‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 5 sur 145 · Pro Christo legatione fungimur, tanquam Deo · texte numérisé non relu

Pro Christo legatione fungimur, tanquam Deo

exhortante per nos. » (II Cor., v, 20.)

PREMIÈRE. PRÉPARATION ne

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votre formation, faites-vous une grande droiture et pureté d'intention. Désintéressez-vous des succès humains; et quand la nature, gourmande de gloire humaine, cherchera à vous persuader que vous pourrez devenir des artistes, répondez-lui que vous voulez être des apôtres.

Ce n’est pas du jour au lendemain qu'on devient apôtre. Il faut se préparer à ce saint ministère par la solitude, le silence, l’étude, la méditation, la prière. La vie cachée de notre divin Maître est le type adorable de cette préparation. Il n’a consacré que trois ans de sa vie à la prédication de sa doctrine et aux œuvres éclatantes sur lesquelles il devait établir la vérité de sa filiation divine. Après ses premières manifestations aux bergers de Bethléem et aux mages d'Orient, au retour de son exil en Égypte, il s’est enseveli dans l'humble maison de Nazareth. En cet obscur séjour, où ne pénétrait jamais lœil indiscret du monde, « il croissait et se fortifiait, nous dit l’Évangéliste, comme croissent et se fortifient les enfants. Et pendant que la nature, en son corps très pur, gravitait vers sa plénitude,

la sagesse divine remplissait sa sainte âme et la grâce y épuisait tous ses dons! ».

A l’âge de douze ans, il était mür pour son ministère publie et pouvait enseigner le monde, puisque déjà 1l étonnait les docteurs par la profondeur de ses interrogations et la sagesse de ses réponses ; mais il lui faut encore dix-huit années d’ombre et de silence. Après ses heures de travail, quand les portes de la maison de Nazareth étaient closes, les yeux ravis de Marie et de Joseph admiraient, en leur doux ouvrier, les constants progrès de la sagesse et de la grâce. Qui nous dira les merveilles de ce divin noviciat? Des profondeurs infinies où il se recueillait, Jésus tirait, chaque jour, quelque nouveau trésor qu'il faisait passer dans le cœur de ses parents par de tendres colloques et de ferventes prières, quand il ne demeurait pas plongé dans la contemplation des perfections divines, et comme noyé dans une amoureuse union avec son Père céleste. Ainsi il préparait sa grande

1. « Puer autem crescebat et confortabatur, plenus sapientia, et gratia Dei erat in illo. » (Luc., 11, 40.)

8: AVANT LA PRÉDICATION œuvre de perfection et de salut en deux âmes

chères, les plus nobles et les plus saintes qui eussent jamais honoré la création et réjoui

l'œil de Dieu, attendant patiemment l’appel de |

son précurseur.

A l’heure voulue de Dieu, il entre dans sa vie publique, et, dès les premiers jours, il groupe autour de lui ceux qui devront être les continuateurs de sa divine mission. ( est dans l'intimité qu'il les instruit des mystères du royaume de Dieu et les prépare à en être les hérauts. Il leur mesure, avec une admirable sagesse, ses révélations ; développe progressivement les œuvres prodigieuses dont ils

devront rendre témoignage ; leur rappelle à

propos les oracles du passé ; leur ouvre dis-

crètement les perspectives de l'avenir et leur

fait faire, avec prudence, les premiers essals de leur ministère apostolique.

Mais le principal et souverain agent de leur préparalion, c’est de vivre constamment dans la compagnie du Sauveur et de se baigner, en quelque sorte, dans la lumière des grands exemples d'amour, de bonté, de miséricorde, de douceur, de religion, de justice, de force,

de zèle, de sainte liberté, d’austérité, de sacrifice, qu'il leur donne tous les jours. Pendant trois ans, il les a tellement pénétrés de luimême, qu'à l'heure suprême des adieux, il déclare ne faire plus qu’un avec eux. Et cependant il ne les envoie pas encore. Il faut qu’ils subissent l’épreuve des jours douloureux et sanglants de la Passion. Quand leur | àme étonnée, consternée, découragée par l’effrovable mystère des souffrances et de la mort du Sauveur, se réveillera consolée, fortifiée et affermie dans la foi par les apparitions du Christ ressuscité, le Maitre, avant de retourner vers son Père, les bénira une dernière fois et les enverra prêcher au monde sa doctrine et sa loi : « Allez, enseignez toutes les nations et apprenez-leur à garder mes commandements ; Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles’. » |

