Aimer
le soleil du pays natal, « le soleil raiant, cler et beau, » c'est le mois de mai. la paisible volupté d'une vie nonchalante ; ce sont les danses et les amours. Rien n'est viril dans Charles d'Orléans. 11 en est toujours aux ballades et aux rondeaux. L'âge ne l'a ni fortifié ni mûri; et, quand les rides sont venues, « elles ont sillonné les traits efféminés d'un adolescent sexagénaire » (i).
Les fourriers d'esté sont venuz Pour appareiller son logis ; Et ont faict tendre ses tappis.
De fleurs et verdure tissuz.
En estandant tappiz veluz De vert herbe par le païs, Les fourriers d'esté sont venuz Pour appareiller son logis.
Cueurs d'ennuy piécà morfonduz, Dieu mercy, sont sains et jolis ;
i . Gt-ruzez. Av. cit.
Allez vous en, prenez païs, Yver, vous ne demourez plus.
Les fourriers d'esté sont venuz (i).
Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vestu de broderye, De soleil raiant, cler et beau.
11 n'y a beste ne oyseau, Qui en son jargon ne chante ou crye ; Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye.
1. « Le plus souvent, dit Michelet. en parlant de ces petites pièces, c'est un chant d'avril et d'alouette. La voix n'est ni forte ni soutenue, ni profondément passionnée. C'est l'alouette, rien de plus. Ce n'est pas le rossignol. »
2. Sous le rapport de l'art, ce rondeau est remarquable. Les rimes masculines et les rimes féminines sont habilement entrelacées.— On sait que le mélange alternatif des rimes masculines et des rimes féminines n'était encore suivi, au xve siècle, que dans quelques pièces en vers d'inégale mesure.
Rivière, fontaine et ruisseau Portent en livrëe jolie Gouttes d'argent d'orfaverie :
Chascun s'abille de nouveau.
Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye,
BALLADE
CHARLES D'ORLEANS DEMENT LA NOUVELLE DE SA MORT (i)
Nouvelles ont couru en France,
Par maints lieux que j'estoyë (2) mort;
Dont avoiënt (3) peu de plaisance
1. L'expression de cette ballade est naïve, ingénue, familière ; elle n'est nulle part vulgaire ni triviale. C'est en cela que consiste la supériorité de Charles d'Orléans sur Villon, lequel aurait mieux valu, nous dit Marot. « s'il avait demeure en la cour des rois et des princes, où les jugements s'amendent et les langages se polissent. » Il est vrai que Villon ne s'affadit jamais et que sa langue est celle du peuple de Paris. — Le refrain de cette pièce est d'une bonhomie malicieuse qui fait penser à La Fontaine.