‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 22 sur 145 · PRE PRE SEE · texte numérisé non relu

PRE PRE SEE

la création : « Que la lumière se fasse, et la lumière fut », jusqu’à ce cri touchant des

Machabées, prêts à s’ensevelir sous les ruines

de leur patrie déshonorée : « Mourons dans notre simplicité »; depuis cet Zn principio, qui proclame la génération éternelle du Verbe, jusqu'aux dernières visions et aux derniers chants de l’Apocalvpse : partout le sublime se dresse devant vous. |

Mais c’est surtout dans l’admirable livre de Job, les Psaumes, les Prophètes, l'Évangile, les Épitres de saint Paul, que l’éloquence coule à grands flots.

Quelle éloquence, en effet, dans les gémissements, les imprécations, les justifications, les enthousiasmes de l'infortunée victime de Satan, si noble en sa force, sa patience et les triomphes de sa grande âme !

Quelle éloquence dans les psaumes de celui que le peuple hébreu appelait son délicieux chantre ! David est-11l homme de génie? c’est possible; mais ce n’est pas lui qui parle, il nous en avertit : « Sa langue n’est que la plume docile d’un écrivain qui se hâte Lingua mea calamus scribæ velociter scribentis. »

I s’enivre des perfections et de la gloire du Très-Haut, il le fait se dresser triomphant sur des sommets lumineux ou sur des ruines humiliées ; ‘1l chante mélancoliquement les grandes infortunes, il pleure sur des tombeaux, il peint les poignantes inquiétudes du remords et les salutaires angoisses du repentir ; il exalte la justice qui broie et la miséricorde qui relève ; il fait entendre le craquement de ses os humiliés, les tendres gémissements de son cœur contrit, les actions de grâces d’une âme régénérée par le pardon; 1l

réprouve liniquité et célèbre l'innocence ; il

proclame la vérité, la grandeur, la justice, la pureté, la mansuétude et la suave puissance de là loi de Dieu : il prie, il conjure, 1l implore avec une ardeur passionnée. Il est doux, ilest fort, il est touchant, il est magnifique ! mais plus encore, lorsqu'il chante sur les cordes les plus harmonieuses de sa harpe, celui qui doit redresser un jour sa tige flétrie et dont ül n’est lui-même que la figure imparfaite. Le Christ n’est pas nommé, mais à chaque page il se montre, et l’on s’écrie : C’est Lui ! — Le Verbe de Dieu, qui devait s’anéantir en notre

chair, n’a voulu nous apparaître dans les Psaumes que sous le riche manteau d’une

poésie tour à tour douce, grave, impétueuse, grandiose, sublime, dans laquelle on ne sait ce

qu’on doit le plus admirer, ou la marche

simple et rapide, l'ordonnance profondément savante et très souvent majestueuse du mouve-

ment et du plan, ou la rare limpidité, la

David est un grand maitre et un grand

| - sobriété féconde, l’aisance et l'énergie Sie . | de l'expression.

= modèle d’éloquence sacrée, mais il y en a d’au-

tres après lui — tous les Prophètes.

En première ligne Isaïe. Il fut le Nabi de la

restauration religieuse en Juda. Dieu lui a

révélé les mystères du nouvel âge, et 1l les a

si bien dépeints qu'on l’a appelé l'Évangéliste

de l’Ancien Testament. L'importance de ses ora- cles nous donne la mesure de son importance

dans la science sacrée : et par l'éclat de son

e génie, la sublimité et la perfection de son style, PE

il est supérieur à tous ceux qui ont écrit des

visions prophétiques. On a dit de lui qu'il était

l’aigle de la littérature sacrée, le Démosthène

et le Pindare des Hébreux.

Ste

En effet, c’est l’aigle . aton de pensées, c’est Démosthène par sa vive élo-

quence, c’est Pmdare par son enthousiasme

lyrique. Il contemple la gloire de Dieu et nous emporte avec lui Jusqu'au trône de l'Éternel.

