxema^ une fois) kancideva pradeçam (écrit une fois haricid, etc., et une autre fois kancideva sans plus) saced avakdçam hv.ryât (kuryâ ; une fois), praçnavyâkaranâya (praqnasya vyàkaranô.ya, une fois).
2 Le Ms. sanskiit a ici deux variantes ; çrutrâca puna... « après avoir entendu... » qui ne se comprend pas, et prachema kancideva, « nous ferions quelques questions )), mais le mot avakûqam doit avoir été oublié. La version tibétaine n’a pas de variantes.
Ann. g. — XIX
ANNALES DU MUSEE GUIMET
La conversation qui se prolongeait et s’animait ^ ainsi entre l’ajiismat
Ananda et leparivrâjaka Subhadra (n’échappa pas à) Bhagavat; (il) l’entendit de son oreille divine et parfaitement pure, bien supérieure à l’oreille humaine, et l’ayant entendue, il adressa à son tour la parole à l’àyusmat Ananda; « Assez, Ananda, n’arrête pas plus longtemps le parivràjaka Subhadra ! qu’il entre, et me questionne s’il le désire si fort! cet entretien sera le dernier tête-à-tête^ que j’aurai avec des parivrâjakas Tîrthikas étrangers (à mon école) : et le dernier de mes auditeurs reconnus qui aura été initié et reçu Bhixu, ce sera précisément le parivràjaka Subhadra. »
Alors le parivràjaka Subhadia, ayant reçu de Bhagavat la facilité (de le voir), fut rempli d’allégresse, de joie et d’entrain. Ayant donc conçu une vive satisfaction et un grand contentement d’esprit, il s’avança vers le lieu où était Bhagavat; quand il y fut arrivé, il lia avec Bhagavat une conversation animée, agréable, attachante, variée, et s’assit à peu de distance. Une fois assis à peu de distance, le parivràjaka Subhadra parla ainsi à Bhagavat : « O Gautama, ces colonnes ^ des Tîrthikas qui sont dans le monde du commun, par exem})le : Pùrana Kàçyapa, Màskarî tils de Gaçâlî, Sanjaya, tils de Vairatî, Ajita Keçakambala, Kakuda Katyâyana, Nigrantha fils de Jùâta, fais-moi connaître, je te prie, ce que tu penses de leurs doctrines respectives.
Alors Bhagavat, à cette heure-là, prononça une (?) stance ;
J’avais vingt-neuf ans d’âge quand je quittai le monde, Subhadra, pour chercher ce qui est la vertu.
Et, quand cinq années ■*, eurent passé sur cette (détermination), Je fus vraiment initié, Subhadra.
La moralité, la contemplation(Samàdhi),labonneconduite,la science(la puissance de) fixer l’esprit sur un seul point furent largement développées en moi.
Je proclamai l’emplacement de la loi sublime.
Excepté moi, il n’y avait pas alors d’autre Çramana.
1 Antarâhathàviprakrlà : en tibétain : shabs-su gtam glens-va, — Antarâ peut désigner un intervalle de temps ou de lieu : on pourrait le traduire par : « qui se tenait à distance », au lieu de « qui se j)rolongeait. »
2 Je rends ici par « tête-à-tête » l’expression antarâkathâ q\ù revient encore; il faudrait peut-être dire ; « conversation suivie ».
3 Ayat'anâni que le tibétain rend par gnas « lieu », immédiatement suivi de tha-dad-pa, traduction de prthag que je rends par « du commun » et qui, dans le texte sanskrit, se trouve en rapport de composition avec loke, « dans le monde ».
^ Le tibétain dit : « Cinq années », lo-ni-h\a. — La durée admise est six ans, ce que semble confirmer le passage évidemment corrompu du manuscrit sanskrit : yaneàçadvarsâni samddhihàni.
