CHAPITRE x UNE PAGE DE LA VIE RÉELLE
Lorsque Géraldine entendit Je roulement de la voiture emportant Robert, de chaudes larmes inondèrent ses joues pâlies, tandis qu’elle appuyait son front brûlant sur les vitres de sa fenêtre et cherchait encore du regard celui qui venait de disparaître.
Combien d’amers regrets remplirent son cœur.
Elle demeura longtemps, longtemps à repasser dans sa mémoire ses souvenirs les plus chers.
Il y a certaines organisations trop sensitives qui aiment à augmenter leur chagrin en se rappelant leur bonheur passé, Melle Auricourt était de ce nombre. Avec une imagination vive un esprit ardent la jeune fille s’était souvent fait un monde de chimères. On Comprend ce qu’elle devait éprouver aujourd’hui devant une véritable peine.
Un instant elle se demandait si elle n’avait pas été aimée, si elle ne s’était pas trompée sur les sentiments du jeune homme. Alors elle repassait en mémoire toute sa conduite et s’avouait que souvent elle avait été fautive, bien des fois ses manières froides avaient dû repousser M. de Marville, lorsque peut-être il venait lui ouvrir son cœur.
Puis l'instant d’après, la jeune fille se disait, découragée :
— Non, non, c’est impossible, il en aime une autre, n’a-t-il pas prononcé son nom vingt fois dans son délire, ne l’a-t-il pas appelée avec un accent qui montrait jusqu’à quel point il désirait sa présence? Pour-
Cependant, la son secret et d
Partout elle était était nevreux et Mlle Auricourt
Première; mais ce rire En Conversation, ite et avait souve lheureuse enfant
efforts pour paur sa santé, Un
conservé sa fille.
Une Mmélancolis douce 8
était emparée de notre héu dans son cœur, elle ne pen-
ignation et s’efforçait de loublier en cherchant de ]
attraction aux occupations ordinaires de la vie.
Un jour, que la jeune fille se sentait triste, abattue, elle se fit apporter sa harpe et exécuta plusieurs morceaux i ; de se distraire PAT ces accords Ps et enfin, sans s’en aper-
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cevoir, fit vibrer sous ses doigts les sons mélodieux d’une romance intitulée: “ Le Départ ”. (C’était le morceau favori de Robert : plusieurs fois il était venu s’asseoir près d’elle lorsqu'elle le jouait et l'avait priée
de le recommencer, l’écoutant toujours avec plaisir. Géraldine se rappela ces moments heureux, et retirant ses mains de l’instrument :
— Non, dit-elle, je ne peux plus jouer. Hélas! tout me parle de lui quand je veux l’oublier.
Puis se levant, elle alla à l’autre extrémité du salon, prit un album et feuilleta machinalement ; soudain ses yeux tombèrent sur une Page écrite de la main de Ro-
bert et elle lut avec une émotion croissante, les vers suivants :
Si j'allais en dépit de votre indifférence,
De mes cuisants regrets vous parler le langage,
Hélas! que vous ferait ma profonde douleur?
Votre compassion sans finir ma souffrance, mes purs souvenirs effacerait l’im
Vestige passager d’un instant de bonheur.
Que signifiaient ces vers ? pourquoi les avait-il écrits ? Cruelle incertitude qui envahit son âme. Etait-elle véritablement l’objet de ses pensées lorsqu'il avait tracé ces lignes? Que n’aurait donné la jeune fille pour avoir la conviction que ces reproches lui étaient adressés.
Cependant, malgré ses doutes, une joie indicible s’empara d’elle, elle ressentit soudain la douce émotion d’un soulagement inattendu, d’une espérance inconnue, Un rayon de soleil se jouant à travers les rideaux, vint en cet instant, comme un heureux présage, lui montrer un coin du ciel bleu. Son cœur battit plus vite, émue, tremblante, elle lut et relnt plusieurs fois ces vers qui lui parlaient de lui. Serait-il possible qu’il fut, lui aussi, malheureux.
— Oh! Robert, Murmura-t-elle, suis-je vraiment la
de:
femme à qui tu adresses ces reproches ? que ne donne.
“ rai-je pour connaître le sentiment qui t'a fait tracer
ces lignes,
Il est doux dans les jours de doute et de souffrance, Lorsque l'on Pleure et se sent abattu,
Lorsque l'on croit désormuis tout perdu,
De pouvoir par un mot retrouver l'espérance.
Après avoir tracé ces mots, Mlle Auricourt se sentit moins malheureuse. Pourquoi, elle n'aurait pu le dire; Mais son ciel lui sembla plus beau, la nature plus bril. lante, la brise plus Caressante, le chant des oiseaux, voltigeant en nombre sur les grands arbres du jardin, bien doux; si doux qu’il semblait Jui dire :
—Tu es jeune, tu es belle, Pourquoi n’espères-tu pas, où celui que tu aimes trouvera-t.i] plus de sensibilité, plus de dévouement.
Elle écouta, longtemps avec une joie toujours plus intime, chanter ces habitants des airs qui parlaient à son cœur.
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Cher Félix, je prie Dieu qu'il vous protège,
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