‹ Avant MalherbeChapitre 47 sur 132 · H SUR LE MARIAGE · texte numérisé non relu

H SUR LE MARIAGE

L'œuvre d'ymen tu veux parfaire, Mal t'en viendra, c'est chose claire :

Crois que gens mariés ont tous Plus d'un tracas, plus d'une affaire* Mieux vaut dire : Que dois je faire?

Que dire : Las ! que ferons nous ?

Clément Marot naquit à Cahors, en 1495. Son père, valet de chambre de François Ier, était poète lui-même et non pas sans valeur. C'est de lui ce vers si souvent cité :

Faulte d'argent, c'est douleur nompareille.

Clément eut pour premier maître son père :

Il me souloit une leçon donner, Pour doucement la musette entonner; Le bon vieillart après moi travailloif, Et à la lampe assez tard me veilloit...

Il entra de bonne heure comme valet de chambre au service de Marguerite d'Alençon. En 1521, il suivit le duc au camp d'Attigny et fit la guerre, comme on Ta dit spirituellement, « en homme qui ne restait pas parmi les bagages ». 11 fut blessé au bras à la bataille de Pavie, et fait prisonnier :

Ln fust perce tout oultre rudement Le bras de cil dont il a de coustume

De manyer ou la lance ou la plume.

Finallement, avec le roy mon maistre, De là les monts prisonnier se veit estre Mon triste corps navré en grant souffrance.

Revenu en France, il donna dans les nouveautés de la Réforme. Un rondeau contre l'Eglise romaine le fit mettre en prison. Il en sortit bientôt, grâce à l'évêque de Chartres et à l'activité de son ami Jamet.

Un an après, en 1527, il est de nouveau enfermé pour avoir arraché un homme des mains des archers. Au bout de quinze jours, il écrit au roi, afin desollicitersa délivrance, cette épître célèbre qui esyt « un chef-d'œuvre de familiarité décente et d'exquis badinage (1). » François Ier répondit aux vers du poète par une lettre missive à la Cour des aides, ordonnant l'élargissement de son « cher et bien amé valet de chambre ordinaire, Clément Marot ».

Il ne jouit pas d'un long repos. La justice saisit ses papiers. Il se réfugia d'abord à Blois, auprès de Marguerite, puis à Ferrare, auprès de Renée de France, toute dévouée aux novateurs, enfin à Venise.

En 1536, il était rappelé. Il abjura solennellement entre les mains du cardinal de Tournon. C'est vers ce temps qu'il publia sa traduc-

1. Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française, p. 26. C'est le mot de Boileau :

Imitez de Marot l'élégant badinage.

La création, la gloire de Marot, c'est en elïet le badinage élégant

74 poètes :

tion des Psaumes. Elle fut reçue à la cour avec enthousiasme. « Chacun des princes et courtisans, dit un vieil historien (i), en prit un pour soy. Le roy Henri II aimoit et prit pour le sien: Ainsv qu'on ouyt le cerf bruire, lequel il chantoit à la chasse. Madame de Valentinois prit pour elle: Du fond de ma pensée, qu'elle chantoit en volte ; la royne avait choisi : Ne vueilleç pas, 6 Syre, avec un air sur le chant des bouffons ; le roy de Navarre, Antoine, prit : Revange mov, prens ma querelle, qu'il chantoit en bransle de Poictou... »

Mais bientôt la Sorbonne découvrit dans cette traduction si prônée de graves erreurs. Les arrêts du parlement se succédaient contre les livres « contenant doctrines nouvelles », avec peine de la hart contre ceux qui les possédaient, et les édits royaux enjoignaient aux parlements de « procéder vigoureusement et sans déport à l'extermination des hérétiques. » Marot crut prudent de quitter la France. Il se retira à Genève, d'où bientôt il dut s'enfuir à cause du scandale de ses mœurs. Il se fixa à Turin (1543), où il mourut l'année suivante, dans l'isolement et la misère.

On le voit, la vie de Marot et celle de Villon ont beaucoup de traits communs.

Au fond, le personnage n'inspire qu'un médiocre intérêt: à tout le moins, il est équivoque.

Quant au talent, « il est de premier ordre, la trempe la plus fine et du grain le plus délicat » (2).

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