Ce vers en rappelle un autre de Lemierre
L'allégorie habite un palais diaphane.
Lorsque du plus haut ciel les Muses descendues N'avoient qu'en peu d'esprits leurs flammes épandues, De leurs chastes amours les premiers inspirés Ouvrirent des trésors de la France admirés : Mais rien n'étant jamais parfait dès sa naissance, Ils ne purent trouver parmi tant d'ignorance Ce qu'avecque plus d'art les autres ont cherché, Voyant par les premiers le terrain défriché. Quand de si peu de mots la France avoit l'usage, C'estoit estre savant que d'avoir du langage. Rien ne se peut former et polir à la fois ; Il faut beaucoup de mots pour en faire le choix. Ces esprits emportoient la gloire tout entière, Si toujours la façon eut suivi la matière; Mais souvent à leurs vers défailloit la beauté, Comme aux corps qui n'ont rien qu'une lourde santé.
De tant d'esprits confus Desportes nous dégage, Et la France lui doit la règle du langage.
Ce jugement en belles rimes d'un poète des premières années du xvne siècle, des Yveteaux, est exact, sauf l'excès dans la louange.
Après Ronsard, Desportes fait un choix ; il
dégage la langue ; il donne des règles qui sont justes le plus souvent.
Desportes est en général correct , élégant ; harmonieux, il l'est toujours. Telle stance des Amours, récitée à haute voix et bien rythmée, passerait pour une strophe de Lamartine. Il a de l'esprit, de l'enjouement dans quelques sonnets, de la grâce. Son défaut, c'est l'antithèse poussée à ses extrêmes limites, les concetti, l'afféterie italienne. Sa chanson ne manque ni d'entrain ni de naturel ; elle est malheureusement erotique.
On attribue à Desportes l'introduction du mot pudeur dans notre langue. Pudeur remplace heureusement vergogne. « Innover de la sorte, c'est créer plus que des mots, c'est donner de la précision à des idées nobles et pures (i). »
Sa vie est celle d'un courtisan efféminé. Plus d'une fois son œuvre se ressent des bassesses de sa vie. Il n'est donc pas étonnant que Desportes ait fait les délices de la cour de Henri III et des mignons.