‹ Avant la conquêteChapitre 26 sur 26 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Il pleuvait au dehors, à l'intérieur un joyeux feu de grille répandait dans la chambre sa douce chaleur em oloppant de sa rougeâtre clarté tout le mobilier de cette pièce élégante, à l’arrangement artistique de laquelle la main habile d’une femme du monde avait dû piesider. tout dans cet endroit était d’un goût exquis et les mille objets clart, les peintures, les statues, les bibelots sans nombre, s’harmonisaient si bien qu’on eut dit ^qu’ils remerciaient, dans leur langage muet, la maîtresse de céans de les avoir réunis là en si bonne compagnie; aussi lui prouvaient-ils leur reconnaissance en faisant de son salon le lieu le plus coquet, le plus Cosy, comme disent les Anglais.

Présentement, deux personnes y sont réunies; l’une ayant atteint cet âge critique où la femme sent qu’elle n’est plus jeune, belle encore cependant, sous son costume de veuve, elle caractérise l’idéal de l’aïeule que les années ont à peine effleurée. Elle est restée fraîche, et les quelques cheveux blancs que l’on remarque autour de son front encore lisse, ne détruisent en rien le charme de sa physionomie noble et distinguée. A côté de cet automne qui n’a pas jauni, se tient l’été dans sa plus grande splendeur et la jeune femme de vingt ans, qui adresse une question à son ainée, possède tant de grâces et de séductions que le plus indifférent ne saurait réprimer un mouvement d’admiration en jetant un regard sur cette figure attrayante où ne s’épanouissent que joie et bonheur.

En effet, elle est bien heureuse, Géraldine. Depuis trois ans, Robert et elle habitent la France. M. de Marville, a son retour, a retrouvé sa mère, veuve depuis quinze jours à peine. Il est arrivé à temps pour

adoucir ses douleurs, et depuis lors rien n’est venu assombrir le ciel azuré de cette famille. La naissance d’une petite fille a comblée les vœux de tous. En souvenir de celle à qui l’on devait tant elle porte le nom d’IIortense, à laquelle elle ressemble d’un manière si frappante qu’on ne peut la regarder sans penser à celle qui n’est plus.

La porte s’ouvre, Robert entre.

— Ah! mon ami, nous t’attendions avec impatience, dit Géraldine s’avançant à sa rencontre. Quelles nouvelles ?

— Le traité çje Paris vient d’être signé. Le Canada demeure, définitivement, la possession des Anglais.

La jeune femme poussa un soupir, M. de Marville aussi était ému. Tous deux penchèrent leurs fronts vers le sol; leurs regrets s’envolaient vers cette vaste colonie, qui devait plus tard devenir un pays si florissant. C’était là, au delà des Océans, qu’ils s’étaiem connus, qu’ils s’étaient aimés, qu’ils avaient souffert, qu’ils avaient été heureux. Toutes leurs pensées se rattachaient à cette terre où dormaient, sous les érables et les grands peupliers, des restes aimés. Hélas ! ce sol devenait celui de l’étranger !

TJn petit pas s’est fait entendre, un chérubin de bébé s’est élancé dans les bras de l’aïeule. La marquise prend la petite fille et s’avançant vers ses deux enfants pensifs :

— Je comprends votre tristesse, mes amis, dit-elle. Mais il y a encore là-bas des nobles français qui sauront. perpétuer dans ces contrées lointaines 1 amour de la France et garder intactes notre religion et notre langue. C’est une sœur cadette qui nous reste en Amérique, elle conservera fidèle le souvenir de son ainée.

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