‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 84 sur 167 · ANÀTHAPINDADA (39j · texte numérisé non relu

ANÀTHAPINDADA (39j

Le bienheureux B ucldha (1)... résidait à Çràvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anâthapindada.

Or, Bhagavat, s’étant levé de bon matin, ayant pris son vase et son manteau, entra dans Çràvastî pour mendier, si bien que, en circulant toujours, (il finit par arriver dans la Grand’rue h Là, dans la Grand’rue, il rencontra un brahmane. Celui-ci aperçut le bienheureux Buddha (16)... A sa vue, il le regarda) de nouveau, le considéra pendant un assez long temps, puis traça une ligne sur le terrain et dit à Bhagavat ; « O Gautama, tu ne franchiras pas cette ligne avant de m’avoir remis cinq cents Pnrànas^. »

[Alors le bruit se répandit dans Çràvastî que Bhagavat avait été arrêté dans la Grand’rue, parmi brahmane, à cause de cinq cents Purânas

Dès que le roi de Koçala, Prasenajit, eut appris (la chose), il se rendit, entouré de ses ministres, au lieu où était Bhagavat, et, quand il y fut arrivé, il parla ainsi à Bhagavat : « Que Bhagavat aille (librement) ; je paierai. » Bhagavat répondit : « Non, grand roi, ce n’est pas à toi de payer, c’est à un autre de payer. » Pareillement, Viçâkhâ, mère de Mrgâra, les deux gardiens du gynécée Rïddhidatta ^ et Purâna, Çakra, Brahma et les dieux, Vaiçravana et les autres gardiens du monde, prirent de l’or et de l’argent ^ et se rendirent auprès de Bhagavat. A eux aussi, Bhagavat dit : « Ce n’est pas à vous de payer. »

Cependant, le maître de maison Anâthapindada, informé de ce (qui se passait), remplit d’or et d’argent un bassin [d’or]*^, mit dessus cinq cents purânas

1 Râjamârge, « roule royale. »

2 Rendu en tibétain par le mot sanskrit kârsâpana.

3 Cette phrase est dans le tibétain seul; le Ms. sanskrit doit être ici très défectueux ; non seulement il y a une omission ; mais la phrase suivante commence par tato Ihctgan koçalo, au lieu de Bliagavân, il faut lire Prasenajit.

i liïsidatta, d'après le tibétain. Le manuscrit porte Vidhidatta, faute évidente; mais, au récit 72 (VIII, 2), le même nom est écrit Rïddhidatta, leçon confirmée par le Kalpa-druma-av. Toutefois, dans le récit 72, comme dans celui-ci, le Kandjour traduit dra’i-sron-shyin = Rîsidatta que nous sommes autorisé à considérer comme une variante à retenir.

3 Hiranya-suvarna.

6 Dans le tibétain seul.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

et se rendit auprès de Bhagavat ; « Que Bhagavat prenne cola! a dit- il. Bhagavat dit : « Maître de maison, remets toi-même cette (somme) au ))rahmane. » Et ainsi le maître de maison Anâthapindada remit son bassin d’or entre les mains du brahmane.

Les Bhixus, avant un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui ôte tous les doutes : « Bhagavat, ce brahmane a barré le chemin à Bhagavat et Anâthapindada a payé les Kârsâpanas ; Bhagavat, d’où vient à ce brahmane la puissance de barrer le chemin? » Bhagavat dit : « Bhixus, vous désirez le savoir? » — « Oui, vénérable », répondirent les Bhixus. Bhagavat reprit : « Ecoutez donc, (ce que vous entendrez) et mettez- le bien et dûment dans votre esprit ; je vais parler. »

Jadis, le Tathâgata, dans ses existences antérieures (12 ô/.sj... Le fruit des œuvres du TatJtâgaia.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, un roi nommé Brahmadatta exerçait la royauté (10)... Roi jouissant et juste.

Le lîls aîné de ce roi était associé à l’empire. Un jour, dans la saison du printemps, quand les arbres sont tout en fleurs, que la forêt retentit du cri de l’oie, du héron, du paon, du perroquet, de la chouette, du coucou, du faisan, ce prince (s’y rendit) avec une suite (composée) de flls de ministres, se mit à jouer, à se divertir. Un de ses compagnons, le fils d’un ministre, se mit à jouer aux dés avec un autre homme [habile au jeu d’échecs]. Or, le fils du ministre perdit, contre cet homme, cinq cents purânas, et le fils du roi fut établi sa caution. Pour n’avoir pas payé la dette ^ acceptée par moi, j’ai été, pendant mon samsara (c’est-à-dire mes transmigrations), en déficit (perpétuel), et maintenant que je suis un parfait et accompli Buddha, ma Bodhi a été insultée par ce (brahmane)

Que pensez-vous, Bhixus? Celui qui, en ce temps- là, à cette époque- là, fut le fils aîné du roi, l’associé à l’empire, c’était moi. Celui qui fut le fils

1 Adattâddnena « pour avoir retenu ce qui u’avait pas été donné », par suite de ce vol; car l’espression employée ici désigne le vol dans la nomenclature bouddhique.

• Au lieu de cette fin, nous trouvons dans le tibétain une phrase qui se traduit ainsi ; « le fils du roi s’était constitué son garant; il était solvable (mthu-daà-ldan) ; mais il se dit : « je suis le fils du « roi », et il ne paya rien. » — Cette phrase semble nécessaire, et son omission dans le Ms. sanskrit doit être une iacune ; la phrase sanskrite non reproduite dans le tibétain est moins importante : elle peut être une lacune du Kandjour; elle peut être aussi uns adjonction dans le Ms. népalais. — Le texte paraît avoir varié dans cette partie, probablement à cause de la difficulté de qualifier le mauvais cas du Bodhisattva.

AVADÀNA-ÇATAKA IV, 10, (iO) 151

d’uli ministre, c’était cet AniÀthapindacla, le maitre de maison. Quant à riiomme, c’était ce brahmane.

En effet, Bliixus, les actes entièrement noirs (5)... Actes blancs et noirs. Ainsi parla Bliagavat (2).

La ligne tracée devant les pieds du Buddha par un brahmane rappelle un épisode de l'histoire romaine, le cercle décrit autour du roi de Syrie, Antiochus Epiphane, par l’ambassadeur romain Popilius Lenas. — Il paraît que c’était la forme employée dans l’Inde pour réclamer une dette et contraindre le débiteur à payer. En trait du drame Mçcchahatihâ (le Chariot d’argile) et un passage de la relation du voyage de Lud. Barthema sont en parfait accord avec notre épisode et lui apportent autant de confirmation qu’ils en reçoivent de lui. Le passage du voyageur est un simple exposé d’une coutume et est relatif à toute espèce de dette ; l’épisode du drame est comme celui de notre texte uniquement relatif à une dette de jeu (Voyez Revue critique du 28 juin 1879, article Variétés, pages 491-2).

II. Nous avons eu à signaler certaines difiérences entre le texte sanskrit et la traduction tibétaine, ce qui prouve que la rédaction a dû varier.

III. Ce Jàtaka difl’ère un peu des autres; il se rapproche davantage des Avadànas de la deuxième décade.

IV. Il se distingue aussi par cette particularité que le Bodhisattva y est représenté comme étant en faute. Nous avons déjà eu un exemple de cette situation fâcheuse dans le récit 6 de cette décade (Maitrakanyaka) où le Bodhisattva maltraite sa mère. Ici le cas est moins grave; il se rend solidaire d’un mauvais débiteur.

Page 1