VOTA AD AURAS
Aurae quae Ievibus percurritis aéra pennis, Et strepitis blando per nemora alta sono,
Serta dat haec vobis, vobis haec rusticus Idmon Spargit odorato plena canistra croco.
Vos lenite aestum, et paleas sejungite inanes, Dum medio fruges ventilât ille die.
1 . L'invention seule du rythme, dirai-je avec Sainte-Beuve, a conduit du Bellay à sortir de la monotonie du distique latin, si parfait qu'il fût, et à faire une villanelle toute chantante et ailes déployées, qui sent la gaieté naturelle des campagnes au lendemain de la moisson, et qui nous arrive dans l'écho.
2. Lire, petit bourg au bord de la Loire, au-dessous de Saint-Florent-le-Vieux. arrondissement de Beaupréau, à douze lieues d'Angers.
Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parens le reste de son aage !
Quand revoiray je, helas ! de mon petit village Fumer la cheminée? Et en quelle saison Revoiray je le clos de ma pauvre maison Qui m'est une province, et beaucoup davantage!
Plus me plaist le séjour qu'ont basti mes ayeulx Que des palais romains le front audacieux ; Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine ;
Plus mon Loyre gaulois que le Tybre latin,
Plus mon petit Lyre que le mont Palatin,
Et plus que Tair marin la douceur angevine (i).
1 . Dulces reminiscitur Argos. — Il y a dans X Anthologie deux vers que le sonnet de du Bellay rappelle : les avait-il lus? demande Sainte-Beuve. Ils expriment le même sentiment dans une larme intraduisible :
— « La maison et la patrie sont la grâce de la vie ; tous autres soins pour les mortels, ce n'est pas vivre, c'est souffrir.»
Joseph Autran disait: «J'aimerais mieux avoir écrit ce simple sonnet que Y Art poétique et le Lutrin. » C'était une boutade, à coup sûr, mais qui traduit bien l'admiration de l'auteur de la Fille d' Eschyle pour ces vers d'une naïveté, d'un charme, d'une douceur incomparables.
« Cette douceur angevine, — écoutez encore Sainte-Beuve, — est mêlée ici de la romaine, de la vénitienne, de toute celle que du Bellay a respirée là-bas. Seule et primitive, avant de passer par l'exil romain, elle n'eut jamais eu cette finesse, cette saveur poétique consommée. C'est bien toujours le vin du pays, mais qui a voyagé, et qui revient avec l'arôme... *
SONNET
Comme le champ semé en verdure foisonne, De verdure se hausse en tuyau verdissant, Du tuyau se hérisse en espic florissant, L'espic jaunit en grain, que le chaud assaisonne :
Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyans cheveux du sillon blondissant, Les met d'ordre en javelle, et du blé jaunissant Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne :
Ainsi de peu à peu creut l'Empire romain, Tant qu'il fut despouillé par la barbare main, Qui ne laissa de luy que ces marques antiques,
Que chacun va pillant, comme on voit le gleneur Cheminant pas à pas recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneur.
SONNET