POUR LE DÉLIVRER DE PRISON
Roi des François, plein de toutes bontez, Quinze jours a (je les ay bien contez) Et des demain feront justement seize, Que je fus fait confrère au diocèse De sainct Marri, en l'église Sainct Pris : Si vous diray comment je fus surpris.
Et me desplaist qu'il faut que je le die.
1 . Marot, on le voit par cette fable du lion et du rat, a été le précurseur de La Fontaine dans l'art de transformer en tableau et de dramatiser les récits de l'apologue. — Le lecteur a aussi remarqué l'étonnante richesse des rimes.
CLÉMENT MAROT 8l
Trois grans pendars vindrent à l'estourdie En ce palais, me dire en desarroy :
Nous vous faisons prisonnier par le roy. Incontinent qui fust bien estonné?
Ce fut Marrot, plus que s'il oust tonné. Puis m'ont monstre un parchemin escrit.
Où n'y avoit seul mot de jésus Christ. Il ne parloit tout que de playderie, De conseiller, et d'emprisonnerie.
Vous souvient-il (ce me dirent ils lors),
Que vous estiez l'autre jour là dehors
Qu'on recourut (i) un certain prisonnier
Entre nos mains ? Et moy, de le nier :
Car soyez seur, si j'eusse dict ouy,
Que le plus sourd d'entre eulx m'eust bien ouy
Et d'autre part j'eusse publiquement
Esté menteur. Car pourquoy, et comment
Eusse je peu un autre recourir,
Quand je n'ay sceu moy mesme secourir?
Pour faire court, je ne sceu tant prescher,
Que ces paillards me voulsissent lascher.
Sur mes deux bras ils ont la main posée :
Et m'ont mené ainsi qu'une espousee,
Non pas ainsi, mais plus rcide un petit :
Et toutes fois j'ay plus grand appétit
De pardonner à leur folle fureur,
Qu'à celle là de mon beau procureur :
Que maie mort les deux jambes lui casse,
Il a bien prins de moy une beccasse,
Une perdrix, et un levraut aussi :
Et toutes foys je suis encore icy.
Encor je croy, si j'en envoyois plus,
Qu'il le prendroit : car ils ont tant de glus
Dedans leurs mains, ces faiseurs de pipee,
Que toute chose où touchent est grippée.