‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 34 sur 145 · PU TA ORNE · texte numérisé non relu

PU TA ORNE

né ns ds de. és

tente et l’étude des choses saintes, il embrassa le sacerdoce et reçut de son évêque Flavien la mission d'annoncer au peuple d’An-

qu

Re À

tioche la parole de Dieu. Elevé par l’empereur Arcadius sur le siège de Constantinople, il donna plein essor à son zèle et à son génie oratoire. | | Il est remarquable, entre tous, par l’abon- . dance et l’inépuisable fécondité de sa parole et par la richesse de son imagination. « Cette imagination, dit Ma Plantier, est opulente, splendide, vraiment royale. » Il prodigue les images et les allégories, 1l exploite à fond les analogies, il répand à profusion dans ses discours la grace et la couleur; son langage est souvent familier, ce qui ne l’empêche pas de s'élever à de hautes considérations et à de grands aperçus. Il prend son temps pour les développements qu'il croit nécessaire de donner à son enseignement;

aussi ne doit-on pas chercher dans ses homélies une sévère méthode et une rigoureuse D unité.

Va

Il excelle dans l'exposition et le commen- ne. taire des faits bibliques. « On trouve en lui,

dit Bossuet, la vraie manière de traiter les exemples de l’Ecriture. »

Sa passion est vive et ardente autant que son imagination est riche et puissante. Elle éclate en admiration, enthousiasme, pieux transports, véhémente et sainte colère, mais il sait unir la douceur à la force, la tendresse à la sévérité. Il est admirablement pathétique.

Personne, mieux que lui, ne sait se mettre en communication avec son auditoire. Non seulement il lui parle, mais il l'écoute. Sil l'entend se plaindre qu'on ne le comprend pas, il abaisse son langage et en sacrifie la pompe oratoire. Il converse avec ses auditeurs comme avec ses enfants; il est vif, pressant, triomphant dans linterrogation et le dialogue. S'il appelle le vice par son nom et le démasque avec une implacable hardiesse, il tempère à propos la vigueur de ses récriminations par la sagesse, la mesure, la douceur et la grâce. Il n’a pas craint de reprocher publiquement aux grands leurs injustices et leurs crimes, et est mort victime de leur haineuse persécution.

On a de lui, outre ses Traités dogmatiques

Ne I

4 et ses Commentaires sur différentes parties de > l’Ecriture, des Lettres et un très grand nombre de Discours, d’Homélies, de Panégyriques de Saints. Les plus estimés de ses traités sont les traités du Sacerdoce, de la Providence, de la Virginité. Parmi ses homélies, on remarque les Commentaires sur l'Évangile de saint Matthieu, les Homélies au peuple d’Antioche, et celle sur la disgrâce d’Eutrope. :

Il serait à désirer que vous pussiez lire dans leur langue originale les œuvres de ces grands maîtres. Si cependant le grec a pour vous trop de difficultés, allez aux Latins. Vous trouverez encore chez eux une riche collection de modèles.

Et d’abord, celui que Bossuet appelle le grave, lillustre, lincomparable Tertullien.

Remarquable comme avocat et comme professeur de rhétorique, Tertullien, renonçant aux affaires du siècle, consacra son admirable talent à la défense de la religion chrétienne. Une mâle vigueur est le caractère de son élo- quence, forte en raisonnements et en mouve-

ments pathétiques. Il fait oublier la rudesse . :

NS An VE \

ui

de son style, hérissé de locutions africaines,

par l'élévation, la hardiesse de ses idées, et

par lirrésistible puissance de sa logique. S'il ne plait pas aux amateurs délicats de la forme, il est le charme des esprits élevés et des âmes fortes. Il faut lire son Apologétique, son livre des Prescriptions, ses traités de la Pénitence, de la Prière, de la Patience, de l’Ornement des femmes, du Jeûne, des Spectacles, de la Consécration des vierges, de la Résurrection de la chair.

Un autre Africain, saint Cyprien, a composé

un grand nombre de traités et d'instructions

qui méritent une étude : de l’Oraison dominicale, des Avantages de la patience, de la Mortahté, des Bonnes œuvres, de l’'Aumône, ete. — Son éloquence est noble, forte et touchante.

« Il ressemble, dit Lactance, à une onde très pure dont le cours est doux et paisible, mais qui, grossie par l'orage, devient un torrent qui entraine tout. »

Lactance lui-même, dans ses Znstitutions divines, est un modèle de clarté, d'élégance et.

de noblesse ; c’est le Cicéron chrétien.

