CHAPITRE Xi
ATTAQUE Li FOR! Gi OUCES
On était au vingt-neuf de 11:.let armée forte de cinq cents Français et Canadiens 2e d «-sept ou dixhuit cents sauvages, partait !'arillon pour le fort Georges, (appelé aussi William-Henry).
Sur le front de nos jeunes soldats rayonnait l’espérance. Le courage dans l’âme ils partaient pour Ja gloire: sans crainte du danger ils allaient affronter la mort, heureux de risquer leur vie pour la patrie.
De Lévis, avec trois cents hommes, avait pris la voie de terre, tandis que le reste de l’armée s’embarquait sur le lac Saint-Sacrement. Robert était de ce nombre.
Le jeune homme brâlait d’impatience de rencontrer l'ennemi. 11 espérait que les émotions de la guerre, les périls de la lutte, parviendraient à lui faire oublier les trois mois qui venaient de s’écouler, et dont le souvenir lui faisait mal. Robert avait aussi un secret désir de recevoir une balle qui viendrait mettre un terme à ses souffrances.
Lecteurs, ne condamnez pas trop vite mon héros, ne le traitez pas de lâche pour ce moment de faiblesse. La vie lui était insupportable lorsqu'il se rappelait que toutes ses affections devaient être mortes, ou refoulées au fond de so cœur. Le malheureux jeune homme aurait voulu mou-ir; mais l’image de sa mère se présenta à lui, il se figura son désespoir si elle apprenait qu’il n’était plus: ce souvenir qui l’avait déjà sauvé, releva son courage et lui donna le désir de combattre afin
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s’envoler vers Je passé, vers son enfance si gaie, si joyeuse, Il se rappelait Ja tendresse dont cette mère ché-
remplacé sa gaieté d'autrefois. Mélancolie s’harmonisant bien cependant avec la régularité de ses traits et leur donnant un charme de plus; mais Pour le monde qui se rit de tout, sans rien approfondir, cette tristesse paraissait étrange. Ceux à qui la réflexion pèse auraient accusé Robert de froideur et peut-être de misanthropie; tandis que chez notre héros les sentiments du Cœur étaient placés au-dessus de tout, et c'était précisément à cause de cette soif d’affection, de cette nature aimante dont il était doué que le jeune homme souffait. Pour lui, l'amour n'était pas un vain mot que l’on jette à tous les vents, C’était une pure flamme ennoblissant l’homme, un sentiment le rendant grand en ui donnant Poubli de lui-même. Aimer et être aimé, C'était pour Robert une région du ciel perdue sur la
Monsieur de Marville Passa ainsi toute Ja nuit, sur le pont du navire, à songer à sa vie passée, à celle que lui réservait l’avenir.
Le lendemain on arrivait à la baie de Ganaouské, M.
€ Lévis y était déjà OCCupant les défilés qui conduisaient à l'endroit où le général avait projeté de faire le débarquement. Un gros de sauvages avait assis son
bastions ; les murs étaient formés par de gros troncs de sapins renversés et soutenus par des pieux extrêmement massifs. Le fossé avait de dix-huit à vingt pieds de profondeur. Un rocher élevé, revêtu de pulissades assurées par des monceaux de pierres protégeait ce fort.
La garnison de cette espèce de citadelle était de Jixsept à dix-huit cents hommes et l’on ne pouvait attaquer que du côté de la place, à cause des bois touffus et des marais qui en bordaient les avenues des autres côtés.
Montcalm, avant de commencer l'attaque, envoya vers le colonel Monroe, son aide de camp, M. de Fontbrune. Celui-ci était porteur d’une dépêche dans laquelle le général sommait le commandant de se rendre ; lui disant qu’il était inutile d'entreprendre de défendre la place, parce que toutes les précautions avaient été prises afin que nuls secours ne puisse y parvenir, qu’il avait sous ses ordres une nombreuse armée, composée en grande partie de sauvages, dont il ne pourrait restreindre la fureur si quelqu'un des leurs étaient tués.
La réponse du colonel Monroe ne se fit pas attendre, elle était brève et décisive. ;
— Général, disait-il, je crains peu la barbarie, J’ai comme vous, sous mes ordres, des soldats déterminés à vaincre ou à périr.
— Tant mieux, fit Montcalm, la victoire n’en sera que plus glorieuse,
Et il ordonna l’attaque.
Des deux côtés, même ardeur et même courage.
Monroe était confiant, attendant toujours des renforts du général Webb. Montcalm, avec ce mépris du danger qu’il avait montré dans les précédents combats, était partout, s’expsant le premier, soutenant, encourageant ses soldats et donnant partout Pexemple de la bravoure, du dévouement.
Le soir du quetrième jour, le général s'était retiré
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tiré de ses réflexions par des cris et des vocifératio
il s’élanea au dehors, afin de Connaître la cause du tumulte, Une petite bande de Sauvages, traînant au Milieu d’eux un blanc lié et Sarotté, s’avancait.
— Qu'est-ce, fit Montcalm.
— Un prisonnier, répondirent tous ensemble les Indiens, nous l'avons pris comme il allait atteindre le fort ; nous allons le brûler.
— Non pas, nous Pourrons l’échenger pour l’un des nôtres. 1] est sans dote Courrier, il faut Je fouiller.
Plusieurs soldats s'étaient maintenant réunis aux Sauvages. Les ordres du général furent Promptement exécutés, On trouva une lettre Sur Je prisonnier. Montcalm Ja Parcourut rapidement.
— Mes amis, s’écria-t-il, Vous venez de faire une prise importante, Cette lettre nous donne la certitude de la victoire. Webb ne Peut venir au secours du commandant Monroe.
Des hourres de joie retentirent, ge révétant d’écho en écho.
