‹ Avant MalherbeChapitre 31 sur 132 · Ce mot est ici de deux syllabes · texte numérisé non relu

Ce mot est ici de deux syllabes

4. Picotés par les becs des oiseaux, comme les dés le sont par l'aiguille.

Hommes, icy n'usez de mocquerie,

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.

Quoique résigné à mourir, il en appela, contre l'usage, de la sentence du Chàtelet au Parlement. La peine de mort fut commuée en celle du bannissement.

L'habitude du vice le rejette bientôt entre les mains des gens d'armes. De nouveau le voilà condamné, pour je ne sais quelle entreprise, à être pendu haut et court. Fort à propos il apprend que Charles d'Orléans vient d'être père. Il improvise d'aimables stances en l'honneur de cette enfant qui sera la princesse Marie. Il les adresse à l'heureux père. Elles arrivent à temps. Charles ose parler de clémence à Louis XI. Encore une fois Villon est sauvé.

Au demeurant, Villon était-il complètement dépravé? Nous ne le pensons pas. Sa faiblesse est incurable, il est vrai, mais son repentir est sincère. Le fond généreux de sa nature subsiste sous les souillures. Il n'accuse personne que soi de ses vices. Il sent le prix des bienfaits. Il aime sa mère :

Ma pauvre mère,

Qui pour moi eut douleur amere, (Dieu le sait) & mainte tristesse.

11 lui lègue une ballade touchante où il affirme sa dévotion à la sainte Vierge. Il soutenait trois orphelins,

Trois petits enfants tous nudz.

j6 POÈTES FRANÇAIS

Il a des vers éloquents sur l'autre vie, et. les larmes aux yeux, il les adresse à ses compagnons de débauche. Il aime son pays ; il a trouvé des accents de patriotique colère contre ceux « qui mal vouldroient au royaume de France ». Tout n'est pas désespéré, remarque à bon droit M. Géruzez (i), dans l'àme des pécheurs qui n'oublient ni Dieu ni leur pays.

Eh bien, cet escroc, ce gibier de potence, avait une àme de poète, et dans une vie honteuse et un siècle grossier, il a eu quelques inspirations que Villemain égale à ce que, dans une civilisation éclairée, un génie délicat et pur peut exprimer de plus touchant (2).

M. Nisard a sur Villon une très belle étude et savamment nuancée, qui justifie fort bien Boileau de l'avoir mis en tète de nos vieux poètes.

Pour le sévère critique, Villon est novateur tout à la fois dans les idées et dans la forme. Charles d'Orléans continue le Roman de la Rose. Chez lui, trop souvent l'influence de Guillaume de Loris est visible. Trop souvent il est escorté de Bel-Accueil, de Liesse, de Dangier, de Longue- Attente, de Faux-Semblant, de toutes les froides allégories du moyen âge et d'un savoir indigeste. Villon n'imite personne. Le premier, il a fait jaillir la poésie de son cœur. Ses vers lui sont inspirés par sa vie, ses malheurs, ses amours, par ses vices. Il tire ses images des fortes impressions qu'il reçoit de son temps. Il trouve des accents de

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