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La main des nobles et des riches dans les premières insurrections de là faim.

Action merveilleuse de la loi des châtiments providentiels, qui veut que le crime creuse lui-mème sa fosse! Ce sont les accapareurs, les financiers, les privilégiés, qui fomentent des séditions dans le peuple et le poussent à la Guerre des farines , pour défendre contre Turgot leurs privilèges et les agios de leur Pacte de famine, renouvelé depuis la mort de Louis XV et fonctionnant toujours, moins, toutefois, le concours de la couronne. Des princes du sang et des maltôtiers , des agents et des victimes de la Société de la faim , des philosophes du progrès et des publicistes de la routine se donnent la main et se constituent en une sorte de quartier général de l’émeute. Alors a lieu la première de ces coalitions monstrueuses d’aspirations plébéiennes et de rancunes aristocratiques, de cupidités de monopole et de fauatisme de liberté , qui devaient si souvent précipiter hors de ses voies la Révolution, dont elles firent la force, mais aussi la perte, et qui furent cause qu’après 1789 on n’aurait pu toujours dire si les fureurs de la liberté ne faisaient pas plus désirer le despotisme que les hontes de la servitude n’avaient fait désirer la liberté.

ET LE DH01T DE VIVRE. 353

Poussant devant eux cette terrible machine de l’insurrection soldée qui venait en aide aux calculs de la famine factice, et dans les engrenages de laquelle ils passeront un jour, les aveugles et insensés défenseurs des abus affichèrent jusque dans les Tuileries des placards furieux provoquant à brûler Versailles. Ils firent surgir ces bandes d’hommes à figures sinistres, qui ne sont ni paysans ni ouvriers, qui viennentd’on ne sait où, mais qui, aux jours des grandes tempêtes, ameutent et conduisent les ouvriers et les paysans. Dans toutes les provinces qui avoisinent Paris, ces brigands à la solde du monopole ajoutèrent à la fa-, mine. En criant : « A bas la famine ! » ils pillaient et incendiaient les granges, brûlaient et noyaient les blés. Préludant aux grands drames qui devaient se jouer quinze ans plus tard, ils en firent comme une répétition générale. Après avoir pillé le marché de Pontoise , ils envahirent Versailles, poussèrent une reconnaissance jusque dans la cour du château , où le roi parut au balcon , voulut parler et ne fut point écouté. De Versailles la bande noire de la faim entra dans Paris. Trouvant les marchés occupés militairement, elle se mit à piller les maisons des boulangers, qui ne l’étaient pas.

Turgot savait tout ce que les gouvernements droits et honnêtes peuvent gagner à la publicité et à des rapports directs avec le peuple; il publia une circulaire au clergé, qui la lut en chaire ; c’était à la fois

un exposé des causes qui font tout naturellement la

hausse et la baisse des grains , et un manifeste contre les auteurs du complot formé pour affamer Paris afin de l’insurger ; mais Louis XVI ne permit pas d’en publier les noms.

La sédition , d’après Turgot , n’était sortie ni de la rareté réelle des blés, ni de l’excès de la misère. « — Le gouvernement , disait-il , n’a le pouvoir ni le moyen de baisser à son gré le prix des denrées ; ce prix est entièrement dépendant de leur rareté ou de leur abondance. La sagesse du gouvernement peut rendre les chertés moins rigoureuses en facilitant l’importation des blés étrangers, en procurant la libre circulation des blé6 nationaux, en mettant, par la facilité du transport et des ventes, la subsistance plus près du besoin , en donnant aux malheureux et en multipliant pour eux toutes les ressources d’une charité industrieuse; mais toutes les précautions ne peuvent empêcher qu'il y ail des chertés , suite nécessaire des mauvaises récoltes. »

Puis , au bas de ce manifeste , œuvre de la froide raison, un aspirant ministre, l'archevêque Loménie de Brieune , chargé de le revoir, avait ajouté cette phrase tout illuminée de prévision révolutionnaire : « Lorsque le peuple connaîtra quels sont les auteurs « de la sédition , il les verra avec horreur. »

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