ÉCRITURE SAINTE
Vous vous êtes appliqués à l’étude de be
“entière, vous en êtes, Je le suppose, assez | remplis pour pouvoir communiquer aux autres de votre abondance. Gette communication se ME fait par la parole ; ; il faut donc que vous __ sachiez parler. | Or, comme tous les arts, l'art de la parole demande un apprentissage , lequel suppose a Ne connaissance des règles et l'étude des
Les règles vous sont données par la rhéto- rique: je ne vous les rappellerai pas. Elles # sont grandement utiles ; cependant « sans 2 elles, dit. saint Augustin , j'ai connu dé
hommes plus éloquents que la plupart de ceux qui les avaient apprises, mais je n'ai Jamais rencontré personne qui fût éloquent sans avoir lu ou entendu les discours des
orateurs !., » — Appliquez-vous donc à l'étude
des modèles. Et puisque vous devez annoncer
la parole de Dieu, 1l est tout naturel que vous empruntiez et imitiez, d’abord, les accents dont elle s’est servi pour se faire entendre au monde.
Première source de la science que doit
posséder un prédicateur, l’Écriture sainte est
aussi le premier modèle de son éloquence.
Maximes profondes, récits touchants, images
gracieuses et saisissantes, peintures naïves et charmantes, tableaux pleins de noblesse et de vie, menaces terribles de la justice de Dieu,
tendres appels de sa miséricorde, magnifiques
promesses de son infinie libéralité, élans sublimes de l’indignation, de la colère, de
Padmiration, de l'amour, vous trouverez tout
1. « Sine præceptis rhetoricis novimus plurimos eloquentiores plurimis qui illa didicerunt ; sine lectis vero et auditis eloquentium disputationibus vel dictionibus, neminem. » (De Doctrina christiana, 1. IV, m1.)
ÉLOQUENCE SACRÉE. — ÉCRITURE SAINTE 67 cela dans l’Écriture. La Fontaine, après avoir lu la prophétie de Barruch, s’écriait : « Quel génie! » — et depuis, il demandait à tous
ceux qu'il rencontrait : « Avez-vous lu Bar-.
ruch ? c'était un grand génie! » — Il avait été frappé d’un caractère de la Bible qui se révèle à tout lecteur intelligent et exempt de prévention, caractère remarqué et vénéré par les plus illustres esprits dont s’honore l’humanité : ce caractère, c’est le sublime.
Par un privilège singulier, les idées bibliques dépouillées de leur vêtement original, de cette langue profonde, mystérieuse, vive, puissante, imagée, sonore, dans laquelle elles ont été conçues, les idées bibliques traduites mot à mot en des idiomes froids ou du
moins étrangers au génie oriental, les idées
bibliques appauvries et défigurées par une double, une triple torture, ont encore le pouvoir de produire en nous la sensation du sublime, cette indescriptible émotion qui sai-
sit tout notre être, y suspend la vie et fait explosion en un cri d’admiration et des larmes
sans douleur. Parcourez les Écritures, depuis
cette solennelle parole qui ouvre le poème de