‹ Avant MalherbeChapitre 9 sur 132 · ÉLOGE DE NOÉ · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE NOÉ

Que Noé fut un patriarche digne !

Car ce fut luy qui nous planta la vigne Et beust premier le jus de son raisin. O le bon vin !

Mais tu estois, Lycurgue (1), mal habile, Oui ne voulus qu'on beust vin en ta ville ; Les beuveurs d'eau ne font point bonne fin. O le bon vin !

1 . On sait que le législateur de Sparte, pour bannir l'intempérance, institua des repas publics où tous les citoyens mangeaient ensemble, sans boire de vin. Les seuls esclaves, appelés ilotes, avaient la liberté de s'enivrer, afin que le spectacle de leur ivresse inspirât l'horreur du vin aux hommes libres.

Qui boit bon vin, il fait bien sa besongne. On voit souvent vieillir un bon ivrongne, Et mourir jeune un savant médecin.

O le bon vin !

Le vin n'est point de ces mauvais beuvraiges Qui, beus par trop, font faillir les couraiges : J'ay, quand j'en bois, le couraige herculin. Q le bon vin !

Puisque Noé, un si grand personnaige, De boire bien nous a appris Tusaige, Je boirai tout. Fay comme moi, voisin ! O le bon vin !

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