C'était en effet une missive du Commandant du fort Lydius disant à Monroe qu’il ne Pouvait aller à son se- Cours présentement. qu’il croyait imprudent de dégarnir le fort Lydius et qu’il se trouvait dans la nécessité d'attendre les milices des colonies
tion terrible retentit de l’autre côté du fort. Une trentaine d'hommes, ayant à leur tête Robert de Marville, étaient Parvenus à escalader Je rocher d'où ils lançaient un fon meurtrier sur les Anglais.
On se battit encore quelque temps avec acharnement ; mais la présence de Robert et de ses hommes on cet en. droit changea là face des choses, Le colonel Monroe
voyant ses munitions presque toutes épuisées et perdant l'espoir d’être secouru, comprit qu’une plus longue résitance ne ferait qu’augmenter la perte de ses gens. Il fit donc hisser le drapeau blanc et envoya un officier anglais traiter de la capitulation. Montcalm en dressa les articles. 11 accorda aux Anglais de sortir avec armes et bagages, escortés d’un détachement français, jusqu’au Fort Edouard, pour les mettre À couvert des insultes et de la barbarie des sauvages.
Cette victoire rendait les Français maîtres de quarante-trois bouches à feu, de 35,835 livres de poudre, de vingt-neuf bâtiments et d’une grande quantité de vivres et de projectiles.
La nuit qui suivit la reddition du Fort, Montcalm s’entretenait sous sa tente avec Messieurs de Bourlamaque et de Lévis, au sujet du départ des Anglais fixé au lendemain; sans se douter qu’au dehors un grand nombre de Hurons réunis auteuz d’un feu, écoutaient un des leurs qui les hzranguait ainsi :
— Oui, mes frères. vous voyez qu’on nous trompe,* les visages pâles veulent tout garder pour eux. Montrons que nous sommes libres, si les Anglais se retirent, pillons et prenons ce qu’on nous refuse.
— Bravo, bravo, hurla la bande.
Alléonémi, car c'était lui, continua :
— Puisque chacun est de mon avis, livrons-nous À la joie.
Tous remplirent leur coupe d’eau-de-vie, s’enivrant de plus en plus de leur victoire future.
Le lendemain, Robert s’éveilla en entendant des cris et des détonations, il se précipita au dehors, un spectacle horrible se présenta à ses yeux.
On voyait les Anglais fuir de toute part, poursuivis
* On avait imprudemment promis le pillage aux Indiens.
triotes, et se défendaient avec le Courage du désespoir Contre une dizaine d’indiens qui les entouraient.
ième. Son apparition subite suspendit quelques instant la fureur des Sauvagex, Robert en Profita pour glisser ces mots à l’orcille du Commandant.
— Tâchez de £agner ma tente, tandis que je vais os- Sayer de les apaiser,
Mais le Moment de confusion causé par son arrivée était passé, et Maintenant, les Hurons, furicux d’avoir
Parmi les Plus acharné: Contre lui ge remarquait Alléonémie. dont Ja figure hideuse TaYonnait de triomphe.
— Tu vas périr, dit-il en dirigeant sa flèche empoisonnée sur Je jeune homme.
In cri perçant traversa l’espace. La flèche partit en Sifflant dans l'air, mais Fleur-de-Printemps (car c’était elle dont On avait entendu Ja Voix) arrivait à
seräis plus là Pour marcher avee VOUS, j'aurais péri Sous les flots, Tuez-moi ; mais que pas un de ses cheveux ne tombe,
Fleur-du-Priutemps possédait une sur sa nation, en l’entencant parle rieux abaissèrent leurs armes et role.
grande influence r ainsi les plus fuun d’eux prit la pa-
— Eh bien, sil est ton sauveur, qu’il se retire, il est libre; mais qu’il nous laisse ces anglais.
— J: suis venu les défendre, répondit noblement de Marvile, je ne puis les abandonner, je mourrai avec eux, s'' le faut plutôt que d’être lâche.
Un murmure général s’éleva parmi les Indiens.
— Refuserez-vous de m'obéir, reprit Fleur-du-Printemps, laissez passer ces Anglais, qu’attendez-vous d'eux? vous les avez dépouillé de ce qu’ils possédaient, Allez rejoindre vos frères et vous battre avec eux.
La fille du grand chef était aimée, clle savait que sa prière ne serait pas vaine, en effet, après quelques minutes d’hésitation les rang:
&s $° rouvrirent et de Marville put amener ses trois protégés sous sa tente où ils étaient en sûreté.
Là, ils entourèrent l’Indienne qui les avait la remercièrent en des termes chaleureux.
— Fleur-du-Printemps, dit Robert, prenant la main de la jeune fille et Ja pressant dans la sienne, que puisje faire pour vous prouver ma reconnaissance? sans Vous nous aurions tous péri et n’aurions pas eu en mourant la consolation de verser notre sang pour la patrie.
— Pour vous, répondit-lle en retirant sa main frémissante, vous ne me devez rien, vous m'avez sauvé la vie, je n’ai fait qu’acquitter une dette. Tout ce que je puis vous demander c’est de penser à moi quelquefois.
Et disant, elle s'enfuit laissant le jeune homme stupéfait. Elle franchit en courant un grand espace de chemin, jusqu’à ce qu’enfin épuisée, haletante, elle fut forcée de s’arrûter, Au loin. 6h entendait encore les coups de feu des combattants. mêlés aux vociférations
euivis et
des Hurons. La fille du grand chef se laissa tomber à ECnoux et un sanglot souleva sa poitrine.
— O0! Dieu des blancs, Mmurmura-t-elle en élevant ses regards vers la voute céleste, si Robert de Marville m'aime je cruirai en toi et me ferai chrétienne, *