Lettre à M de Grignan, 29 mars
150 AVANT LA PRÉDICATION vraiment apostolique, en un mot, un admirable modèle de l’orateur chrétien. Appliquez-vous à ses Sermons plus qu'à ses Panégyriques et à ses Oraisons funèbres, qui sont loin d’avoir le même mérite. :
Après les splendeurs du grand siècle, la
décadence du XVIIF siècle. « On prêchait: ; alors, dit Maury, sur les petites vertus, sur le.
deuil chrétien, sur le luxe, sur l’honneur, sur l’égoisme, sur l’antipathie, sur l’amitié, sur Pamour paternel, sur la société conjugale, sur les vertus sociales, sur la compassion, sur la dispensation des bienfaits, etc., enfin sur la sainte agriculture ; et on aurait pu suivre un carême entier des prédicateurs à la mode, sans entendre jamais parler des fins de l’homme, du délai de la conversion, d’aucun sacrement, d'aucun précepte du Décalogue,
d’aueune loi de l’Église et d'aucun péché Ê
mortel. » Et le Père Mestre ajoute : « Ge n’était plus l'Évangile, ce n'était même plus la véritable éloquence. »
Ne cherchez pas vos modèles parmi les médiocrités de cetle époque. Je me contente
de citer leurs noms : L'abbé Poulle, Frey de Neuville, Mer de Beauvais, de Boismont, Séqaud, Bretonneau, Grifjet, Perrin, Le Chapelain de Ligny, et d’autres moins remarquables.
Les missionnaires eurent plus de souci de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Leur éloquence inculte, mais toujours apostolique, remua les foules et fut souvent sillonnée par des éclairs de génie. Les deux plus remarquables furent le Père Bridaine, dont le puissant organe, la hardiesse, l’originalité, la parole entrainante, sont demeurés célèbres, et le Père de Beauregard, jésuite, qui fut, avec le Père Frey de Neuville, un des prophètes suscités par Dieu pour avertir la France des terribles catastrophes de la Révolution.
Notre Ordre, qui pourtant est l'Ordre des Prêcheurs, n’a pas joué un grand rôle dans l'éloquence française à cette époque. Cependant, les Pères Billuart, Dassier et Chauchemer, du couvent de Blois, prédicateur du roi, nous ont laissé de bons et solides sermons.
Au XIXe siècle, l’éloquence religieuse se relève : Mer de Boulogne unit l’éclat du style à
la solidité des pensées ; M. de Frayssinous inaugure à Saint-Sulpice ses Conférences apo- … logétiques ; le Père de Mac Carthy fait entendre
dans les principales villes de France et à la. cour sa puissante parole ; le Père Guyon, dont il ne nous reste plus que des plans décolorés, convertit en foule les populations de la Franche- Comté et du midi de la France. Enfin, l’attention se fixe sur la chaire de Notre-Dame de Paris, où l’on voit apparaître les plus grands orateurs chrétiens de ce siècle.
C'est d’abord l’abbé Lacordaire qui n’y fait
qu’une courte apparition et auquel succède
pour entrer dans la Compagnie de Jésus, le Père de Ravignan fut appelé en 1857 par Mer de Quélen pour évangéliser le magnifique audi- . toire que l’abbé Lacordaire avait rassemblé autour de la chaire de Notre-Dame. Voici le portrait que nous trace de lui un écrivain con- -
bientôt le Père de Ravignan. Sorti du barreau
temporain, M. Charpentier :
« Le Père de Ravignan porta dans la chaire de Notre-Dame quelques-unes des habitudes .
de la magistrature. Son plan était dessiné, . arrêté avec netteté et précision, ses raisonne- 2
ments serrés, ses déductions rigoureuses.
Recueilli, calme, il portait sur ses traits amaigris et d’une rare distinction la trace de ses profondes et continuelles méditations ; son visage seul était déjà une impression sur lauditoire. Cette parole logique d’abord, nette et précise plutôt qu’éloquente, s'animait peu à peu et arrivait à une touchante émotion. Peutêtre alors, dans ses mouvements, rappelait-elle un peu l’ancien avocat général; mais le prédicateur chrétien reprenait bientôt le dessus, et les picuses effusions de son langage laissaient dans l’âme de ses auditeurs non le trait, mais
- cette disposition aux larmes où Jérôme et
Augustin voyaient le triomphe de la parole chrétienne 1, »
Il y a dans les Conférences du Père de Ravignan sur l’immortalité de l'âme, sur la prière,
sur l'indifférence en matière de religion, sur le
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caractère de Jésus-Christ, de réelles beautés ; cependant, il est regrettable qu’il n’ait pas publié lui-même ses discours. Rédigés sur des notes imparfaites, ils ne peuvent nous donner