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Car, Subhadra, lorsque (la voie dans) la discipline de la loi, cette voie sublime à huit branches n’est reçue (par personne), on ne connaît ni premier ÇrajTiana, ni deuxième, ni troisième, ni quatrième Gramana. Mais lorsque (la voie) dans la discipline de la loi, cette voie sublime à huit branches est reçue, Subhadra, alors on connaît un premier Gramana, un deuxième, un troisième, un quatrième Gramana. Oui, Subhadra, lorsque la voie dans la discipline de la loi, cette voie sublime à huit branches est reçue, on connaît ici-bas un premier Gramana, ici-bas un deuxième, ici-bas un troisième, ici-bas un quatrième Gramana. Les Gramanas ou les brahmanes ne sont plus désorniais des troupes de chiens ^ qui se disputent ; pour les Gramanas comme pour les brahmanes, je fais retentir au milieu de l’assemblée ma voix de lion dans toute sa puissance. »
Pendant que cette déduction de la loi était prononcée, l’œil delà loi sans poussière et sans tache naquit, à l’égard des lois, pour le parivrâjaka Subha dra. Alors le parivrâjaka Subhadra, ayant vu la loi, ayant obtenu la loi, ayant connu la loi, plongé en plein dans la loi, voyant ses désirs satisfaits, ses doutes éclaircis, ne dépendant plus d’autrui, n’ayant plus à se laisser conduira par un autre, ayant obtenu une confiance entière au sujet des lois enseignées par le Maître, se leva de son siège et, rejetant son manteau sur une épaule, fit l’afijali en s’inclinant du côté où était Tayiismat Ânanda et dit à
l’âyusmat Ananda : « (Le) vénérable Ananda a fait un beau gain lorsque Bhagavat, le précepteur par excellence, a sacré Ânanda dans la dignité de serviteur (préféré) du précepteur par excellence. Nous aussi, puissions-nous obtenir un beau gain, à savoir la collation de l’initiation à la discipline de la loi bien enseignée, la réception solennelle et la condition de Bhixu! — Alors l’ây usmat Ânanda dit à Bhagavat : « Vénérable, ce parivrâjaka Subhadra aspire à l’initiation à la discipline de la loi bien enseignée, à la réception solennelle, à la condition de Bhixu. » A ce moment, Bhagavat interpella le parivrâjaka Subhadra : «Viens, Bhixu, choisis la conduite pure (Brahmacarya) ». — Telle fut l’initiation de cetâyusmat, telle fut sa réception, telle fut son entrée dans la condition de Bhixu.
‘ Çunyâ peu clairement représenté en tibélain par ston-ste (« mille » ou « vide »). Il semble qu'il y ait eu confusion du sanskrit çuntjà (iroape de chiens) avec çünija (^viJe) et du tibétain ston-pa (vide) avec stwn (mille).
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Cet ayusmat en était un qui vivait retiré, vigilant, appliqué, plein d’entraîn. Etant un ayusmat qui vivait retiré, vigilant, appliqué, plein d’entrain \ (il obtint) -'ce qui détermine les fils de/amille à se raser les cheveux et. la barbe, à revêtir des habits jaunes, à quitter avec une foi parfaite lés lieux habités pour se rendre dans les lieux déserts, à savoir : l’achèvement parfait du Brahmacarya au-dessus duquel il n’y a rien ; — en sorte que, ayant vu la loi, ayant fait spontanément apparaître et acquis les connaissances surnaturelles, ils font cette déclaration : «La naissance a péri pour moi, j’ai revêtu le Brahma-i carya, je ne connais pas d’autre existeijce que çelle-ci. » Quand; cette eléclaT tion fut faite, (Subhadra),devint un ‘Arhat entièrement délivré. '> : ■: ;
Lorsque l’avusmat Subhadra eut acquis la qualité d’Arhat et proclainé. le bonheur de sa délivrance, il fît cette réflexion : « Il ne serait pas convénablô à moi de voir entrer le maître dans le Nirvâna; si j’entrais moi-même dans le Nirvana avant lui ? » Alors râyusmat Subhadra entra le premier dans le Nirvana; Bhagavat n’y entra qu’ après lui. ■ ' “ • .
Dans le temps où Bhagavat, pour la dernière fois étendu sur son lit, sous, l’empire de la sensa;tion qui fait obstacle. à la vie®, les liens (vitaux) étant coupés,. les attaches étant déliées, établit Subhadra dans la qualité d.’4vhat, et rattacha à la loi une foule de Mallas, habitants de Ku'çînagarî, en ce temps-là, les Bhixus ayant un doute questionnèrent le bienheureux Buddhà qui ôte tous les doutes : « C’est une chose merveilleuse, ô vénérable, que le parivrâjaka Subhadra ait été, par Bhagavat, qui a coupé les liens èt délié les attaches, délivré des rets de la transmigration, et finalement établi dans la situation suprême et défînitive, le Nirvâna®.» l '
Bhagavat répondit : « Qu’y a-t-il d’étonnant, Bhixus, si '(17)... 'Pé’;’fection .morale du Bilddha..., j’ai délivré le parivrâjalca Subhadra des rets de la transmigration, jusqu’à l’établir dans le Nirvana 'qui' est .là fin des fîn§, puisque moi déjà, dans la voie du passé, étant né dans une. matrice d’animal privé de sens et de jugement, j’ai, en. faisant- le sàcrifîcé de ma vie, sauvé Subhadra et les Mallas habitants de Kucinagarî? Ecoùtez
1 Cette répétition n'existe pas dans le tibétain.
2 Le mot du Ms. que je rends par « vie », puis par « liens », dharma, est une faute pour marma: cela est évident pour « liens », le manuscrit portant marmasu dans la répétition du même passage un peu plus bas, et très probable pour « vie ». Le tibétain met toujours gnad.
