Mémoires, V
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vous imposer. Ge n’est qu'après un long exercice et de fréquentes communications avec un même publie qu'on peut l’aborder avec assurance ; encore faut-il ne pas trop afficher cette assurance. |
Un air simple, modeste, réservé, je dirai presque timide, préviendra l'auditoire en votre
faveur. Si vous avez, après cela, le bonheur de lintéresser, de lui plaire et de le toucher, 1l sera charmé de vous trouver au-dessus de ce qu'il attendait de vous.
Votre présentation est faite. Après une courte et fervente prière, levez-vous. Jetez un rapide coup d'œil sur l'assemblée, afin de vous rendre compte du nombre de vos auditeurs et de mesurer l’extension que vous devez donner à votre voix. Il est bon de la ménager et de ne pas dépenser pour trois ou quatre cents personnes ce qu'exigerait la présence de mille ou quinze cents auditeurs. Vous ferez bien de vous informer à l’avance de la sonorité de l’église où vous prèchez, car, selon la remarque d’un professeur distingué : « C’est une règle qu'on doit retenir comme un principe : qu'il faut tou-
jours proportionner et approprier sa voix non
seulement à la grandeur, mais aux qualités d’acoustique du lieu où lon parle! ».
Tenez-vous, pour parler, la tête droite, mais sans raideur. Evitez de vous courber et de rentrer les épaules, mais portez-les en dehors autant que possible, de manière à ce que votre poitrine soit bien tendue et que rien ne gêne votre respiration. L'homme courbé aspire mal et respire mal. Or, la respiration joue, dans la parole publique, un rôle capital dont je vous parlerai plus loin.
Si vous êtes assez fort pour vous tenir debout pendant tout le temps de la prédication, vous y gagnerez plus d’aisance dans l’action. Mais si vous avez besoin de vous asseoir pour éviter une tropgrande fatigue, ayez soin de vous procurer un siège élevé sur lequel vous vous appuierez légèrement, de telle sorte que vous puis-siez toujours dominer votre auditoire.
Les lecteurs et orateurs mondains usent de certains artifices pour commander l'attention. «Je commence, dit l’un d'eux, par faire le tour de l’assemblée avec le regard ; ce regard