‹ Avant MalherbeChapitre 107 sur 132 · BA1F · texte numérisé non relu

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Peut-estre qu'elles n'ont qu'un flair; Nous sentons celuy qui est prouche, A nostre sens l'autre ne touche, Car il se perd, là haut, dans l'air. De la belle estoile et la fleur, Venus, la déesse commune, Veut que l'odeur et la couleur En l'une et l'autre soit tout une.

Entre peu d'espace de temps, Les fleurons des roses naissantes, Diversement s'épanissantes, Par compas se vont départans; L'un, de l'étroit bouton couvert, Se cache sous la verte fueille; L'autre, par le bout entr'ouvert, Pousse l'écarlate vermeille.

Cestuy cy, plus au large met La haute cime de sa pointe, Et l'ayant à demy desjointe, Découvre son pourprin sommet; Cestuy là se désafubloit Le chef de sa tenue coiffure; Et desjà tout prest il sembloit D'étaler sa belle fueillure.

Bien tost après il a desclos Du bouton riant l'excellence, Descelant la drue semence Du safran qu'il tenait enclos; Luy qui tantost resplendissant Monstroit toute sa chevelure ; Le voicy pasle et flétrissant, Qui perd l'honneur de sa fueillure.

Je m'emerveilloys en pensant, Comme l'aage, ainsi larronnesse, Ravit la fuitive jeunesse Des roses vieilles en naissant; Quand voicy l'incarnate fleur, Ainsi que j'en parle s'éfueille :

Et, couverte de sa rougeur, La terre en éclate vermeille.

De toutes ces formes l'effet, Et tant de soudaines muances, Et telles diverses naissances, Un jour les fait et les défait.

O nature ! nous nous plaignons, Que des fleurs la grâce est si brève; Et qu'aussi tost que les voyons, Un malheur tes dons nous enlevé.

Autant qu'un jour est long, autant L'aage des roses a durée; Quand leur jeunesse s'est montrée, Leur vieillesse accourt à l'instant:

Celle que l'étoile du jour A ce matin a veu naissante, Elle mesme, au soir de retour, A veu la mesme vieillissante.

Un seul bien ces fleurettes ont, Combien qu'en peu de temps périssent, Par succès elles refleurissent, Et leur saison plus longue font.

Fille, viens la rose cueillir.

Tandis que sa Heur est nouvelle,

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