Solennellement investis de cette grande

1. «Euntes, docete omnes gentes... docentes eos servare quæcumque mandavi vobis. Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad COEUR ES

.sæculi, » (Matth., xxvur, 19-20.)

mission, ils ne partent pas encore. Jésus veut qu'ils se recueillent et qu'ils attendent en silence l'effet de la promesse qu’il leur a faite au nom de son Père’. — Pendant dix jours, ils se renferment dans le cénacle et appellent, par une constante prière, le Paraclet qui doit achever leur formation. Au jour sacré de la Pentecôte, les voûtes de la maison où ils sont rassemblés s’ébranlent, comme sous la poussée d’un vent violent, des langues de feu descendent du ciel et se reposent sur chacun d’eux. Cest fait : l’Esprit-Saint leur a donné leur plénitude ; ils vont parler : Repleti sunt omnes Spiritu Sancto et cœperunt loqui 2. | Vous le voyez, Jésus s’est préparé et a préparé ses Apôtres au saint office de la prédication. C’est une leçon qu’il vous donne, pour vous apprendre qu’il ne vous suffit pas d’avoir, dès le principe, une haute idée et une profonde estime du ministère auquel vous êtes appelés, mais que vous ne devez entrer dans

4. « Præcepit eis.. Jerosolymis ne discederent, sed exspectarent promissionem Patris, quam audistis (inquit) per os meum. » (Act., 1, 4.)

SRE VO RATEU

la carrière apostolique qu'après une longue période de silencieuse et religieuse formation. Les années de noviciat ou de séminaire représentent, dans votre vie, la vie cachée du Sauveur et le scolasticat divin qui prépara les Apôtres à leur mission. C’est alors qu'il faut ouvrir votre âme à toutes les vérités que vous devrez prêcher au monde, profiter de votre intimité avec le Christ pour acquérir un grand fonds de vertus religieuses et sacerdotales, et déjà prendre par la prière des arrhes sacrées sur les àmes qui seront évangélisées par votre parole.

« La parole procédant d’une science laborieusement et pieusement acquise, l’exemple de toutes les vertus et de toutes les saintes œuvres, la prière fervente et constante, voilà, dit saint Bernard, les trois biens que doit s’assurer celui qui prêche. » Et il a soin d'ajouter : « Le plus grand et le meilleur de ces trois biens, c’est la prière. Car si la vertu vient en aide à la parole, la prière mérite à la parole et aux œuvres de la vertu grâce et efficacité !. » — « Voulez-vous, dit un judi-

1. « Manent enim tria hæc : Verbum, exemplum, ofatio. Major autem his est oratio, nam etsi vocis virtus

cieux conseiller des prédicateurs, voulez-vous être écoutés avec intelligence, bon vouloir et

docilité : vous obtiendrez cela beaucoup mieux

par la ferveur de vos oraisons que par toutes

vos facultés oratoires'. »

Travaillez donc, sanctifiez-vous, priez avec ferveur pendant les années de votre formation. Vous n’en sortirez pas, sans doute, avec cette suprême plénitude de l’homme apostolique qui lui permet de prodiguer les trésors de son âme, mais encore devrez-vous sentir que vous avez quelque chose à donner. On donne de son abondance et non de son indigence.

Méditez, je vous prie, ces paroles de saint

Bernard : « Vous ne faites que perdre le fruit

de votre travail, si n'étant qu'à demi plein, - vous vous hâtez de vous répandre avant d’être entièrement rempli, agissant, en cela, contre la loi de Dieu qui défend de labourer avec le premier-né du bœuf?, »

sit opus, et operi tamen et voci gratiam et efficaciam ee oratio. » (Epist., 208.)

. « Utintelligenter, ut libenter, ut obedienter audia-

1 pietate orationum magis quam oratorum facultate

assequi se posse non dubitet, » (NOEL ALEXANDRE, Insti-

tut. concionatorum, x1, $ 59.)

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