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auditeurs. Mais elles demandent beaucoup de prudence et une sérieuse préparation. La grande majorité de l’auditoire se met naturellement du côté de celui qui le représente. Il faut que lexposition des vérités sur les-
quelles 1l propose ses doutes soit parfaite-
ment claire et précise, et que les réponses à ses objections soient écrasantes. C’est pourquoi il est nécessaire que les conférenciers s'entendent à l’avance et dressent ensemble leur plan de bataille, pour éviter toute surprise et toute défaillance. S'ils se contentent de simples indications et d’une préparation
superficielle, ils s’exposent aux plus graves
inconvénients. J'ai connu de ces joûtes oratoires dans lesquelles la contradiction s'était tellement échauffée qu’elle avait abouti à un véritable scandale. Et j'entendais un homme du peuple dire : « Eh bien, le petit, il a joliment collé le grand. » Le grand, c’était le prédicateur; le petit, c'était le contradicteur. Vous éviterez ces inconvénients si vous avez assez de souplesse dans le talent pour rem-
plir le rôle de deux personnages et dialoguer
ainsi avec votre auditoire.
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Pour bien vous mettre en communication, lancez franchement votre voix au commencement du discours, et tàchez de vous rendre compte de sa portée par l’attitude de ceux qui écoutent. Il faut, autant que possible, que tout le monde profite de votre parole; une grande-assemblée demande une plus grande dépense de vie, parce que la communication.
yest plus amplé et son effet plus intense.
Dans une foule compacte, le rapprochement crée des courants mystérieux qui font passer, d'un auditeur à l’autre, l'émotion que produit une parole éloquente, et l’orateur, recevant comme la répercussion de cette émotion, : éprouve un plus grand besoin et un plus vif désir de se donner.
N'allez pas croire cependant qu'il faille réserver aux assemblées nombreuses les communications de votre vie. J'ai peu de confiance en la vertu et le zèle des orateurs prétentieux qui déclarent ne pouvoir bien prècher que devant de grands auditoires. Les petits auditoires ne rebutent pas ceux qui
ont la passion de la gloire de Dieu et du salut
des âmes. Saint François de Sales prêchait volontiers devant une dizaine ou une quinzaine de personnes. Il y allait de tout son cœur ef trouvait moyen d’y faire sa moisson d’édification et de conversions. Ne soyez pas plus dégoutés que lui; ensemencez consciencieusement les petits champs comme les grands. Dieu récompensera votre zèle avec
d'autant plus de libéralité que vous l'aurez
peu nombreux, il est bon de les prier de se.
assaisonné d’humilité.
Je crois utile de vous faire remarquer que lorsque vous vous trouvez en face d’auditeurs
rapprocher les uns des autres et d'obtenir
qu'ils se groupent autour de la chaire ou de
l'endroit où vous prêchez. Le rapprochement,
ainsi que je viens de vous le dire, crée les
courants sympathiques, et, selon la remarque d'un professeur distingué, les auditoires épars manquent d'électricité.
Que les auditoires soient grands ou petits, ne vous attendez pas à n’y rencontrer que des amis: les ennemis n’y manqueront pas.
Le premier de tous est la légèreté mondaine qui court après les renommées. On s’empresse autour d’un prédicateur qui, par.son talent et ses succès, s’est faitune réputation, on l'écoute avec avidité et l’on est près d’applaudir à toutes ses paroles. On n’a que de l’indifférence, sinon du mépris, pour linconnu qui ose venir faire la leçon aux enfants du monde. C'est le cas d'appliquer ces paroles de lEcriture : « Le riche parle, tout le monde se tait et l’on porte son discours jusqu'aux nues :
Dives locutus est, et omnes tacuerunt et verbum illius usque ad nubem perducent. Le pauvre parle, et l’on s’écrie : « Qu'est-ce que c’est « que cet homme-à? Pauper locutus est et « dicunt: Quis est hic1?... » Hommes de Dieu, affrontez sans crainte cet ennemi de votre parole, mettez-vous au-dessus de la légèreté mondaine. Si vous êtes pauvres de renommée, soyez riches de zèle apostolique, vous finirez bien par être écoutés.
À la légèreté mondaine viennent se joindre les préventions, les préjugés, les erreurs, les
VEcel, xnr, 26,29:
passions et les vices dont 1l faut vaincre les hostilités. Je vous renvoie pour cela au chapitre des Passions et des convenances oratoires, et J'ajoute ici cet avis important : Autant que possible, ne prenez pas, dans la lutte qui s’engage entre vous et les ennemis de la parole sainte, l'attitude d’un combattant violent et acharné. Dans la fougue de votre passion oratoire, évitez prudemment les paroles mordantes, les personnalités 1rritantes, les dures apostrophes. Lutteurs magnanimes autant que vaillants, faites sentir à vos auditeurs que vous n’en voulez qu’à leurs erreurs, à leurs passions, à leurs défauts, à leurs vices, et non point à leur personne, qui vous est chère, et dont vous désirez passionnément le salut et la perfection. | Je n’ai pas besoin de vous mettre en garde contre certaines vivacités d’interpellations fâcheuses que provoquent, chez les natures impatientes, une porte qui fait du bruit, l’entrée d’un retardataire, la mauvaise tenue d’un auditeur et autres choses du même genre.
Vous devez comprendre qu’un homme qui fait état de ces petits accidents, jusqu’à s’en plain-
dre publiquement, en de sa dignité et déconsidère sa parole. :
Je me résume en ce dernier conseil : Pre-
nez pour règle de vos communications avec l'auditoire la patience, la gravité, la bonté, l'indulgence, la miséricorde, l'amour des âmes; qu'il sente, à la manière dont vous lui. parlez, que vous l’aimez et ne lui voulez que du bien : Amare est velle bonum alicujus. Eee
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Si vous ne deviez monter en chaire que pour donner-des discours détachés et de circonstance, vous ne seriez pas, à proprement parler, des prêcheurs. Le prècheur est le continuateur des hommes apostoliques, dont il est dit, dans l'Évangile, que « le divin Maitre ayant choisi et associé à ses Apôtres soixante-douze disciples, il les envoya deux à deux en toute ville et en tout lieu où il devait venir lui-même ! ». |
Jésus-Christ veut entrer dans les âmes, mais 1l n’y entre que par des portes ouvertes,
1. « Designavit Dominus et alios septuaginta duos, et misitillos binos ante faciem suam in omnem civitatem et locum quo erat ipse venturus. » (Luc., x, 1.)
et ce sont les prédicateurs de sa parole qui ouvrent ces portes. Les stations, les missions, les retraites, les neuvaines, sont les temps bénis pendant lesquels la parole de Dieu frappe à coups redoublés à la porte des âmes pour les inviter à recevoir le Roi de miséricorde et de grâce.
Comment devez-vous vivre et vous conduire pendant ces temps bénis? Je ne me sens pas assez d'autorité pour vous donner des conseils à cet égard. Je les emprunte à lun de nos maîtres, le vénérable Humbert de Romans, dans son livre : De eruditione prædicator um.
Et d’abord, dit-il, « c’est l’obéissance qui doit conduire le prédicateur au lieu de sa mission. Isaïe, tourmenté du désir de sortir de sa retraite pour faire entendre à Israël la parole de Dieu, demande au Seigneur ses ordres : « Me voici, dit-il, envoyez-moil. N