LES CASTES 1)U PRIVILÈGE. G
l’Université, leurs auxiliaires, hiérarchisé l’ancienne monarchie française.
Seules, en quelque nombre ou classe qu’elles aient été fractionnées ou parquées, ces castes, à l’exclusion de l’universalité du peuple , se sont toujours arrogé le droit de donner la couronne; car, seules jusqu’en 1789, et ensuite de 1814 à 1848, elles se sont prétendues la France, l’État, le pouvoir, le peuple, la société, la souveraineté, et on peut dire l’humanité. Seules elles ont possédé et exercé les droits naturels etacquis, par lésquels se constituent et se développent l’individu , la famille , la cité , l’administration , le gouvernement , le travail , la propriété , la science , la richesse , tout ce puissant ensemble de forces intelligentes qui forment l’état politique et social où se meut et progresse la libre existence des peuples.
Ce fut la domination absolue de l’homme et de la société par la terre , par l’épée , par la conscience , par le savoir, par la loi, par l’argent!
Là , dans ces castes , agenouillées devant le trône, qu’elles protégeaient de l’épée, de l’encensoir et du capital, et de qui les privilèges étaient, à leur tour, abrités et couverts par le trône , est né et s’est perpétué tout naturellement le royalisme.
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Luttes du royalisme contre la royauté.
En dehors de cet intérêt de conservation de privilèges par l’institution royale, le royalisme n’aurait eu, par lui-même, ni raison d’être, ni existence.
Toutes les fois , en effet, que, par besoin de vivre , ambition de grandir, ou instinct des devoirs de la souveraineté de droit, la royauté a voulu se heurter aux monopoles pour les détruire, les amoindrir, ou seulement en refréner les excès, en diminuer les abus, elle a été , de leur part , selon les temps et les mœurs, l’objet de guerres à outrance : — guerres de champ de bataille, guerres de discours, guerres de pamphlets, guerres de chansons et d’épigrammes, guerres de salons, guerres de rues.
Cescastesdu monopole, qui ne voulaient de la liberté que pour elles, n’étaient occupées qu’à la ravir au peuple et à défendre leurs privilèges contre les rois : tyrans qui ne trouvaient la tyrannie exécrable que le jour où elle pesait sur eux et les empêchait d'écraser ce qui était au-dessous.
C’est la résistance d’un privilège qui se défend, ou la mutualité du laissez- faire , laissez-passer, dans l’établissement et l’exercice d’une usurpation royale ou d’un monopole de caste , qu’on trouve au fond
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de toutes ces luttes intestines qui ont fait de la France, depuis le cinquième siècle, un champ clos pour la guerre civile.
N’est-ce point pour empêcher le Mérovingien de passer, avec la royauté, du côté des lois romaines et des hommes libres, que les soldats et l'aristocratie de la conquête annihilèrent son autorité par l’institution de la mairie du palais, leur déléguée et leur complice ? Et n’est-ce point à cause des velléités de leur résistance, surexcitée enfin par les hontes de leur fainéantise, que les derniers descendants de Clovis se sont éteints dans les cellules de Saint-Denis etde Saint- Omer ?
S’ils n’avaient pas voulu faire, de leur royauté impériale et religieuse, un instrument de despotisme, soit pour la réformation des évêques, des monastères et du palais lui-même, soit pour la reprise des droits et des terres enlevés par les grands et par l’Église, sous prétexte de protection, aux peuples vaincus et submergés de plus en plus sous les flots montants de l’anarchie féodale, les descendants de Charlemagne, depuis Louis le Débonnaire , ne se seraient point vus trahis, persécutés, humiliés , déposés, emprisonnés, chassés outre-mer, et condamnés à des pénitences publiques par des conciles d’hommes d’armes et de clercs, de barons et d’évêques.
Et la race des Capets, dont le chef avait reçu l’adhésion des grands et du clergé en échange de concessions de fiefs et d’abbayes, quand se vit-elle
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contestée et forcée de se jeter dans ces éternelles batailles de feudataire à suzerain , de suzerain à feudataire, qui, changeant de nom et de forme sans changer début, ont rempli les cinqsièclesquiséparent Louis VII de Louis XIV, et dont les sanglantes ténèbres sont traversées par les éclairs de la hache de Louis XI et de Richelieu ? N’est-ce point le jour où elle voulut changer en pouvoir ce qui n’avait été accepté qu’à titre de dignité, en souveraineté ce qui n’était admis que comme suzeraineté, et en royaume unitaire ce qui avait été institué en république féodale?
