‹ Avant la conquête [microforme]Chapitre 21 sur 33 · LA BATAILLÉ DE CARILLON · texte numérisé non relu

LA BATAILLÉ DE CARILLON

Les jours se sont écoulés, nous sommes arrivés à la veille de la bataille de Carillon.

La prise de Louisbourg avait laissé le Canada sans défense du côté de l'Atlantique, mais l’on était résolu

de prendre la revanche at l’on s’apprêtait à repousser

l'ennemi du côté de la Nouvelle Angleterre.

Les Anglais se préparaient à attaquer Carillon, situé près du lac Champlain, à l'extrémité du cours d’eau nommé rivière de la Châûte.

On avait envoyé Bourlamaque occuper le portage à la tête du lac St-Sacrement, et Montcalm avait placé sur les deux rives de la rivière de la Châûte les bataillons de la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc, et le premier de Berry; lorsque dans la nuit du six juillet, Abercrombie, qui avait remplacé milord Lawdon, débarqua au Portage avec dix-huit cents hommes.

A son approche, Montcalm comprit qu’il serait plus prudent de se replier, il repassa donc la rivière et vint se mettre sous le canon de Carillon.

Toute la journée du lendemain le général fit travailler ses sept bataillons à former à la hâte des abatis. Il ne ferma l’œil de la nuit, surveillant lui-même les travaux.

Vers cinq heures il se promenait encore, interrogeant lhorizon afin de voir sil n’apercevrait pas M. de Marville qui devait lui apporter la nouvelle de l’arrivée de M. de Lévis, Enfin, un point noir se dessina

au loin et en moins de cinq minutes, Robert fut au côté du marquis.

— Général, dit-il, le chevalier de Lévis sera ici dans une demie-heure avec ses piquets..

En effet, au bout de ce temps, le chevalier arriva.

— Où allons-nous placer les Canadiens? demandat-il au général.

— Dans la trouée entre l’abatis et la rivière. Vous défendrez la droite, chevalier. Bourlamaque est chargé de la gauche; moi, je garde le centre. Les volontaires sont déjà dans les bois.

Lévis se chargea immédiatement de placer les troupes de la colonie, tandis que Montcalm faisait descendre dans la plaine un corps de réserve de huit compagnies de grenadiers et de plusieurs piquets.

Toutes ces opérations se firent avec une grande diligence; à onze heures et demie, on attendait avec impatience l’arrivée de l’ennemi.

Montcalm avait gardé près de lui son jeune protégé. Avant la bataille, il lui dit:

— Robert, je vous recommande la prudence, pour acquérir de la gloire, ne vous exposez pas inutilement. Songez au deuil que causerait votre mort.

-— Ne craignez rien, général, répondit M. de Marville, pressant avec effusion la main que Jui tendait le marquis. Je suis devenu prudent depuis que je sais qu’elle m’aime, aujourd’hui je tiens à la vie.

— Allons, je suis heureux d’apprendre que vous êtes devenu sage, j'en remercie Melle Auricourt, puisque c’est à elle que nous devons ce changement. A présent je n’aurai plus de ces inquiétudes que vous m'avez fait si souvent éprouver dans les combats auxquels vous avez assisté.

— Oh! général.

— Ne dites pas, oh! général, mais 6 Géraldine, puisque je n’étais rien pour vous.

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— Vous étiez tout alors Pour moi; mais pardonnez-

moi si je dis maintenant : Mourir pou

elle.

— Mon cher Robert, vivez pour elle, vivez pour moi.

Leur conversation fut interrompue par une détonation éclatante, c’était les Anglais qui attaquaient les gardes avancés, On vit paraître trois colonnes sur Ja hauteur et une quatrième sur le penchant de la côte,

En un instant, le feu s’engagea de toute part.

Canadiens lancèrent leur décharge sur Ja quatrième

colonne, qui se replia sur le régiment de la Sarre, en

Montant la colline, alors les Anglais eurent le feu de ce

régiment en tête, tandis que les Canadiens Jes repous-

saient en côté. Lévis comprit qu’ils voulaient forcer ses retranchements.

— Allez, dit-il à M. d’Hérv, prenez une cinquantaine colonne par derrière,

Ses ordres furent prompteme de quelques instants Jes cris de qu’on l’attaquait de ce côté.

s’en précipitèrent pas ave tranchements.

