‹ Avant - pendant - après la prédiction, conseils aux jeunes ecclésiastiquesChapitre 76 sur 145 · La Prédication, ?° partie, II, x · texte numérisé non relu

La Prédication, ?° partie, II, x

posant avec goût; c’est un paquet somptueux.

Apprenez à écrire et à bien écrire, vous aije dit, en vous parlant de la culture du don de la parole. J'insiste sur ce conseil : La correction, la pureté, la clarté, la sobriété, la propriété du style, sont indispensables à qui veut se faire écouter.

Et d’abord la correction. Les fautes de langage font tort aux idées. Il y a peu de gens sensés qui les pardonnent pour ne tenir compte que de la partie solide du discours.

Généralement, l’auditeur mal impressionné refuse son attention à celui qui blesse son oreille et son goût. Vous aurez beau vous efforcer de lintéresser à des idées justes, à des considérations élevées, s’il a mis dans sa tête que vous ne savez pas parler, 1l en conelura fatalement que vous ne savez pas penser.

Avec la correction, la pureté. Parlez, je vous en prie, notre belle langue française. Ne la souillez pas de ces mots étrangers et parfois étranges, de ces néologismes, de cette sorte d’argot que la basse littérature met en vogue. N’allez pas chercher dans les ouvrages modernes, où s’affiche le mépris des pures tradi-

tions littéraires, ces phrases tourmentées, ces tournures baroques, ces créations stupéfiantes de mots, d’accouplements, de constructions qui défigurent l’idée au point de la rendre bizarre et parfois incompréhensible. Ne fréquentez pas par la lecture ces auteurs décadents qui, pour être neufs, deviennent barbares, qui croient être pittoresques et ne sont que ridicules, qui prétendent enrichir la langue en la déshonorant. S'il est bon de les connaître pour

les flétrir, il est dangereux de se commettre

avec eux par un commerce trop assidu. Vous y risquez une pénétration sourde d’impuretés

littéraires qui, sans que vous en ayez cons-

cience, se manifesteront dans votre manière de dire. Lisez les bons, les grands auteurs, les maîtres de la langue, et, sans décalquer leur style, appliquez-vous à en imiter la pureté.

Soyez clairs ; servez-vous des expressions et des tours de phrase les plus capables de vous faire bien comprendre, et ne confondez pas l’amphigour1i avec la profondeur.

La sobriété est la naturelle compagne de

la clarté. C’est un grave défaut de se griser de son style et d'y prodiguer, jusqu'à épui-

sement les couleurs, les images, les fleurs.

On oublie ainsi que développer une pensée, ce n’est pas la délayer, et que l’intempérance du style ne peut que laffaiblir et le rendre fade. Pour lui conserver toute sa force et toute sa saveur, ne dites que ce qu'il faut, et rien de plus. Evitez avec soin le luxe des épithètes. « Quand on charge le style d’épithètes, dit Quintilien, il devient comme un.

bataillon composé d'autant de valets et de bouches inutiles que de soldats. Le nombre est double, mais non pas la force. »

Correct, pur, clair, sobre, le style doit ètre approprié aux idées qu’on développe, aux sentiments qu’on exprime, à l'effet qu’on veut produire. Ecoutez, sur ce point, le conseil des maitres : « Gelui-là est éloquent, dit Cicéron, qui sait dire en style simple les choses peu importantes, en style tempéré celles qui le sont davantage, en style élevé, noble, sublime, les grandes choses : Is igitur erit eloquens qui poterit parva submisse, modica temperate, magna granditer dicere. » Et comme on parle pour 1ins-

|. De Oralore.

truire, plaire et persuader, le style simple convient pour instruire, le style orné avec mesure pour plaire, le style grand, relevé, sublime, pour toucher, émouvoir, enlever les âmes. Mais prenez garde : un style toujours grand, pompeux, orné, fleuri, apprèté, est un défaut : « Les ombres sont nécessaires au tableau pour faire ressortir les couleurs'. » La recherche dans le style fatigue les gens sensés, les esprits droits qui demandent des expressions simples comme la vérité. Quant au sublime, il vient tout seul, sous l’impression d’une grande idée ou d’une forte passion ; ses visites sont rares ; laissez-le venir. Si vous le cherchez, vous risquez fort de vous perdre dans l’enflure. | .Considérée à un autre poimt de vue, la propriété du style est chose qui vous regarde personnellement. Je veux dire que votre style ne doit pas être une collection d'emprunts faits à des auteurs préférés, un calque plus ou moins bien réussi de leurs tours de phrases et de leurs artifices de langage. Votre style doit

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