C’est pour avoir essayé , au quatorzième siècle, de mettre hors de page la royauté aristocratique et cléricale, et de la faire passer du côté des intérêts et des privilèges de la bourgeoisie , contre-poids arrangé contre les intérêts et les privilèges de la noblesse et du clergé, que Louis X, Philippe le Long, Charles le Bel virent, sans y pouvoir mais, leurs plus habiles , leurs plus audacieux légistes, ministres révolutionnaires de l’autocratie royale , périr dans les cachots, dans les tortures et au gibet.
Si, un siècle plus tard, sous les Valois, les princes du sang et les feudataires des grands fiefs lèvent des armées contre la royauté, ravagent et prennent des villes et des provinces; s’ils appellent à eux l’étranger et livrent les lis de France aux léopards d’Angleterre ; si, en criant tour à tour : « Vive Armagnac ! » et « Vive « Bourgogne! » ils acceptent la royauté de l’Anglais Henri VI sous la régence de l’Anglais Bedfort ; s’ils
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réduisent le roi de France à n’être plus avec Charles VII qu’un roi de Bourges , ou avec Louis XI qu’un faucheur impitoyable de hautes têtes, c’est pour soutenir des prétentions et des intérêts nés de la constitution du monopole féodal.
Si la royauté est sur le point de disparaître dans les séditions et les guerres religieuses de la Réforme protestante et de la Ligue catholique ; si elle n’a de refuge que dans ces massacres et ces meurtres dont l’un a nom la Saint-Barthélemy, contre la Réforme, et l’aütre l’assassinat de Blois , contre la Ligue ; si le dernier Valois tombe sous le couteau d’un moine fanatique , c’est que l’esprit de la Ligue et de la Réforme n’est qu’une complication des intérêts de la féodalité.
Dépossédé et largement éclairci par Louis XI, le grand vasselage, alors, tourna contre le pouvoir royal les mœurs militaires et turbulentes des arrière-vassaux, réduits à des gouvernements de province dépendants de la nomination royale. Par la guerre qu’ils lui faisaient , les seigneurs de la Réforme et de la Ligue se maintenaient dans ces gouvernements malgré la royauté ; par les traités de paix qui survenaient , ils rendaient leurs fonctions indépendantes , et ils aspiraient à les rendre héréditaires et à recommencer les grands fiefs , comme aux temps des maires du palais mérovingien ou de Hugues le Grand, sous les descendants dégénérés de Charlemagne. Seigneursde la Ligue avec les princes de la maison de Guise , et seigneurs
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de (a Réforme avec les princes de la maison de Bourbon , guerroyaient pour avoir le droit de dire avec Montluc : « Quand je suis assis sur ma selle , je ne « connais pas les ordres du roi. »
Si , entre les seigneurs protestants et les seigneurs catholiques , il se forme un parti qui, semblable à tous les tiers-partis, dont il prit le nom , n’était composé que d’ambitieux , d’intrigants , toujours prêts à passer au plus offrant et dernier enchérisseur, à crier tour à tour: «Vive le roi! » ou « Vive la Réforme! » « Vive le roi !» ou « Vive la Ligue !» ce ne fut que pour mettre la royauté à rançon, et, par des gouvernements et des pensions, se faire payer les habiletés de leur neutralité perfide et les oscillations -de leur fidélité suspecte.
