ELEGIE
Ceste fluste qui pend à la branche sacrée
De ce pin que tu vois, de sa charge orgueilleux,
Passant, notre Brunette à Pan Ta consacrée, Quand elle s'en alla sur le bord stygieux.
Tandis qu'elle en jouoit sur l'herbe rajeunie, Les zéphyrs caressants leur doux vents retenoient ; Des oiseaux babillards se taisoit l'harmonie. Et les clairs ruisselets leur murmure endormoient.
Mais c'est peu que cela, on a vu davantage Que sa douce chanson le loup mesme allechoit, Qui, sans faire aux brebis, ni aux mastins outrage, Afin de l'écouter, près d'elle se couchoit.
Vous en estes tesmoins, vous, ô forests voisines, Qui avez vu le chef de vos chênes oyants, Répondre bien souvent à ses notes divines, Et mouvoir à l'envi ses rameaux verdoyants.
Cette fluste étoit lors la fluste plus heureuse Que berger ni bergère embouchèrent jamais, Mais au rebours, helas ! la pauvre malheureuse Reste comme tu vois, muette désormais.
Ou bien, si quelques foys dedans elle s'entonne Le soupir d'un doux vent, on oit (i) un long helas ! Et puis d'un triste son, mais tout bas, elle sonne Le beau nom de Brunette et son aigre trépas.
i. On entend.