Partout le combat était terrible, M. de Bourlamaque soutenait la gauche avec fermeté. Vingt barges anglaises s’approchèrent du rivage pour débarquer du monde; mais M. de Louvicourt, qui servait en cet endroit avec trois pièces de Canon, aidé de la fusillade des volontaires, coula à fond un ponton et une barge, puis Parvint ensuite à faire retirer le reste.

Pour Montcalm, il était partout.

— Courage, disait-il, s’élançant dans Jes montrant l’exemple de Ja bravoure, en s’exposant aux plus grands dangers, bientôt nous serons victorieux.

— Oui; mais avant tu périras, s’écria un jeune offi-

r VOUS, vivre pour

Les

aide-major de la reine, d'hommes et attaquez cette

nt exécutés: au bout ’ennemi Jui apprirent Cependant les Anglais ne Ce moins de fureur sur les re-

rangs et

AVANT LA CONQUÊTE 109 cier anglais, brandissant son sabre au-dessus de la tête du marquis.

Deux cavaliers s’élancèrent et Robert fut assez habile pour frapper de son épée le bras de l’officier anglais avant que son sabre ne se fut abattu sur le ge néral.

— Oh! rage, s’'écria de Kergy, c'est lui qui me devance, toujours ce de Marville dans mon chemin pour recevoir ce qui m'est dû; mais patience, je me vengerai.

Le marquis avait vu Robert.

— Merci, lui dit-il, je vous dois la vie.

Le jeune homme n’écoutait plus, il se précipita sur l'officier qu’il venait de blesser et lui passa son épée au travers du corps, puis la retirant toute sanglante, 1 continua à frapper avec fureur devant lui, avançant toujours, exposé au feu le plus nourri des Anglais. Le danger que venait de courir son général lui avait donné un nouveau courage pour braver les périls.

— Arrêtez, lui cria Montcalm.

Mais sa voix fut couverte par la fusillade. Robert venait de disparaître dans un nuage de fumée, pendant plusieurs minutes on crut qu’il ne reviendrait pas, lorsque soudain l’un des drapeaux anglais s’abattit; on le vit traîner dans la poussière jusqu’à ce qu’enfin il se releva et vint s’abattre au milieu de l’armée française avec Robert, qui roula sans connaissance aux pieds de M. de Bourlamaque. Celui-ci se baissait pour relever le jeune homme, quand une balle vint le frapper en pleine poitrine, il s’affaissa grièvement blessé.

— Rendez- vous, criait-on de toute part. Vive la France!

Mais la fureur des Anglais ne faisait que s’accroître, ils se précipitaient dans des tronçons où ils s’embarrassaient et tombaient enfilés.

Le général Abercrombie envoya un courrier, enjoignant de faire venir cinq mille hommes sur la ré-

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serve qu’il avait laissée à Ja Châûte. Ce renfort ne fut rien contre les Français qui foudroyaient leurs ennemis du haut du Parapet, sans qu’ils pussent se défendre. Des grenadiers s'étaient jetés dans la trouée ct mettaient les ennemis en fuite de ce côté. Cependant la colonne du penchant de la côte faisait une opiniâtre résistance ct était la dernière à combattre, lorsque les Canadiens sortirent de leurs retranchements, Lévis à leur tête, suivi du colonel de Raincourt, et ils parvinrent à mettre cette colonne en pleine déroute,

Des cris joyeux retentirent de toutes parts, l’enthousiasme était à son comble, Nos troupes venaient de Bagner une victoire sur les Anglais dans les mêmes cir- Constances que ceux-ci À Poitiers et à Agincourt.

La perte des Français se monta à cinq cents hommes et celle des Anglais à quatre mille.

Le lendemain, Carillon retentissait des chants de ns soldats qui répétaient d’écho en écho le triomphe de la veille.

Le général : Promenait avec satisfaction au milieu de ses troupes, les entendant ainsi exalter son Courage, il se sentait ému de joie. Ce moment Je récompensait de ses fatigues et de ses peines, il avait soutenu et en- Couragé ses soldats lorsqu’ils étaient accablés: de froid et de faim, il ne s’était laissé rebuter par aucun obstacle, maintenant ;i] recueillait les lauriers que méritait sa conduite ct la gloire de Carillon l’immortalisait. :

Un jeune officier s’approcha de Montcalm.

— Général, dit-il, Abercrombie a fait rembarquer ses troupes pour se retirer à l’extrémité du lac Georges.

Tant mieux, ils ne reviendront pas à la charge.

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que s’il fallait se battre aujourd’hui ils ne pourraient

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