Quod tuum est spargis et perdis, si priusquam
PREMIÈRE PRÉPARATION à 143
Défiez-vous de ces ardeurs indiscrètes qui poussent les jeunes gens à se produire. Elles peuvent avoir pour cause le précoce et légitime désir de travailler à la gloire de Dieu et de faire du bien aux âmes, mais la plupart du temps elles procèdent de la vaine gloire.
Hélas! « le vice de la vaine gloire, dit le pieux Louis de Grenade, est si ordinaire et si naturel
aux prédicateurs, qu'ils s’en rendent coupables
sans s'en apercevoir et sans le prendre pour un péché! ». Désirer impatiemment et avidement la prédication pour la satisfaction de sa vanité, c’est entrer dans la bergerie comme un voleur. Les portes de la bergerie sont l’ardente charité et l'humble obéissance.
Qu'il me soit permis de prier respectueusement, 101, ceux à qui l'éducation des Jeunes prédicateurs est confiée, de ne point s'éprendre trop vivement de leurs premiers essais, de ne point les louer outre mesure sous prétexte de
infundaris, tu tolus semiplenus festines effundere,
contra legem arans in primogenito bovis. » (Sermo xvur in Cant., 2.) 1. Rhétlorique ecclésiastique, ch. v.
lancer trop tôt dans la carrière po ne C'est nourrir leur amour-propre, les aveugler sur leur propre valeur et s’exposer à de tris-
par les flatteries d’une naïve et indiserète ï admiration, n’ont pas donné ce qu’on s'en était promis, et ont porté, dans une désolante # médiocrité, la peine d’un engouement préma-
turé! — Aux instructeurs, comme aux cons- crits de l’éloquence sacrée, je rappelle cette sentence de saint Bernard : « Avez soin de
bien remplir avant de répandre : Implere prius, et sic curate effundere. » |