CHAPITRE VII UNE LETTRE DU COLONEL
Trois heures venaient de tinter à la jolie pendule qui ornait la cheminée du salon de M. Auricourt. Robert, à demi couché sur un divan, lisait ou plutôt paraissait lire, car un observateur en le regardant se serait vite aperçu que l’ouvrage qu’il tenait à la main ne captivait en rien son attention ; ses regards se portaient sans cesse, dans une muette contemplation sur une gravure placée vis-à-vis de lui: ses yeux ne semblaient pouvoir se détacher de cette image représentant Géraldine dans tout l'éclat de sa beauté. Que d’éloquence dans ces regards! comme ils disaient bien: Vous avez toute mon âme. Et comme celle à qui il les adressait se serait sentie heureuse à cet instant si elle les avait surpris à son adresse, Mais il était seul dans la chambre, personne pour interrompre cette contemplation profonde où se mêlaient de si tristes pensées.
Pourquoi cette jeune fille qui lavait soigné avec la tendresse d’une mère pour son enfant avait-elle changé tout à coup à son endroit? Il se rappelait ces mille riens si précieux pour lui, qui s'étaient passé lorsqu'il était aux prises avec la mort. C’était la douce tiédeur de son bras qu’il semblait :ontir encore sur son cou lorsqu’elle soulevait sa tête défaillante; c’était le contact aimé de cette petite main qu’elle avait si souvent appuyée sur son front brûlant; et puis ses regards qu’elle avait attachés sur lui avec anxiété. Non, il ne se trompait pas, non ce n’était pas un rêve, ses yeux alors le lui avait bien dit: “Ne mourez pas car j'en
ef cé ANT OR JUS à AUS US DS 2 NN D D
serais si malheureuse.” Oui, ils lui disaient tout cela, les yeux de la jeune fille, pourquoi tout avait-il changé, pourquoi cette indiffé
— Malheureux que je suis, suis-je donc destiné à toujours souffrir par mes affections les plus chères.
Et, se levant dans un moment de véritable découragement, il se dirigea vers la porte pour quitter cette pièce, où l’image de celle qu’il aimait Jui faisait mal. Sur le seuil, il fut soudain arrêté, un jeune homme lui saisit la main en s’écriant :
— Ah! mon cher Robert, que je suis aise de vous retrouver si bien.
— Quoi! d’Estimauville, c’est vous. Vous arriÿez du fort Georges ?
— Oui, mon cher, je suis de retour aujourd’hui même.
— Et que fait-on en cet endroit ?
— Rigaud n’a pu emporter le fort par escalade ; mais nous avons exécuté la seconde partie de nos instruction, toutes les maisons aux environs du fort ont été brûlées, l’hôpital, les magasins, plusieurs bateaux, un grand nombre de chaloupes.
— C’est un grand pas.
— Oui, la résistance du fort sera moins forte la prochaine fois.
— Et vous venez ici?
— D’abord pour prendre de vos nouvelles. Je suis aussi porteur d’une lettre à l'adresse de Mademoiselle Auricourt de la part du colonel de Raincourt. Félix a des inquiétuaces à l'égard de sa fiancée, il n’a recu