Saint Hilaire, que saint Jérôme appelle le

Rhône de l'éloquence latine, est remarquable par la vigueur de sa dialectique. Son principal ouvrage est celui des Douze livres sur la Trinité. Ajoutez-y ses Commentaires sur saint Matthieu et sur une partie des Psaumes. Dans ses écrits à l’empereur Constance, 1l se montre véhément jusqu’à la dureté ; mais 1l faut se rappeler que Constance était le protecteur officiel et toutpuissant des hérétiques qui ravageaient le troupeau de Jésus-Christ. |

Saint Jérôme, élevé dans l’amour et le culte des belles-lettres, profondément versé dans la science de l’hébreu et des Saintes Écritures, instruit par ses voyages et ses pieux pèlerinages, s’est illustré par l’immense travail d’exégèse qu’il entreprit pour réduire au silence les juifs et les hérétiques. Il se montre tout entier dans ses Traités de controverse, ses Dialogues contre Pélage, et surtout dans ses lettres, où son imagination puissante et exaltée, son âme ardente s’épanchent en des flots d’éloquence. C'est assurément le plus original des écrivains du IVe siècle.

Saint Ambroise, grand évêque qui, comme les Basile et les Hilaire, fit trembler les empe-

1: reurs, fut un père tendre et plein de solli- citude pour son peuple qu'il nourrissait assidüment de la parole de Dieu. Nous avons de lui un Hexaméron ou explication homilétique

de l’ouvrage des six jours, un Traité des devoirs

des ministres sacrés, deux Traités des vierges et de Pet Virginité, pleins de grâce, de fraicheur et | d’onction, des Oraisons funèbres, où l’on sent vibrer toutes les émotions douloureuses et.

tout l’amour de son grand cœur. Mais son plus

"48 { da avt L ose (À ÊE- A

bel ouvrage est la conversion de l’'illustre #

Augustin, dans l’âme duquel sa parole évan-

gélique rendit plus pressant et plus impérieux le désir de se faire chrétien.

Saint Augustin est, parmi les Pères, le pre- ss mier maître de l’éloquence latine, comme saint | Ghrysostome est le premier maitre de l’élo- “2 quence grecque. C’est un homme prodigieux, 2

son génie universel s’est exercé dans toutes

les branches des connaissances humaines :

théologie, philosophie, mystique, histoire, belles-lettres, art oratoire, science des nombres, musique. Bossuet l’a appelé « le plus

grand de tous les esprits, celui où l’on trouve

soit capable ». L'opulence de ses idées est

le faut, au niveau des humbles tntelliges Ë de son peuple de matelots. Son imagination

jours vive et féconde, elle s’incorpore à l’idée

larmes et fait couler celles de son auditoire. Ces larmes sont célèbres, et aussi les apos-

mations enthousiastes du peuple. Est-il rien de plus noble, de plus beau, de plus saisissant que ce passage d’un de ses discours : « Tu.

EE. peux, Ô persécuteur, l'emporter contre moi jusqu’à me chasser de ma patrie. Pour m'at- Le teindre, il faut m’exiler sur une terre où je ne.

le dernier ds de Re dont l’homme

servie par un style rapide, fort, toujours en mouvement, comme l’épée qui brille et frappe

aux mains des combattants.

Il est large et grandiose dans le ones

ment de sa pensée et sait l’abaisser, quand il.

n’a point le luxe et la pompe de l'imagination grecque: elle ne s’épanche pas en riches tableaux et en longues descriptions, mais tou-

et s'applique à lui donner du relief et de l'éclat. Son trait est brillant et incisif, sa sensibilité vive et pénétrante lui arrache souvent des

- trophes sublimes qui provoquaient les accla-

4 Fe .

trouverai plus mon Dieu. — Mais tu me tueras, peut-être. — Eh bien, fais crouler cette mai- son de chair : moi qui l’habite, je t’échappe, je me dérobe, je retourne tranquille vers celui à qui ma foi reste, et je ne te crains plus! ! » | Comme saint Chrysostome, et peut-être mieux que lui, saint Augustin vit avec son auditoire. Par ses interrogations, ses dialogues,

ses apostrophes, ses exclamations, il l’enve-

veloppe, le saisit, le pénètre, s’en rend maître, le fait penser, sentir, vouloir avec lui et comme lui. |

Il a donné, dans ses deux livres de lEnsei- gnement chrétien et de la Catéchisation des ignorants, les règles de la prédication. Posséder

l’Ecriture, en pénétrer les sens, l’exposer avec.

toutes les ressources de l’éloquence, de la

science humaine, plaire pour convaincre et

persuader, s’abaisser pour se faire comprendre, se mettre à la portée des auditeurs, se faire subir à soi-même autant de transformations qu'il y a d’auditoires différents, entrer

Page 1