‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 33 sur 145 · SAINTS PÈRES ET PRÉDICATEURS · texte numérisé non relu

SAINTS PÈRES ET PRÉDICATEURS

Le divin Prédicateur, en se communiquant à ses Apôtres, leur a promis d’être avec eux jusqu’à la consommation des siècles. Cette promesse a été accomplie. Les Apôtres sont morts et ont disparu comme leur Maitre, mais, pénétrés de sa puissance communicative, ils ont dit à d’autres apôtres : Euntes docete, et malgré toutes les tentatives de l'erreur et les violences des passions, la prédication du Christ s’est perpétuée dans le monde.

Remarquez, je vous prie, que l'inspiration continue et la puissance des prodiges qui assurèrent le succès de la prédication apostolique ne sont plus les dons habituels de ceux

qui annoncent la parole de Dieu. La Providence, passant des voies extraordinaires aux voies ordinaires, demande à la nature de s’employer, avec toutes ses ressources, à servir d’auxiliaire à la grâce de Dieu. Elle ne dédaigne donc plus, comme l’Apôtre saint Paul, les artifices et les habiletés dont la science humaine se sert pour persuader. Elle se fait éloquente afin de conquérir les âmes. C’est à ce point de vue que nous devons l’étudier dans les saints Pères et les prédicateurs célèbres qui peuvent devenir nos modèles. Rollin, dans son Traité des Études, conseille aux prédicateurs d'employer quelques années de retraite à la lecture intégrale des saints Pères. Les exigences contemporaines du ministère et la condition faite aux ouvriers évangéliques ne vous permettent

guère de suivre ce conseil. Mais, au moins,

pouvez-vous choisir dans la Patrologie oratoire un certain nombre de modèles qui vous apprendront l’art de plaire, de convaincre et de persuader pour mieux toucher et convertir les âmes, et travailler ainsi aux intérêts de la gloire de Dieu.

Quelques indications vous aideront dans votre choix !. |

Parmi les Grecs, saint Athanase est remarquable dans ses ouvrages de polémique Apologies, Lettres, Traité contre les Ariens, Défense de la Trinité et de l’Incarnation. Bossuet appelle ses apologies « des chefs-d’œuvre d’éloquence et de savoir »; et un ancien moine disait de lui : « Quand vous trouverez quelque chose d’Athanase, si vous n'avez pas de tablettes. écrivez-le sur vos habits. »

Saint Grégoire de Nazianze a été surnommé l'Isocrate des Pères grecs. Le style de ses Sar- .mons et de ses Lettres est noble, élégant, harmonieux, toujours agréable. Ses poésies, œuvres de sa vieillesse, sont pleines de feu et de grâce et révèlent une âme tendre et contemplative.

Saint Basile, moine austère et grand évèque, n'eut point de rivaux dans l’art de bien dire. Photius prétendait que, « pour devenir un orateur accompli, 1l n’est besoin n1 de Platon

1. Je les emprunte à Nogz ArexANDRE; au R. P. Mesrre : Préceptes de Rhétorique; au KR. P. LONGHAYE : La Prédication : Grands maîtres et grandes lois.

ni de Démosthène, si l’on prend saint Basile pour modèle ». Le style de tous ses écrits est élevé et majestueux, son raisonnement lumineux, son érudition aussi profonde que variée. Lisez son Hexameron, ses Homélies, ses Traités de Morale et ses Lettres.

Son frère, saint Grégoire de Nysse, s’est élevé au rang des plus grands maîtres de la

chaire chrétienne, dans ses Oraisons funèbres et

ses Panégyriques dont le style se distingue par sa pureté, sa force et sa magnificence.

Je vous recommande encore les Discours et les Exhortations de saint Éphrem, les Apologies de saint Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius, les Sermons sur la Providence de Théodoret, le Traité de la vie monastique et le livre

sur la Prière de saint Nil, disciple et ami de

saint Chrysostome.

Saint Chrysostome, voilà par excellence le

maitre de l’éloquence parmi les Grecs. Disciple de Libanius, il plaida avec éclat au bar-

reau d'Antioche, mais, renonçant aux vanités

du siècle, après avoir passé deux ans chez les anachorètes, dans les rigueurs d’une vie péni-

Page 1