‹ Avant MalherbeChapitre 43 sur 132 · Espèce de gruau · texte numérisé non relu

Espèce de gruau

5. Théophile Gautier a consacré à Villon, dans les Grntes. un chapitre délicieux, où, malheureusement, sous prétexte d'art, les citations crues ne manquent pas. Le Testament y et à bon droit et en termes excellents compare au Don de Byron. — « C'est le même mélange de sensibilité et de raillerie, d'enthousiasme et de prosaïsme; à côté d'une page toute moite de pleurs vous trouvez un chapelet de coq-à-î'àne et de rébus aussi détestables que les calembours du pair anglais. L'effet d'une peinture suave est détruit par une esquisse grotesque à la manière de Callot. une digression mène à une autre, les legs ironiques se succèdent sans interruption ; à celui-ci une ballade, à celui-là un rondeau, à cet autre une savate ou un plat à barbe ; tout ce que la fantaisie la plus flottante peut avoir de caprices, vous le trouverez dans les deux Test a meut s de Villon... Mais, le côté par lequel les deux poètes jetés, l'un au bas de l'échelle, l'autre en haut, se ressemblent le plus, c'est le désenchantement amer de la vie. le coup d'œil morne et profond sur les choses du monde, le regret du passé, le sentiment du beau et du bon au fond de leur dé» gradation, la perte de toute illusion et la mélancolie désespérée qui en résulte . .. »

On lit dans le Mémorial parisien, ordinairement appelé la Chronique scandaleuse, à la date de 1466 :

« Au dict an, au moys de juing, que les fèves florissent et deviennent bonnes, advint que plusieurs hommes et femmes perdirent leur entendement, et mesmement à Paris il y eut, entre autres, un jeune homme nommé Martial d'Auvergne, procureur en la cour de parlement et notaire au Chastelet de Paris, lequel, après qu'il eut esté marié trois semaines avec une des filles de M.Jacques Fournier, conseiller du roy en la dicte courde parlement, perdit son entendement, en telle manière que le jour de monsieur Saint- Jehan-Baptiste, environ 9 h. du matin, une telle frénaisie le print qu'il se jetta par la fenestre de sa chambre en la rue, et se rompist une cuysse et froissa tout le corps, et fust en grand dangier de mourir. Et depuis persévéra longtemps en sa dicte frénaisie, et après ce revint en un bon sens. »

Martial d'Auvergne naquit à Paris, selon toute

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vraisemblance, en 1440 ; mais sa famille provenait sans doute d'Auvergne. Il se nomme luimême dans ses écrits Martial de Paris, dit d'Au-

vergne.

Il est Fauteur d'une sorte de poème historique sur la mort du roi Charles VII, où sont exprimés en vers assez faibles les patriotiques sentiments de la nation pour la royauté malheureuse. Cet ouvrage a pour titre : Vigillcs de Charles Vil à neuf psaumes et neuf leçons. Ce sont les « Vigiles des morts » mises en vers français. Elles eurent un si grand succès que l'auteur était appelé %% le poète le plus spirituel de son temps ».

Son livre en prose, les Arrêts d'Amour, lui a valu un souvenir de La Fontaine.

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