Ps. xvitr
losophes, qui ne peuvent nous promettre que le paradis des honnêtes gens. La foi nous dit que ce paradis n’existe pas et que l’unique fin de l’homme est de voir Dieu face à face dans la lumière de gloire, d’être éternellement béatifié par son intime union avec le souverain Bien, et que le seul moyen d’obtenir cette fin est de posséder les vertus surnaturelles de foi, d'espérance, de charité et toutes les vertus surnaturalisées par la grâce de Jésus-Christ. Ces vertus sont le fruit de la loi évangélique. C’est cette loi que vous devez prêcher au peuple chrétien, en en faisant ressortir l’excellence par l'autorité et les exemples du Sauveur et de ses saints.
Prêchez la morale avec sagesse. Ne vous perdez pas dans les fourrés d’une casuistique plus propre à régler les jugements des confesseurs qu’à diriger la marche des fidèles.
Suivez le chemin droit et ouvert qui vous tient à égale distance de l’exagération et de l’amoin-
drissement, de la rigueur qui décourage les
âmes et de la mollesse qui les corrompt.
Prêchez la morale et surtout insistez sur le saint amour de Dieu, principe de toute géné-
w ce a) ce Cu #2
. 466 AVANT LA PRÉDICATION = | rosité, source des sacrifices sans lesquels on ne peut concevoir la vie chrétienne.
Enfin prèchez la morale, afin que les audi- À à teurs de votre parole se sentent pressés de
manifester leur foi par des œuvres saintes.
Quand vous verrez éclore ces œuvres, vous ne regretterez pas, j'en suis persuadé, d’avoir
quittéles hautes régions de la spéculation pour descendre dans le champ de la vie pra der humanité.
C’est bien entendu : vous ferez, dans votre prédication, une part égale aux enseignements qui réveillent et affermissent la foi et aux = enseignements propres à émouvoir les volontés, toucher les cœurs et éclairer les consciences. Pour les stations et les missions, par exemple, préparez une suite bien ordonnée de sermons dogmatiques et moraux, mais n’oubliez pas les importantes vérités des fins dernières. C’est lorsque vos rapports avec l’auditoire sont bien engagés, lorsque vous hi pouvez compter sur l'autorité de votre parole, que vous devez faire appel aux passions de honte, de crainte, d'espérance et d’amour qui,
fortement émues, retentissent sur la volonté et la poussent aux résolutions décisives et aux . salutaires revirements. Le péché, la justice de Dieu, son infinie miséricorde, la mort, prix du péché, le jugement, le purgatoire, l'enfer, : autant de sujets qu'il faut traiter souvent. Contre la plupart de ces sujets, vous verrez peut-être se manifester des répugnances et des dédains, comme s'il s'agissait de vérités >
d’un autre âge, bonnes pour des générations
grossières, mais tout à fait inopportunes dans notre siècle délicat et éclairé. Ne tenez aucun compte, Je vous prie, de ces répugnances et de ces dédains. Le péché, la justice de Dieu, la | mort, le jugement, l'enfer, sont des vérités importantes parce qu’elles remuent et trou | blent les âmes qui voudraient jouir d’un d funeste repos: et c’est précisément leur importunité qui rend opportune votre parole. En les |
à per vous obéissez au précepte de l'Apô-
otre : Prædica verbum, inst opportune, impor- lune. :
Il va sans dire que les matières que je viens de vous indiquer : vérités du Symbole, com-
ms
mandements de Dieu et de l’Église, sacre- ments, vices et vertus, devoirs d'état, fins dernières, peuvent et doivent être traitées dans les prônes, entretiens, exhortations, grands catéchismes, avec moins de solennité, sans doute, que dans les sermons, mais avec plus de détails intimes et pratiques. Vous les traiterez encore d’une manière plus originale, plus variée, plus attrayante dans un genre de prédication que je tiens à vous recommander en terminant ce chapitre : c’est l’homélie.
L'homélie est une explication simple et familière de l’Écriture et particulièrement de l'Évangile. Soit qu’elle paraphrase et commente le texte sacré en le suivant pas à pas, soi qu’elle coordonne ce texte en un plan régulier dont les divisions sont commandées par une pensée dominante, elle a le suprême avantage de s'imposer plus que tous les autres discours comme la parole de Dieu. « Je voudrais, dit Fénelon dans son Troisième Dialogue sur l'Éloquence, que les prédicateurs expliquassent les principes et l’enchaînement de la doctrine de l’'Écriture; je voudrais qu'ils en prissent le style et les figures; que tous leurs discours
servissent à en donner l'intelligence et le goût. Il n’en faudrait pas davantage pour être éloquent; car se serait imiter le plus parfait modèle de léloquence... Représentez-vous quelle autorité aurait un homme qui ne dirait rien de sa propre invention et qui ne ferait que suivre et expliquer .les pensées et les paroles de Dieu même. D'ailleurs, il ferait deux choses à la fois : en expliquant les vérités de l’Écriture, il en expliquerait le texte et accoutumerait les chrétiens à joindre le sens à la lettre. Quel avantage pour les accoutumer à se nourrir de ce pain sacré! »
Notez que toute la matière prédicable peut être traitée dans l’homélie avec une infinie variété. Si simple et si familière qu’elle soit, elle ne coupe pas les ailes de lorateur. Les saints Pères ont eu souvent dans l’homélie de magnifiques et triomphantes envolées.
Soumise à un plan régulier, elle peut figurer avec honneur dans les stations, les missions et les retraites, mais elle convient surtout à la prédication courante des paroisses et des couvents. Rien de plus propre au développe-
ment de l'esprit chrétien. En expliquant pr.
l'Évangile aux fidèles, on leur donne une connaissance plus parfaite de Jésus-Christ.
Or, dit un vénérable professeur d’éloquence : « Connaître Jésus-Christ et celui qui l’a envoyé, c'est la vie éternelle, selon la parole du Sau-
veur; c’est la base de la foi chrétienne, de
l'espérance et de l’amour. Qui pourrait dire les clartés, les consolations, les charmes que la connaissance de Jésus-Christ apporte avec elle?
Que d’âmes à la foi chancelante, qui ne voient
rien ou presque rien dans le monde surnaturel, seraient illuminées par cette divine et lumineuse figure! Que d’âmes désolées qui dévorent leurs larmes dans la solitude du cœur se sentiraient ranimées et consolées, si on leur montrait près d’elles, au fond d’ellesmêmes, Jésus-Christ leur disant une de ces paroles qui ont séché tant de larmes : Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos Beati qui lugent quoniam ipsi consolabuntur !.… ete. Que d’âmes captivées par les mirages trompeurs du monde et par les promesses de la nature abaissée, qui subiraient un charme mille fois plus puissant, si on leur faisait entrevoir la divine physionomie de
| Jésus-Christ ! Or, cette révélation, si profitable 4 aux âmes, se fait surtout par l'homélie sur les : saints Évangiles 1. se
Je conclus : ce qu . faut prêcher c’est PÉvan- Ro et l'Évangile c’est Jésus-Christ. Quelque genre de prédication que vous adoptiez, ne le
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perdez j jamais de vue. En ramenant les âmes vers Jésus-Christ, en leur faisant bien en :
naïtre Jésus-Christ, en pénétrant la vie chré- | tienne de la parole, des exemples et de he grâce deJ ésus-Christ, vous aurez fait une belle apologie qui vaudra mieux que les meilleures É conférences. « Le grand service à rendre aux __incrédules, à dit un célèbre publiciste, Louis Veuillot, c’est de faire que les chrétiens soient | chrétiens. | :
1 Ruer, La Par ole sainte, XXXVIN.