‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 37 sur 145 · Riser, La parole sainte, vu · texte numérisé non relu

Riser, La parole sainte, vu

pour Fonction ; l'important est de faire un

tendances excessives au laconisme et à Pari

opulente éloquence, vous découvrirez en vous

Les habitudes, les routines littéraires de la : prédication traditionnelle s’effaceront peu à : peu, laissant place à la communication simple etaffectueuse, à la parole naturelle et vivante. A leur école, vous apprendrez à étendre votre manière, à la rendre personnelle et vivante, à rejeter certaines formules raides et glacées, pour vous rapprocher de la causerie animée, simple, familière ou sublime selon lobjet.

Impossible qu'en pratiquant de pareils mo- Le dèles, vous ne conceviez pas l’idée, le désir, le courage de précher moins et de parler plus. Et : quelle jouissance pour l’auditeur, ou plutôt ; quel avantage! car la communication appelle la communication : quand vibre l'accent vrai de l'âme, les âmes ne refusent jamais de faire . écho. Voilà ce qu'obtiennent à coup sûr les prédicateurs qui ne préchent pas. C’est le pre- mier succès d’un Chrysostome ou d’un Augus- | + tin 1, Mais, non seulement le commerce de ces

grands maîtres vous délivrera des entraves de

1. CE LonGnaye, La Prédication : Grands maitres, LTAAT EE Sert

la routine, du convenu, et vous apprendra à donner un. libre essor à votre parole : toutes vos facultés, intelligence, raison, imagination, sensibilité. seront fortement et salutairement excitées par leur éloquence. Ils vous initicront au grand art d'exploiter, pour le plus grand bien des âmes, l’inépuisable mine des Saintes Lettres, de développer et de colorer vos pensées, de leur donner de la vie et du mouvement, et d'intéresser à votre enseignement ceux dont votre parole aura délecté l'esprit et touché le cœur.

Après avoir étudié, chez les anciens, les secrets et les règles de l’éloquence sacrée, il importe que vous preniez des leçons près de ceux qui doivent vous apprendre à mettre votre propre langue au service de la doctrine sainte. Chaque langue vivante à ses orateurs sacrés : notre langue. française est, sous ce rapport, particulièrement riche.

Elle fait ses essais oratoires au XV: siècle, dans les sermons de Gerson, Menot, Oùvier Maillard, Raulin.

Elle progresse et s’épure, à la fin du XVIe siècle, dans la bouche de saint François de Sales, du missionnaire Molinier, qu'on a appelé le Malherbe de la chaire chrétienne, de l’oratorien Senault, des Jésuites Nicolas, Caussin, Lingendes et Texier, de Joly, évêque d'Agen et surtout du Père Lejeune, missionnaire de l’Oratoire, dont les Sermons sont une mine pour les prédicateurs. « Elocution facile et naturelle, abondance, onction pénétrante, instruction solide et variée, originalité piquante et

toujours parfaite, voilà, dit le Père Mestre, ce

qu'on y trouye constamment! »

Enfin, après avoir passé par la bouche du pieux Père Claude de La Colombière, et de

Mascaron, qui, malgré un reste de rudesse et.

de mauvais goût, prélude à l'harmonie et à la

magnificence du XVIIe siècle, notre langue

arrive au point culminant de l’éloquence reli-

gieuse. Bossuet, Bourdaloue, Fléchier, Fénelon,

Massillon, se partagent tour à tour l’admiration -

de leurs contemporains.

l. Rhélorique, Éloquence française (II: époque).

Ld

« Ce qui domine dans Fléchier, dit Rollin, est une pureté de langage, une élégance de style, une richesse d'expressions brillantes et fleuries. une grande beauté de pensées, une vi vacité d'imagination, et ce qui en est une suite, un art merveilleux de peindre les objets et de les rendre comme sensibles et palpables. Mais il me semble qu’on voit régner dans tous ses écrits une sorte de monotonie et d’uniformité. Presque partout, mêmes tons, mêmes figures, mêmes manières. L’antithèse saisit presque toutes ses pensées et souvent les affaiblit en voulant les orner. » C’est l’Isocrate français. On remarque dans les Sermons peu nombreux de Fénelon, comme en ses autres écrits, un aimable enthousiasme pour la religion et la vertu, une imagination vive et facile, une élégance naturelle, harmonieuse et poétique.

Massillon eut le don de rendre le grand roi

mécontent de lui-même. Cest celui de nos

orateurs qui rappelle le mieux l’ampleur, la majesté, la richesse et la dignité de Cicéron.

1. P. ne Mesrre, Rhélorique, Éloquence française (IIIe époque).

CPR RD ETES Ve PAS VAS EEE

S'il vous plait d'étudier ces prédicateurs et

ceux qui les ont précédés, vous pourrez faire de bonnes rencontres et recevoir dutiles

leçons. Mais pour économiser votre temps et mieux assurer votre formation oratoire, je vous conseille de vous attacher aux deux grands maitres, Bossuet et Bourdaloue.

Après de fortes et brillantes humanités faites

à Dijon, Bossuet emploie au collège de Navarre dix années à l’étude de la philosophie et de la théologie scolastiques. À Metz, il s’absorbe

dans la lecture et la méditation des Pères de.

l'Église. Ses débuts oratoires, bien que très remarquables, sont cependant imparfaits, parce qu'il ne sait pas encore contenir la fougue de sa jeunesse, et n’a, pour exprimer sa pensée, qu'une langue mal fixée. Mais, par de rapides et constants progrès, 11 se corrige, règle sa science et son ardeur, perfectionne son style et devient maitre de la langue et de lélo-

quence. On devine, à l’entendre, les Pères qui ont eu le plus d'influence sur sa formation oratoire. Il a la mâle fermeté et les sublimes accents de Tertullien, l'abondance, la grandeur.

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