‹ Avant MalherbeChapitre 102 sur 132 · LES VENDANGEURS · texte numérisé non relu

LES VENDANGEURS

Cestoit en la saison que la troupe rustique S'appreste pour couper de ceste plante unique, De ce rameau sacré le raisin pourprissant ; Cestoit en la saison que le fruit jaunissant Laisse veusve la branche, et le souillart Autonne (1) Faict escumer les bords de la vineuse tonne. Un chascun travailloit, l'un après le pressoir. L'autre à bien estouper le ventre à l'entonnoir, Et d'un fil empoissé avec un peu d'estoupes Calfeutrer les bondons : les uns lavoyent les coupes. Et rinsoyent les barils, autres sur leurs genoux Aiguisoient des faucets pour percer les vins doux, Et piquettans leurs flancs d'une adresse fort gaye, En trois tours de foret faisoyent saigner la playe, Puis à bouillons fumeux le faisoyent doisiller (2) Louche (3) dedans la tasse, et tombant pétiller. Les autres plus gaillards sur les grapes nouvelles A deux piez s'arïondroyent jusque sous les aisceîles ; Les uns serroyent le marc, les autres pressuroyent ; Les uns pour vendanger sur la pierre esmouloyent Le petit bec crochu de leurs mousses (4) serpettes; Les uns trempoyent l'osier, les autres leurs tinettes (5), Leurs hottes, leur estrain (6) dedans les clairs ruisseaux ;

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