‹ Avant MalherbeChapitre 88 sur 132 · LA FORET DE GASTINE · texte numérisé non relu

LA FORET DE GASTINE

Forest, haute maison des oiseaux boccagers,

Plus le cerf solitaire et les chevreuls légers

Ne paistront sous ton ombre ; et ta verte crinière

Plus de soleil d'été ne rompra la lumière.

Plus l'amoureux pasteur, sur un tronc adossé,

Enflant son flageollet à quatre trous percé,

Son mastin à ses pieds, à son flanc la houlette,

Ne redira l'ardeur de sa belle Jannette :

Tout deviendra muet, Echo sera sans voix ;

Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois,

Dont l'ombrage incertain lentement se remue (3),

Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;

Tu perdras ton silence, et satyres et Pan,

Et plus le cerf chez toi ne cachera son fan.

1 . On se rappelle la Bonne Vieille de Béranger : Et bonne vieille au coin d'un feu paisible, De votre ami répétez les chansons...

2. C'est Sainte-Beuve qui a remis en lumière cette belle invective élégiaque contre les bûcherons de la foret de Gastine.

3. Quel vers! André Chénier ni Lamartine ne feront mieux en ce style homérique et virgilien tout ensemble.

Adieu, vieille forest, le jouet du zephyre,

Où premier (i) j'accordai les langues de ma lyre ;

Où premier j'entendi les flesches resonner

D'Apollon, qui me vint tout le cueur estonner ;

Où premier admirant la belle Calliope,

Je devins amoureux de sa neuvaine trope (2),

Quand sa main sur le front cent roses me jetta

Et de son propre lait Euterpe m'allaita.

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