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Profondeur des origines révolutionnaires.
A travers les siècles, il y a toujours eu beaucoup de la société morte dans la société vivante; et les événements dans le monde sont les effets des causes morales , de même que les mouvements dans la nature
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sont les effets des causes physiques. On peut remonter aux unes aussi bien qu’on remonte aux autres ; car les lois de la vérité morale , non moins que les lois de la vérité physique, existent de toute éternité. Si l’homme ne peut, encore de nos jours, découvrir les premières qu’à mesure, d’une façon incomplète, au milieu de toutes sortes d’empêchements, tandis qu’il est libre de plonger à pleins regards dans les plus secrets mystères des secondes , c’est que ses gouvernements, ses dieux , ses prêtres , ses passions , lui font obstacle et l’entravent de sophismes et d’erreurs.
— « Dieu a fait l’homme droit, dit l’Ecclésiaste, « mais l’homme s’est trop embarrassé de questions et « de discours. » Et c’est ainsi que, par l’ignorance ou la perversion des lois morales, se perpétuent les causes des révolutions.
Aussi , l’un de nos plus grands maîtres en histoire, celui qui a pénétré le plus avant dans le travail de notre civilisation , nous parait-il , en indiquant la profondeur des origines révolutionnaires dans le monde, avoir tracé la route qui doit conduire à la connaissance des causes de la Révolution française.
« Les causes des révolutions , dit M. Guizot , sont « toujours plus générales qu’on ne le suppose. L’es- « prit le plus pénétrant et le plus vaste ne l’est jamais « assez pour percer jusqu'à leur première origine et « les embrasser dans toute leur étendue. Et je ne
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« parle pas ici de cet enchaînement nécessaire des « événements qui fait qu’ils naissent constamment les « uns des autres, et que le premier jour porte dans son « sein l’avenir tout entier. Indépendamment de ce « lien éternel et universel de tous les faits, il est « vrai de dire que ces grandes vicissitudes des so- « ciétés humaines que nous appelons des révolutions, « le déplacement des pouvoirs sociaux, le boulever- « sement des formes de gouvernement, la chute des « dynasties datent déplus loin que ne le dit /’ histoire, « et proviennent de causes bien moins spéciales que « celles qu’elle leur attribue communément. En d’au- « très termes, les événements sont plus grands que « ne le savent les hommes,- et ceux-là même qui sem- « blent l’ouvrage d’un accident , d’un individu , d’in- « téréts particuliers, ou de quelque circonstance « extérieure , ont des sources bien plus profondes et « une bien autre portée. »
Cette théorie des origines et des causes permanentes des révolutions repose, évidemment, sur la loi de la solidarité humaine et sociale à travers la suite des générations et des peuples.
Si cette grande loi des sociétés n’avait pas été ignorée ou méconnue, tant d’opinions contradictoires, ayant toutes, cependant, une raison d'être et une part de vérité relatives, n’auraient pu se faire jour et s’accréditer sur les causes déterminantes de notre
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grande révolution de 89. Sans doute aussi, malgré tant de recherches, et peut-être à cause même de leur nombre, de si profondes ténèbres ne s’épaissiraient pas de plus en plus sur les causes des inéluctables révolutions de l’avenir.
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Loi de l'humanité et de l'histoire.
Voltaire avait eu la conscience de cette origine première, de cette date fixe et invariable qu’il faut assigner aux révolutions , de ce premier jour qui porte dans son sein l’avenir tout entier. Il avait entrevu cette grandeur, cette portée des événements, ces sources de révolutions que renferment les institutions des peuples : toutes choses qui ont jusqu’ici échappé à l’histoire et que les hommes ne savent pas ou ne disent pas. « Je considère en général le sort des « hommes , dit-il , plutôt que les révolutions du trône. « C’est au genre humain qu’il eût fallu faire alten- « tion dans l’histoire. C’est là que chaque écrivain a eût dû se dire : uomo sum I »
Homo sum ! C’est bien la loi vivante de la philosophie de l’histoire; car c’est la loi même de l’humanité. Or, la preuve de la révélation qui en aurait été faite
ET LES DROITS
n’étant nulle part, on ne peut la chercher que dans l’humanité elle-même , c’est-à-dire dans les faits de l’histoire qui en sont la manifestation.
Devant ce critérium, du haut duquel doivent être jugées les vicissitudes qui se succèdent au sein des sociétés, toutes les diversités et toutes les oppositions de systèmes tombent et disparaissent. L’unité de principe et de but s’établit fatalement ; car il n’y a qu’une manière d’entendre le genre humain : l’humanité est une. « Elle est son œuvre à elle-même, dit Yico. * « Et le genre humain, dit Fichte, doit se réunir en un « vaste corps organisé ayant connaissance de lui- « même. » Il n’y a, non plus, qu’une manière d’être homme ; l’homme est à la fois un et immuable dans sa constitution. Gomme l’humanité qu’il forme, l’homme est donc une fin en soi. En d’autres termes, l’homme est libre, et, puisqu’il est libre, sa liberté est son droit, sa liberté est sa moralité , sa liberté est sa vertu. Liberté et moralité , liberté et vertu sont corrélatives.
Qui n’est pas libre n’est pas moral, n’est pas vertueux. — « Âueune vertu ne peut convenir à un es- « clave, b a dit Aristote : la vertu et la moralité, en effet, n’appartiennent pas à l’automatisme.
Qui n’est pas moral, qui n’est pas vertueux, n’est pas libre : la liberté n’est pas chez qui est l’esclave des passions.
L’homme n’est donc et ne peut-être l’instrument