Vitet, R: . Ier août 1S6S
L'esprit, « ce don charmant, le plus beau après le génie » (i), n'est-il pas au meilleur rang des qualités de Marot ? Et quel esprit ! le sel et la grâce; le miel, l'aiguillon et les ailes.
Et cet art de dire des riens et d'en faire quelque chose, « art indéfinissable, chatoyant, fugitif, art tout français, et pour lequel il fut ( nous empruntons sa langue) fait, file, et tissé», — jusqu'à quel degré suprême maître Clément ne l'a-t-il pas élevé ?
La Bruyère a dit de la langue de Marot : « Marot, par son tour et par son style, semble avoir écrit depuis Ronsard : il n'y a guère entre le premier et nous, que la différence de quelques mots (2). » Le jugement de La Bruyère, malgré plus d'un siècle et demi, est encore vrai de nos jours.
Fénelon trouvait à ce vieux langage « je ne sais quoi de court, de naïf, de hardi, de vif et de passionné » (3).
«Ne vous offensez pasdeshiatus, écrivait naguère un maître en élégance(4), glissez sur quelques mots, sur quelques tours par trop vieillis, mais en bien petit nombre, et convenez que tout le reste est jeune, alerte, animé, attachant! Quelle simplicité et quelle concision! Quel mouvement et quelle grâce! quelle finesse de pensée, quel à-propos, quelle douce et franche plaisanterie ! Tous les trésors, toutes les perles de cette poésie fugitive dont les trois siècles qui vont suivre verront éclore les