À chaque instant, on entend sortir de sa bouche

de religieuses provocations adressées au ciel,

à la terre, à tous les peuples ; il semble vouloir tenir toute créature émue et palpitante sous la pression de sa parole. Qu'il menace,

qu'il reproche, qu'il console, il sait trouver à

propos les tableaux effrayants, les pénétrantes

invectives, les vifs coups de fouet qui stimulent

les âmes lâches et découragées, et les discours

pleins de tendresse et d’onction qui descen- dent, comme une rosée bienfaisante, sur les

cœurs flétris et desséchés. Quand il interroge la nature et les siècles, tous les échos des

4 espaces et du temps lui répondent. On entend

menacer le Seigneur aux confins de la terre,

et venir sur ses pas les bandits qui doivent laver dans le sang le crime des pécheurs. On : entend hurler les flots de la mer, les navires errants, les rochers du rivage, les îles dépeu- à

plées. On entend tomber, jusqu'aux fonde-

D De AVANT LA PRÉDICATION

ments, les remparts des villes prostituées. On voit fleurir le désert, s’assouplir les bêtes - féroces et s'ouvrir les jours sereins de la paix et de la miséricorde divine. « Il tonne, dit un

auteur juif, il lance la foudre et fait briller les éclairs. » Ce n’est pas la Grèce qu'il secoue et qu’il agite, comme on l’a dit de Périclès : c’est ë … le ciel, c'est la terre, c’est la nature entière qu'il semble bouleverser et confondre. » En un mot, Isaïe est divin, non seulement parce que l'inspiration se trahit en chaque page de ses écrits, mais parce qu'il déploie, au service de l'inspiration, les infinies ressources de la ; science et de l’art qui recommandent un ë . homme à l’admiration de ses semblables et lui méritent le nom de divin que les anciens don- | naient à Homère et à Platon. Isaïie met au

service de l'Esprit de Dieu une science pro- : fonde de sa langue et une harmonieuse distriie bution de ses richesses, qui font de ses écrits : un chef-d'œuvre immortel, où les orateurs et È les poètes peuvent venir étudier le beau, le sublime, à leur plus haute expression.

Jérémie est l’émule d'Isaïe. Son âme est moins haute et moins fière, mais son imagi-

FERRER BE re |

nation est aussi riche et son cœur est plus tendre ; sa langue est moins parfaite, « mais la naïveté et le laisser-aller de son style, dit saint Jérôme, sont compensés par la majesté et la profondeur des idées ! ». Quand ül décrit surtout la dévastation, le pillage et le deuil des villes étrangères, il s'élève jusqu’à la perfection et approche beaucoup de la vigueur et de la magnificence d’Isaïe. Comme orateur et poète élégiaque, il n’a point d'égaux. « Lui seul, dit Bossuet, a su égaler les plaintes aux malheurs. » Partout il est triste, lugubre, touchant, déchirant, mais d’une mamère sublime. Il emprunte ses figures non plus aux animaux qui représentent la grandeur, la force et l’audace, mais aux oiseaux plaintifs et voyageurs : la colombe, la cigogne, l’hirondelle, symboles des douleurs de l'exil. Il est le poète de la compassion, des gémissements et des larmes, mais surtout dans les chants remarquables qu’il nomme ses Lamen-

tations. Assis sur les murs écroulés de la Ville

1. « Qui quantum in verbis simplex et facilis, tantum in majestate sensuum profundissimus est. » (In Jerem.)

Da AVANT LA PRÉDICATION

sainte, spectateur affligé des maux de sa patrie, il tire de son cœur d’inimitables accents.' Ses défauts paraissent se changer en qualités :

c’est la grâce et la sensibilité, mises en œuvre avec une dextérité en quelque sorte infinie, qui reproduit, sous mille formes, les mêmes pensées et les mêmes sentiments. Les Lamentations de Jérémie sont les plus magnifiques et les plus parfaites productions du genre élégiaque ; elles peuvent servir d’interprètes aux plus profondes et plus amères douleurs. Le Fils de Dieu n’a pas craint de les demander à son Église pour les jours de son agonie, de ses souffrances et de sa mort: et chaque année, pendant son grand deuil, l'Église nous rappelle que Jérémie savait pleurer divinement.

S'il n'enlève pas, comme Isaïe, 1l parle mieux aux àmes pour les toucher. Saint Augustin l’appelle « le plus éloquent des prédicateurs de l’ancienne Loi ». Comment ne serait-il pas éloquent, celui qui sent si profondément, si vivement le malheur des âmes pécheresses et de son infortunée patrie, qu'il voudrait avoir un déluge de larmes pour les pleurer ? Comment ne serait-il pas éloquent, celui dont Dieu

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