‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 75 sur 145 · Rom., n · texte numérisé non relu

Rom., n

esprit et de transformer ainsi la chaire de vérité en une chaire de mensonge.

Les témoignages et les exemples confirment les preuves et ornent le discours ; après cela, vous avez encore à votre service, comme ornements, les comparaisons, les contrastes, les

descriptions, les peintures et les tableaux de

mœurs.

Que vos comparaisons soient toujours justes, vos contrastes frappants, vos descriptions sobres. Il est vrai qu’on dit que toute comparaison boite : Omnis comparatio claudicat. En dépit du proverbe, soumettez les vôtres à une orthopédie littéraire si rigoureuse qu'on n’y puisse découvrir aucune infirmité. Usez du genre descriptif pour intéresser, mais n'en abusez pas. Si l’on y insiste trop, il amuse sans instruire et sans toucher les âmes. Quant aux peintures et aux tableaux de mœurs, c'est un art nécessaire et populaire, mais difficile et dangereux. Dangereux pour lora-

teur, qui, voulant à toute force être vrai et.

sincère, se laisse parfois entraîner à trop de hardiesse dans des détails qu’il faudrait taire ;

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dangereux pour l’auditeur, qui se scandalise de voir un homme de Dieu trop au courant de choses auxquelles il devrait être étranger.

Les peintures et les tableaux de mœurs, s'ils

ne sont pas solidement appuyés sur les prin- -

cipes, deviennent inutiles, blessants, nuisibles même. « Qui nous rendra, dit le Père Longhaye, la peinture morale des Pères, celle de nos grands maîtres français, exacte et courageuse, délicate et profonde à l’occasion,

mais toujours nette ef populaire sans plus de

raffinement pour l'esprit que de satisfaction . maligne pour les côtés les moins bons de Ia nature; toujours chaste d’ailleurs, jusque dans certaines audaces trop fortes aujourd’hui

pour nos mœurs, devenues moins simples en:

devenant moins pures; toujours chrétienne, surnaturelle, apostolique, marquant parfois le vice au fer rouge, mais incapable de le cares- ser jamais du pinceau? L'analyse du cœur a toujours compté parmi les puissances et les - gloires de l’éloquence sacrée. Bourdaloue y a mis sa pénétration effrayante, Bossuet sa précision rigoureuse et admirablement drama-

tiquêé, saint Augustin sa finesse et sa bonté,

saint Chrysostome sa hardiesse d’apôtre, le divin Prédicateur lui-même toute l'énergie et toute la mesure à la fois. Il serait déplorable de laisser jamais perdre cet avantage, de remplacer jamais la peinture sérieuse et salutaire de l’âme par je ne sais quels tableaux d'imagination et de sentiments, capables tout au plus d’'amuser un temps les têtes légères et les cœurs énervés!. » Ne soyons pas pusillanimes à ce point de nous taire sur des désordres qu’il faut stigmatiser, mais que notre franchise apostolique soit tempérée par la délicatesse, la ue et une grande pureté d'intention.

Je viens de vous indiquer les éléments qui doivent entrer dans la composition et l’ornementation du discours ; il s’agit maintenant de le bien habiller. Or, l’habillement du discours, c’est le style. Un discours bien conçu, mais sans style, ressemble à une femme riche d'étoifes précieuses, de dentelles et de bijoux, qui ignore l’art de les faire ressortir en les dis-

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