‹ Avant 1789 royautedroitslibertesChapitre 1 sur 80 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

E>ea principes et les droits.

Des recherches sur les causes de la Révolution.

C’est un signe des tristesses agitées de nos jours que tant de studieux et vaillants esprits se soient lancés à la recherche des causes de la Révolution de 1789. Mais la diversité des opinions, des systèmes, des écoles, qui s’est produite, tant sur ces causes en elles-mêmes que sur les points de la durée auxquels elles remontent, est aussi l’un des signes affligeants de la stérilité faite dans les efforts de l’intelligence par la prédominance absorbante des questions politiques de notre âge.

Idée préconçue, intérêt de parti, timidité, routine ou impuissance, toutes ces recherches ont été renfermées

LES PRINCIPES

dans le cercle exclusivement politique de la société française et de son inonde contemporain. On n’aurait pas agi autrement si cette société, cette politique, ce] monde avaient été à eux-mêmes leur principe et leur fin, suspendus dans le vide du temps et de l’humanité. Ne les fouillant qu’à travers les intérêts contingents des préjugés, des partis, des systèmes, des passions , du mi'ieu dans lesquels s’agitaient leur vie et leur fortune, ces chercheurs ont toujours mis le sinet, un peu arbitrairement et au hasard, à quelques feuillets plus ou moins reculés de l’histoire des mœurs, des croyances, des lois et des institutions. Et, suivant que ces préjugés, ces systèmes, ces passions, ces partis, ce milieu — aristocratique, clérical, bourgeois, catholique, protestant, royaliste, républicain même, — leur ont paru avoir été servis ou ruinés par la Révolution, ils les ont'élevés à la hauteur de causes déterminantes et fatales. Leurs travaux, si estimables d'ailleurs à bien des égards, ont continué par là de mériter l'application de ces paroles du plus puissant esprit du dernier siècle : « L’histoire de « l’Europe est devenue un immense procès-verbal... « de titres disputés... qui étouffent les grands événe- « ments- »

Il n'est guère permis d’ignorer, cependant, que toute société, toute humanité existantes ne sont que des anneaux soudés d’une chaîne continue de sociétés

ET LES DROITS. 3

et d’humanités antérieures. Tout au moins, devait-on savoir que la France est particulièrement titrée, entre les nations, comme l’anneau vivant qui relie la civilisation moderne au mouvement humain venu de l’Inde , de l’Égypte , de la Grèce , de Rome et de la Judée.

Aussi les recherches faites horsde cette voie, sur les causes de la Révolution française, accusent-t-elles généralement plus de parti pris , de curiosité , d’irritation ou d’amour du passé que de sollicitude çt de prescience d’avenir. On s’est trop souvent passionné pour ou contre ce qui avait existé, afin d’avoir occasion de louer ou de blâmer ce qui existait, bien plus que pour s’enquérir si, .cachées sous des transformations et des dénominations menteuses, les causes des ruines d’hier ne se sont point prolongées dans ce qui est aujourd’hui , pour se perpétuer dans ce qui sera demain.

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