II
Complicité de la royauté dans l'exploitation des masses.
Sur quelques castes que la royauté se soit tour à tour appuyée , en excitant leur antagonisme pour se grandir par son intervention; quels que soient les noms sous lesquels ont pu être déguisés les deux termes opposés qui , aux deux extrémités politiques et sociales, expriment le privilège et l’ilotisme, la fortune et la pauvreté, la force et la faiblesse : — seigneurs et serfs, nobles et vilains, gentilshommes et
roturiers, patrons et apprentis, bourgeois et prolé-
LES (XASSES
taires, il n’importe ! toujours ceux qui ont eu la force, le savoir, la richesse, ont donné pour fondement aux lois politiques et civiles, avec le concours de la royauté, dans la mesure des possibilités, brutales ou hypocrites, de leur temps , la condamnation à perpétuité des faibles, des ignorants et des pauvres, au travail, à l’ignorance, à la misère.
Rien , en effet, de ce que la féodalité trouva sur son chemin, ni homme, ni droit, ni principe, ni institution, rien ne put tenirsur pied ou venir à la lumière qu’à la condition d’entrer dans ses hiérarchies; pas même le clergé, à qui le Fils de l’Homme avait confié la garde de sa loi de liberté et d’amour, et dont les chefs se firent les dominateurs, les maîtres et les loups du troupeau dont ils étaient les pasteurs; pas môme la bourgeoisie , son éternelle et haineuse ri- . vale ! La bourgeoisie eut aussi des fiefs et des châteaux qui, avec les communes, les jurandes et les maîtrises, l’immobilisèrent en une sorte de féodalité de second ordre, tournée à la fois contre les nobles pour se défendre et contre les plébéiens pour les opprimer. Seul le populaire, comme on disait alors, le prolétariat, comme on dit aujourd’hui, n’eut dans les engrenages de cette machine hiérarchique du privilège d’autre place que celle du grain sous la meule et du raisin dans le pressoir, il fut pressuré, écrasé, broyé partout et toujours, comme sujet de la couronne, vilain du seigneur, serf de l’abbé, apprenti du bourgeois.
DKSHÉIUTKKS.
Longtemps le travail , la misère , l’ignorance n’eurent pour recours que celte parole de la simplicité naïve d’une espérance qui reposait sur le foi çn Dieu, dont la foi dans la royauté faisait partie : « Si le rqi le savait! »
Le roi le savait. Son droit et son Revoir étaient de ne le point ignorer, et, s’il l’ignprait, il ajoutait à son crime, au lieu de l’absoudre. Hais le privilège n’en continuait pas moins à faire du faible, du pauvre et de l’ignorant , ces masses profondes de désola^ dons, de désespérances, de vices, des promiscuités de tout genre, où le soleil de la civilisation ne pénétra jamais. — Faction éternelle de l’ilotisme, de la ipi^ sère et de l’ignorance, qui s’est perpétuée et a grandi en face de la faction, éternelle aussi, de la richesse, du savoir et du privilège! La seconde, et c’est là son crime irrémissible que des révolutions châtient , n’a jamais fait de la première autre chose qu’un instrument énergique de sape et de démolition pour les diversités multiples de ses ambitions,, de ses colères, de ses convoitises , de ses vengeances.
Ainsi la royauté savait et laissait faire; bien plus, elle aida et fit elle-même. Sa part respective dans la tyrannie est formée par chacun des rouages de la machine administrative qu’elle monta pièce à pièce, qui lui appartient bien en propre, et dont les pouvoirs héritiers de la Révolution n'ont eu qu’à réunir, rajuster , entretenir et accroître les ressorts.
Mais les temps arrivèrent où la faction de la misère