‹ Avant MalherbeChapitre 97 sur 132 · A RONSARD · texte numérisé non relu

A RONSARD

Cependant que Magny suit son grand Avanson, Panjas son cardinal, et moy le mien encore. Et que Tespoir flateur, qui noz beaux ans dévore, Appaste nos désirs d'un friand hameçon,

Tu courtises les roys, et d'un plus heureux son Chantant l'heur de Henry, qui son siècle décore, Tu t'honores toy mesme, et celuy qui honore L'honneur que tu luy fais par ta docte chanson.

Las î et nous ce pendant nous consumons nostre aage

Sur le bord incogneu d'un estrange rivage.

Où le malheur nous fait ces tristes vers chanter;

Comme on voit quelquefois, quand la mort les appelle, Arrangez flanc à flanc parmy l'herbe nouvelle, Bien loing sur un estang trois cygnes lamenter (î).

1 . Nous n'avons cité cette pièce que pour l'image admirable qui la termine. Voilà bien ce que Sainte-Beuve appelle quelque part « la divine flamme attique et romaine tout ensemble ». — Cf. le Poète mourant de Lamartine, et, dans le Génie du Christianisme, les deux cygnes de Chateaubriand.

SONNET

Las ! où est maintenant ce mespris de fortune ? Où est ce cœur vainqueur de toute adversité, Cet honneste désir de l'immortalité, Et ceste belle flamme au peuple non commune?

Où sont ces doux plaisirs, qu'au soir, sous la nuit brune Les muses me donnoient, alors qu'en liberté, Dessus le verd tapis d'un rivage écarté, Je les menois danser aux rayons de la lune?

Maintenant la fortune est maistresse de moy, Et mon cœur, qui vouloit estre maistre de soy, Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuyent.

Delà postérité je n'ai plus de souçy,

Cette divine ardeur, je ne l'ai plus aussy

Et les muses de moy, comme estranges, s'enfuyent.

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