I. Mais
Combien ceux qui entendent Les chansons qu'ils respandent Se doivent resiouir
Se doivent resjouir De les ouïr ;
Quand la peine receuë Du rocher est deceuë, Et quand le vieil Tantal' N'endure mal (f !
La seule lyre douce L'ennuy des cœurs repousse, Et va l1 esprit flattant De Tescoutant.
i . Puisque Sisyphe lui-même en oublie son rocher, et Tantale sa soif (Sainte-Beuve).
Dans le temps que Saint-Gelais, «créature gentille », comme l'appelait Marot, aiguisait doulains sur dou^ains à la manière italienne, quelques jeunes gens, nourris sous la forte discipline des études classiques, épris d'Homère et de Virgile, nés eux-mêmes avec le don des vers, prirent en pitié ces riens gracieux que les poètes prodiguaient sous le nom de lais, virelais, triolets et rondeaux. Aux « épisseries de l'école de Marot », ils voulurent substituer de vraies et mâles beautés et remplacer, comme on l'a dit finement, « le modeste hautbois par la trompette héroïque ».
Celui qui leva le premier l'étendard de la révolte était un jeune homme de vingt-cinq ans, Joachim du Bellay. La Défense et illustration de la langue française fut lancée en 1549, cinq ans après la mort de Marot. C'était la guerre. Ceux qui s'y enrôlèrent furent appelés la Brigade. La Brigade ne tarda pas, en signe de victoire, à se couronner elle-même de ses propres mains et à se transporter au firmament sous le nom céleste de Pléiade.
Du Bellay propose de remplacer tous les vieux genres de poésie par des genres nouveaux. — %> O combien je désire, s'écrie-t-il, voir sécher ces Printemps, chastier ces Petites jeunesses, rabattre ces Coups d'essay, tarir ces Fontaines..,»
Mais quel sera le caractère de la poésie que du Bellay souhaite à la France? «Sachez, lecteur, que celui sera véritablement le poète que je cherche en nostre langue, qui me fera indigner, apayser, esjouyr, douloir, aymer, hayr, admirer, estonner, bref, qui tiendra la bride de mes affections, me tournant cà et là à son plaisir. » N'est-ce pas l'image même de la haute poésie et le portrait de nos grands poètes?
Du précepte à l'exemple il y a loin. L'œuvre personnelle de Joachim du Bellay, dans cette œuvre de rénovation, a été modeste. Il est vrai qu'il est mort à trente-six ans.
Ame délicate et généreuse, du Bellay s'émeut et, à l'occasion, décoche l'épigramme. Le courant de son style est clair, et la langue qu'il parle n'est point un pastiche. C'est lui qui le premier a appelé la France du beau nom latin de « patrie ».
JOACHIM DE BELLAY \y
CHANSON