Si , malgré les larges entailles faites dans le corps de la noblesse par Richelieu, à l’imitation de Louis XI, pour rébellions à la couronne et complots avec l’étranger, la régence d’Anne d’Autriche est troublée par ces guerres de la Fronde, qui, commencées dans les palais avec des épigrammes, des calomnies, des libelles et des chansons, finissent par des coups de canon au faubourg Saint-Antoine et par un massacre à l’hôlel-deville ; si, conduite par les princes et les princesses de la maison deCondé, la grande noblesse va, tour à tour, avec le parlement contre la royauté et avec la royauté contre le parlement ; si le parlement s’en va de même, tour à tour, avec les princes contre la royauté et avec la royauté contre les princes ; c’est que les
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princes et les parlements voulaient ressaisir ce que la royauté ministérielle de Richelieu leur avait arraché. — Les uns voulaient l’inféodation des grandes charges qui constituaient les derniers restes du monopole féodal. Les autres, avec la constitution définitive de la noblesse pour eux et pour leurs descendants, voulaient l’hérédité et l'immixtion reconnue des fonctions judiciaires dans les institutions représentatives, qui en avaient fait une sorte d’états généraux « raccourcis au petit pied , » ce qui eût été , en leur faveur, la constitution du monopole de la triple souveraineté* politique , judiciaire et législative.
Enfin , lorsque la noblesse , le clergé , la bourgeoisie auront, en une nuit, perdu tous leurs privilèges; lorsqu’il n’existera même plus ni bourgeoisie, ni noblesse, ni clergé; lorsqu’il y aura tout au plus des prêtres, des bourgeois , des aristocrates, a errant vaguement et sans objet autour du sol mobile et légal » des classes moyennes, on les verra encore, par leurs insolences, leurs sottises, leurs folies , les insatiabilités de l’orgueil et des ambitions de leur prépotence, n’ayant rien appris, rien oublié, se faire plus royalistes que le roi.
Après que, par leurs exigences fanfaronnes, une royauté aura trébuché aux quatre ais rougis de l’échafaud révolutionnaire, ils pousseront de nouveau les dynasties de leurs adorations vers des tentatives impossiblesde restauration d’idées et de choses mortes , et trois fois, en moins de soixante ans, ils rouvriront
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sous leurs pas cet abîme des révolutions que les races royales ne franchissent plus qu’en passant sur le pont de l’exil.
Aussi , quand on demande à l’histoire ce qu’en tout temps a été le royalisme ; si , comme l’affirment quelques généreux esprits isolés dans la sincérité de leur croyance, il a été un sentiment, une foi, un culte; voici la réponse brutale que fait l’histoire : — Le royalisme n’a été ni un sentiment, ni une foi, ni un culte : il a été un intérêt. Par besoin, instinctif ou raisonné, matériel ou moral , de fortune, d’ambition, de monopole, d’orgueil, de suprématie, de rancune même ou de vengeance, il a été, dans la souveraineté de fait, une faction contre la souveraineté de droit,
§ III
Destruction de la royauté par le monopole et du monopole par la royauté.
Les causes de la durée et de la chute de la royauté sont donc écrites dans les faits qui ont été la conséquence inévitable de son origine, résumée dans la connexité de ces deux termes : usurpations et privilèges.
Mais si , par les lois de leur connexité , le privilège et l’usurpation se fondent et se perpétuent, cela par
UH PHIVILEÜK.
ceci et ceci par cela, il est aussi dans les lois constitutives de leur essence de s’entre-détruire.
L’usurpation envahit toujours; le monopole dévore toujours. Et quand ces deux insatiabilités complices n’ont plus rien devant elles qu’elles-mémes , c’est contre elles-mêmes qu’elles tournent et accomplissent les lois de leur nature. Mais , quel que soit le vainqueur, usurpation et privilège meurent également, l’une de son triomphe, l’autre de sa défaite. La victoire ayant détruit la mutualité de leur appui, qui seule fait leur raison d’être , ils tombent et cessent d’être.
En France , c’est la royauté qui a grandi et qui s’est fortifiée de l’affaiblissement graduel et des reprises successives des privilèges octroyés ou consentis par elle.
Mais le privilège ne peut descendre sans que le droit commun ne monte : l’accroissement de celui-ci et l’affaiblissement de celui-là se font sur deux lignes parallèles. Aussi , le jour où le droit commun a été constitué, le privilège n’a-t-il plus eu sa place : il a disparu, entraînant avec lui nécessairement la royauté. C’est que, pour arriver au développement absolu de sa puissance, la royauté lui avait porté le dernier coup; et c’était précisément l’heure où, parce développement même , elle allait en avoir le plus besoin.
Action et réaction merveilleuses de l’ordre moral , qui tue à la fois le monopole par la royauté et la