2 Voir ci-dessus p. 116, note 2.
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et fixez bien et dûment dans votre esprit (ce que vous entendrez). Je vais parler.
Autrefois, Bhixiis, dans la voie du passé, dans une gorge de montagne, habitait le chef d’un troupeau de gazelles, entouré de plusieurs milliers de gazelles, sage,, perspicace, prudent. Un chasseur ayant dépisté ce troupeau en dénonça l’existence au roi. Le roi alors sortit avec un corps d’armée composé de quatre membres et entoura^ le troupeau de gazelles tout entier. Le chef du troupeau se dit alors : Si, dès à présent, je ne les mets pas à l’abri,: Aujourd’hui même, tous, ils auront cessé d’exister. Alors le maître du troupeau se mit à regarder de tous côtés ; En quel lieu, se dit-il, cette tribu de gazelles pourrait-elle bien trouver un refuge? — Il voit que, dans cette gorge de montagne, il y a un cours d’eau; le torrent roulait des rochers, il avait un courant impétueux; les gazelles étaient faibles. Soudain le chef du troupeau descendit dans le cours d’eau et, se tenant au milieu, il fit entendre ces paroles : « Venez, messieurs, sautez du bord où vous êtes en appuyant les pieds sur nron dos et passez de là sur l’autre bord. Parce moyen, je vous verrai encore en vie; autrement, vous êtes morts. » Les gazelles firent comme il avait été dit. Les cornes (de leurs pieds) en tombant sur son dos lui déchirèrent la peau, et;il ne fut bientôt plus qu’(une masse de) chair, (de) sang et d’os^; mais il ne fut pas pour cela détourné de sa résolution, animé qu’il était de compassion pour ces gazelles. Quand toutes eurent sauté, il se mit à regarder par derrière,: « Pourvu, se dit-il, qu’il ne s’en trouve pas qui n’ait sauté ! » Or il aperçoit un petit de gazelle qui n’avait point sauté. Le chef du troupeau, dont les liens (vitaux) étaient coupés et les attaches déliées, au mépris de la vie, à laquelle on tient tant (d’habitude), passe sur la rive, met le petit de gazelle sur son dos, franchit le cours d’eau et dépose (son fardeau) sur le bord opposé. Quand il vit que tout le troupeau avait franchi (le torrent), étant sur le point de mourir, il fit ce vœu (pranidhi) ; « De même que, au prix de ma vie, (cette vie) à laquelle on tient tant, j’ai mis à l’abri et sauvé de la ruine ces gazelles et ce petit de gazelle, ainsi puissé-je, dans la voie à venir, en atteignant la Bodhi parfaite et accomplie au-dessus de laquelle il n’y en a pas, les délivrer encore des rets de la transmigration ! »
1 Kalaxmîtî-krtam le tibétain dit : khoAs-su (dans le milieu) vcug -go (il mit).
- Le tibétain, enchérissant encore, dit que c'est à peine s'il lui restait de la chair, du sang et des os.
ANNALES Dü MUSEE GUIMET
Bhagavat ajouta : « Que pensez-vous, Bhixus ?Gelui qui, en ce temps-là, à cette époque- là, fut le chef du troupeau, c’était moi ; les gazelles étaient ces Mallas habitants de Kuçinagarî ; et le petit de gazelle était précisément ce Subhadra. » Los Bhixus avant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat celui qui ôte tous les doutes : « Vénérable, quels actes Subhadra avait-il faits pour être le dernier des Çravàkas directs (sâxàt-çrâvaka)? »
Bhagavat reprit: « Bhixus, Subhadra, dans d’autres existences antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la transmiy ration...
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans ce même Bhadrakalpa où nous sommes, quand les créatures vivaient vingt mille ans, le Buddha appelé Kâçyapa (14)... Apparition d'un Buddha, parut dans le monde. Etant entré à Bénarès, il résidait à Rïsipatana, dans le bois des gazelles.
