‹ Avant MalherbeChapitre 30 sur 132 · I. Marot · texte numérisé non relu

I. Marot

à l'école. — François Villon ne fit qu'entrer au château de Blois et sortir. Il n'était pas homme à se plaire en si noble compagnie ; il n'était pas homme non plus à se plier à l'étiquette des cours. Il lui fallait ses coudées franches, ses franches repues, dût cette vie déshonorée le mener à la potence. Elle l'y mena, en effet, — au pied, du moins.

«Né de Paris, emprès Pontoise», comme il le dit lui-même, de parents pauvres, l'année même où mourait Jeanne d'Arc (1431), Villon eut tous les goûts et aussi tous les vices de la basoche. Plus d'une fois il a été enfermé au Chàtelet pour avoir détroussé les petits marchands, insulté les soldats du guet ou volé des rôts et de la pâtisserie. Des délits plus graves, — M. Nisard ne veut pas croire à un crime (1), — le firent condamner à être pendu avec cinq de ses compagnons. A la veille du supplice, il compose son épitaphe sous forme de ballade. Cette poésie patibulaire est d'un réalisme effrayant. En voici quelques vers:

La pluye nous a débutez (2) et lavez

Et le soleil desséchez et noirciz ;

Pies, (3) corbeaulx, nous ont les yeux cavez

Et arraché la barbe et les sourcilz ;

J imais nul temps nous ne sommes rassiz ;

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir, sans cesser nous charrie,

Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre(4) :

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