‹ Avant MalherbeChapitre 8 sur 132 · Me donne · texte numérisé non relu

Me donne

2. « Ce terrible refrain, — disons-nous avec M. Géruzez, — qui retentit comme le cri rauque de l'oiseau de proie, jette l'effroi dans l'àme et inspire pour les victimes une pitié profonde. Jamais peut-être l'apologue n'a eu plus d'énergie et d'opportunité. — On voit, par cet exemple, que déjà fleurissait la ballade, et il convient de remarquer a çuel point les entraves de ces petits poèmes ont été salutaires aux poètes, forcés de contenir leur pensée dans d'étroites limites, de la discipliner, de l'assouplir, pour qu'elle pût entrer convenablement dans un moule de forme précise... »

Pendant qu'Eustache Deschamps exhalait ainsi son indignation d'honnête homme et ses douleurs de citoyen, les tavernes des vaux de Vire retentissaient de refrains bachiques qu'improvisait, le verre en main, un Anacréonde village, foulon de son métier, — Olivier Basselin.

Les idées du chansonnier ne sont guère variées. La critique de l'eau, l'éloge du vin, du cidre et des ivrognes, voilà le thème habituel de ses inspirations

Le rythme, au contraire, est d'une richesse étonnante et d'une mélodie qui charme encore nos oreilles. Telle chanson, — A son neç, — a fourni le modèle des stances de Malherbe à Duperrier. Les strophes harmonieuses de Y Ode au comte du Luc, de Jean-Baptiste Rousseau, sortent du moule où Basselin a jeté le couplet suivant :

Ayant le dos au feu et le ventre à la table,

I Estant parmi les pots et le vin délectable, Ainsi comme un poulet, Je ne me laisserai mourir de la pépie, Quant en devray avoir la face cramoisie Et lé nez violet.

Ces chansons ne furent imprimées qu'en 1605 parles soins d'un avocat, Jean le Houx, compatriote de Basselin et chansonnier lui-même. Il est certain que l'éditeur a retouché, rajeuni les Vaux-de-Virc du vieux foulon normand. Nous ne serions même pas surpris qu'un jour ou l'autre ces poésies n'allassent rejoindre, parmi les «mystifications » célèbres, l'œuvre de Clotilde de Surville.

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