Or, le parfait et accompli Buddha, le bienheureux Kâçyapa, avait un neveu nommé Açoka qui, aspirant à la délivrance finale, se fît initier en présence de Bhagavat. Croyant que la délivrance ne dépend que d’elle-même, il ne faisait pas de grands efforts. Plus tard, longtemps après, Açoka faisait sa saison d’été * dans la campagne, quand le bienheureux, parfait et accompli Buddha Kâçyapa, ayant terminé toute l’œuvre dévolue à un Buddha, semblable à un feu qui n’a plus d’aliment, vint se mettre sur sa couche pour la dernière fois. Le Bhixu Açoka était sous un arbre açoka, absorbé dans une profonde contemplation. Or, la divinité qui avait sa demeure dans cet arbre açoka, ayant entendu parler du Parinirvâna du parfait et accompli Buddha Kâçyapa, se mit à pleurer ; les larmes qu’elle répandait en abondance tombèrent en gouttes sur le corps d’ Açoka. Açoka, levant la tète, ditàla divinité en larmes : « Divinité, pour quel motif pleure-t-on ?» — La divinité répondit : « Aujourd’hui, dans la veille du milieu de la nuit, doit se produire le Parinirvàna du parfait et accompli Buddha Kâçyapa. » En entendant ces paroles de la divinité, Açoka tomba comme s’il était frappé au cœur ', et se mit à pleurer pitoyablement, oh ! pitoyablement. Alors la divinité lui fit cette question : « Pourquoi pleures-tu ?» — Açoka répondit : « (C’est) parce que je vais être séparé d’un parent^; Kâçyapa le parfait et accompli Buddlia est
* Ou des pluies (varsa).
• Mariiiaviddba, tib. gnad-du phog-pa.
3 « Séi>aré d'un précepteur », ajoute le Kandjour, phrase dont l’absence dans le Ms. est sans doute
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mon oncle. Comptant sur mes mérites, je ne faisais point treCTorts : or, il est loin (d’ici), et moi, je suis un homme du vulgaire, dénué de ressources au plus haut degré je ne pourrai pas atteindre l’excellence'. » La divinité reprit : « Mais, si j’amenais ton honorable personne en présence de Bhagavat, qu’estce qui deviendrait possible ? [Atteindre l’excellence] ^ ? » — Açoka reprit : « Oui, certes ! c’est une pensée mûrie dans mon esprit que, à la seule vue de Bhagavat, j’atteindrais l’excellence. »
Alors la déesse, par la force de sa puissance surnaturelle, transporta Açoka en la présence de Bhagavat. La vue de Bhagavat fit naître en lui une profonde joie^. Quand cette joie fut née en lui, Bhagavat lui fit un tel exposé de la loi que, après l’avoir entendu, il vit se manifester pour lui la qualité d’Arhat. L’àyusmat Açoka entra le premier dans le Nirvana complet; le bienheureux Kâçyapa, le parfait et accompli Buddha, y entra après lui. Alors la divinité, ayant vu le Parinirvâna de l’âyusmat Açoka, ressentit une vive satisfaction et elle pensa ainsi en elle-même : l’excellence, quelle qu’elle soit, obtenue par cet âyusmat, c’est en venant à moi (qu’il l’a acquise); moi aussi puissé-je, dans la voie de l’avenir, lorsque celui que le bienheureux Kâçyapa a déclaré en propres termes le premier de ses disciples, en lui disant : « Toi, jeune homme, quand les créatures vivront cent ans, tu seras le Tathâgata, Arhat, parfaite! accompli Buddha Càlcyamuni», sera étendu sur sa couche pour la dernière fois, (puissé-je) être le dernier de ses auditeurs directs, (reçu par cette parole) : « Viens, Bhixu », et entrer dans le Nirvana comjîlet avant Bhagavat, le bienheureux Gâkyamuni y entrant après moi.
Bhagavat reprit : « Que pensez-vous, Bhixus ? Celui qui fut cette divinité, c’était ce Subhadra.
En conséc{uence, Bhixus, voici ce qu’il vous faut apprendre. (IV) Sâira de la fréquentation d’un ami vertueux...
Ainsi parla Bhagavat (2)...
due à une négligence du copiste, quoiqu'elle puisse être une interpolation dans le texte sur lequel a été faite la traduction tibétaine.
1 Prakrsfatvâd adhano, «extrêmement pauvre » ; mais la traduction tibétaine semble indiquer qu'il faut lire adhvano au lieu de adhano et traduire : « à cause de la longueur du chemin ».
* Viçesa.
3 Cette réponse anticipée n'est pas dans le tibétain. 11 semble que ce soit une glose introduitedaus le texte. ■* Prasdda, en tibétain df/a.